Barbara Pompili, une ministre de l’écologie sous surveillance

Publié le par Olivier Faye

En conflit avec les chasseurs, elle est aussi critiquée par les défenseurs de l’environnement après avoir autorisé par dérogation un insecticide. Et son refus de se prononcer sur son soutien à Emmanuel Macron en 2022 irrite dans la majorité.

Barbara Pompili à son ministère le 24 juillet. Photo : Guillaume Binet/Le Monde

Depuis qu’elle a été nommée ministre de la transition écologique, le 6 juillet, Barbara Pompili découvre la dureté de son nouvel environnement. Dans ce climat politique aride, elle se retrouve dans le collimateur de nombreux opposants aux intérêts divergents. Les chasseurs bien sûr, mais aussi les défenseurs de l’environnement qui pourfendent une action à leurs yeux trop timorée. Certains députés de la majorité, enfin, offusqués de la promotion de cette ancienne collègue qui s’est parfois montrée frondeuse à l’égard de l’exécutif depuis 2017.

« Quand on est ministre de l’écologie, on est sous le feu roulant des polémiques, quoi qu’on fasse », résume François de Rugy, ami de Barbara Pompili et lui-même ancien titulaire du poste. La lessiveuse tourne d’autant plus vite que les ambitions achées en la matière par Emmanuel Macron, promoteur de « l’écologie du mieux » face à « l’écologie du moins », doivent se marier avec les contraintes économiques et la crainte de braquer une partie de la société.

Mais l’écologiste de 45 ans ne s’attendait sans doute pas à essuyer des tirs de la part d’un de ses propres collègues du gouvernement. Dans une courte préface d’à peine trois pages au livre du président de la Fédération nationale des chasseurs, Willy Schraen (Un chasseur en campagne, Gerfaut), le garde des sceaux, Eric Dupond-Moretti, s’en prend en effet aux « ayatollahs de l’écologie », ces « illuminés » et « intégristes » qui, de l’actrice Brigitte Bardot au journaliste Aymeric Caron, dénoncent depuis des années la pratique de la chasse.

« Merci Willy, ce livre est un petit bijou. (…) Il est fait pour que les chasseurs relèvent la tête. Enfin ! », écrit l’ancien avocat. Selon son entourage, il ne faudrait voir aucune malice dans ce coup éditorial : le livre, retardé en raison du confinement, était déjà sous presse depuis un mois et demi. Avant, donc, sa nomination au gouvernement.

Virage à 180 degrés

Le hic, c’est que cette déclaration d’amour intervient au moment où Barbara Pompili et Willy Schraen s’affrontent au sujet de l’interdiction de la chasse à la glu des oiseaux. L’encadrement de cette pratique, non conforme avec le droit de l’Union européenne (UE), doit faire l’objet prochainement d’un arbitrage de la part de l’exécutif.

Une délégation de chasseurs a été reçue à ce sujet, le 7 août, à Matignon – à la demande d’Emmanuel Macron, selon Willy Schraen, qui revendique sa « proximité » avec le chef de l’Etat. « Macron est très clair sur le changement climatique, mais pour ce qui est des sujets liés au bien-être animal, ce n’est pas encore sa culture, convient un de ses interlocuteurs réguliers. Il est attentif à la question de la ruralité depuis la révolte des “gilets jaunes”, au clivage rural urbain. Il reste une tension forte autour du noyau agriculture et chasse. »

C’est précisément à cause de cela que l’été de Barbara Pompili paraît long comme un jour sans pain. Au début du mois d’août, le gouvernement a ouvert la voie à une dérogation revenant sur l’interdiction de semences enrobées de pesticides dits néonicotinoïdes. Une mesure destinée à venir en aide aux producteurs de betteraves, qui ne disposent pas d’un traitement alternatif et dont les rendements s’écroulent en raison de la prolifération de pucerons.

Cette décision, « prise à l’Elysée » selon un habitué du palais, contraint la ministre à un virage à 180 degrés : en 2016, c’est elle qui, alors secrétaire d’Etat sous François Hollande, avait décidé de bannir les néonicotinoïdes. Elle pourfendait alors toute logique dérogatoire. « De la procrastination », raillait-elle. Certains macronistes estiment qu’elle ne s’est pas assez battue contre cette dérogation, notamment pour préserver sa terre d’élection picarde, grande région de culture betteravière. « C’est elle qui a pris la décision. Elle a demandé à ce qu’on vérifie quatorze fois qu’il n’y a pas d’alternative », assure son entourage.

« Grands reculs »

Ce recul passe d’autant plus mal que l’ancienne militante d’Europe Ecologie-Les Verts (EELV) s’était battue ces trois dernières années en tant que députée pour pousser l’exécutif à aller plus loin dans son action en faveur de l’environnement. Elle s’était par exemple abstenue en 2019 au moment du vote sur le CETA, traité de libre-échange entre l’UE et le Canada, et s’était prononcée, un an plus tôt, en faveur d’un amendement contraire à l’avis du gouvernement pour inscrire dans la loi l’interdiction du glyphosate.

Barbara Pompili, ministre de la transition écologique, à l'Assemblée nationale, le 8 juillet. Photo : Jean-Claude Coutausse/Le Monde

« Aujourd’hui, elle envoie des éléments de langage à tous les députés pour expliquer que le pragmatisme c’est bien, pour qu’on lui vienne en aide dans les médias, s’agace un député de La République en marche (LRM). Moi, je n’irai pas servir la soupe à Pompili, ce n’est pas sûr qu’elle trouve une majorité de députés pour l’aider à renier ses propres engagements ! » La dérogation promise par le gouvernement, en effet, doit d’abord passer par un texte de loi que les ministères de l’agriculture et de la transition écologique comptent présenter conjointement à l’automne devant les parlementaires.

Barbara Pompili, qui n’a pas répondu aux sollicitations du Monde, était pourtant arrivée aux affaires accompagnée d’une réputation favorable, y compris chez les Verts. « Elle est écologiste, j’ai envie de lui souhaiter bonne chance et bon vent », réagissait au moment de sa nomination le secrétaire national d’EELV, Julien Bayou, tout en disant se faire « peu d’illusions ». Aujourd’hui, le même dénonce de « grands reculs ». « On calque sur l’écologie les vieux débats de la gauche : ceux qui se confrontent aux réalités deviennent toujours peu ou prou des traîtres à la cause », déplore François de Rugy.

Le plan de relance de 100 milliards d’euros, qui sera présenté le 25 août par le gouvernement, devrait permettre à la ministre de retrouver quelques couleurs, avec une focale mise sur la sauvegarde du climat. « Entre 25 milliards et 30 milliards d’euros du plan de relance seront consacrés à l’écologie. Près de 50 % des investissements seront verts. Nous sommes en train de faire le premier plan de relance aligné sur l’accord de Paris », se félicite l’eurodéputé macroniste Pascal Canfin.

« Colère présidentielle »

Le compte y sera-t-il pour Barbara Pompili à l’approche de l’élection présidentielle de 2022 ? Lors des élections municipales à Amiens, la quadragénaire figurait déjà sur une liste dissidente de celle soutenue par LRM. Dans un entretien au Monde, le 27 juillet, la transfuge d’EELV a par ailleurs refusé de se prononcer sur un éventuel soutien à Emmanuel Macron, à deux ans de l’échéance. « Ma seule feuille de route, c’est de faire en sorte que, dans deux ans, le pays soit sur la bonne voie pour faire face aux enjeux du réchauffement climatique et de la transition écologique », déclarait-elle.

Une réponse qui aurait suscité, selon un dirigeant de la majorité, la « colère présidentielle ». « Elle vient de trouver le poste de numéro trois du gouvernement, elle ne se rend pas compte de la chance qu’elle a eue, c’est plus facile de gagner au loto ! Et deux semaines après elle ose répondre ça ? », s’étrangle ce macroniste. On n’abdique pas l’honneur d’être une cible, aurait dit Cyrano.

Olivier Faye/Le Monde (20.08.2020)

 

 

 

 

 

 

 

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Commenter cet article

Béa kimcat 31/08/2020 17:50

Elle n'occupe pas la bonne place...

Zoé 31/08/2020 17:47

Elle devait bien savoir que ce serait reniement sur reniement alors qu'est elle allée faire dans ce gouvernement qui se fiche amplement de l'écologie ?

danièle 31/08/2020 11:00

Le lobbying prendra fin tôt ou tard !

Jpl 31/08/2020 09:31

Carrière, carrière oh, belle carrière, il suffit de jouer quelque temps les opposants au pouvoir en place pour se faire un « nom » et puis, on peut espérer une promotion puisque le dit pouvoir en place nomme de plus en plus souvent des pseudos opposants à des postes ministériels. Et alors, on est prêt à tout renier, idées, amis, passé, convictions… du moment que l’on accède au poste convoité. C’est ainsi que l’on fait carrière, que l’on passe du sport, de la santé à la culture, des finances à l’intérieur et bien d’autres encore. Pourquoi ces gens là ne sont-ils pas capables de refuser ces promotions au nom de leurs idéaux et convictions affichées peu avant ? La réponse est carrière, carrière oh belle carrière ! Et c’est ainsi que je ne crois pas un mots des engagements soit disants écologiques de notre nouvelle ministre de l’écologie qui a d’ailleurs déjà montré comment on peut tourner sa veste pour s’écouter parler à la télé, se revendiquer vip, intellectuel, décideur, meneur, élu …

Mario 31/08/2020 09:29

Avant de devenir ministre elle devait savoir à quoi s'en tenir sur ce qui l'attendait. Macron à amplement démontré que l'écologie était le dernier de ses soucis. Donc qu'elle ne vienne pas ce plaindre aujourd'hui.
Mais la place est bonne et les avantages nombreux cela vaut bien quelques reniements ...

Jean-Louis 31/08/2020 06:48

Je l'ai déjà dit : il me semble qu'il y a peu de choses à attendre de la nouvelle ministre de l'environnement ! Non pas que je doute de sa sincérité et de sa volonté de faire avancer les choses mais, tout simplement parce que nous avons un président pour qui l'écologie semble (très) secondaire sauf lorsqu'il est question de la chasse. Car, il ne faut pas trop se leurrer, E. Macron n'a pas fait un cadeau aux "ayatollahs" et autres "khmers verts" en interdisant la pratique infâme de la "chasse" à la glu, il n'a fait que se plier à une injonction de la communauté européenne... Pour le reste, et l'autorisation, bien que partielle, des néonicotinoïdes, le montre bien : c'est bien le président et les lobbys qui tirent les ficelles ! Les meilleures volontés ne sont pas de taille à s'y opposer -pour le moment en tous cas- : souvenons-nous de Nicolas Hulot !