L’agro-industrie profite de la crise pour faire reculer les normes environnementales et sociales

Publié le par Jean-Louis Schmitt

De nombreux acteurs du secteur agro-alimentaire profitent de la situation pour redorer leur image et revenir sur certaines avancées environnementales.

Une vie de poulet… Photo : L214 (Cliquez pour agrandir)

Une vie de poulet… Photo : L214 (Cliquez pour agrandir)

Dans un communiqué commun, des associations paysannes et écologistes dénoncent les manœuvres de l’agro-industrie en cette période de crise. Diminution de la rémunération des agriculteurs tout en affichant publiquement leur soutien à la production nationale, lobbying pour détricoter la réglementation sanitaire et environnementale, les associations accusent l’agro-industrie de conduire le système alimentaire vers une impasse en aggravant la précarité économique des paysans.

Haro sur les normes sociales et environnementales

Tout comme de nombreux domaines, l’alimentation n’est pas épargnée par un intense lobbying antisocial et anti-écologique, au nom de la relance économique. Face à la menace, la Confédération Paysanne, CCFD-Terre Solidaire, la Fnab mais aussi Les Amis de la Terre ou Générations futures joignent leurs voix pour dénoncer les manœuvres des acteurs de l’agriculture industrielle durant la crise sanitaire.

Au niveau international, si l’une des plus grandes préoccupations des Nations Unies et du Forum Economique mondial est le blocage des échanges internationaux, leur plaidoyer occulte les mesures structurelles nécessaires à mettre en œuvre pour soutenir la transformation de notre système alimentaire.

« Le 7 avril dernier, la Copa-cogeca a par exemple demandé à la Commission européenne de reporter la stratégie “de la Fourche à la fourchette”. En France, le 22 avril, les fédérations agricoles bretonnes ont demandé au Président de la République de “libérer la compétitivité française” des “contraintes de la surrèglementation [qui] asphyxient la production”. Une communication tellement scandaleuse que même l’interprofession bovine, Interbev, s’en est finalement désolidarisée. » expliquent ainsi les associations

En France, de nombreux syndicats agricoles ont également profité du confinement pour réduire de moitié les distances nationales de sécurité entre les zones d’épandage de pesticides et les habitations, alors même que la pollution de l’air entraînée par ces pesticides est un facteur aggravant dans la propagation du coronavirus.

Épandage d’herbicide en Alsace… Photo : JLS (Cliquez pour agrandir)

Épandage d’herbicide en Alsace… Photo : JLS (Cliquez pour agrandir)

Sous couvert de solidarité nationale, la grande distribution n’est pas en reste dans les accusations portées par les associations. La connivence entre l’Etat français et le secteur industriel de distribution durant la crise sanitaire a causé de nombreux torts aux petits producteurs qui ont dû voir leur prix à la baisse ou dont les produits ne sont pas forcément adaptés aux standards de la grande distribution.

Ainsi, la consommation de viande a malheureusement augmenté depuis le début de la crise du covid-19, de nombreux parents achetant des steaks hachés pour nourrir les enfants à la maison. Si les prix ont également augmenté dans les supermarchés, les éleveurs ont vu leur rémunération continuer à baisser ! Au point d’envisager une grève de l’abattoir pour protester contre cette prédation économique.

« Cette conjonction de faits inacceptables montre à l’envi que les tenants de l’agriculture industrielle ne reculent devant rien, même devant l’instrumentalisation d’une crise sanitaire majeure pour défendre un système périmé. Pourtant cette épreuve collective devrait nous apprendre au contraire que le temps est venu pour une paysannerie fondée sur l’agroécologie. Les organisations signataires de ce communiqué soutiennent tous les agricultrices et agriculteurs : personne ne doit être laissé de côté. Mais elles ne soutiennent pas tous les modèles agricoles. Plus que jamais, alors que le constat de la fragilité du secteur est à son comble, la relance à penser dès aujourd’hui doit être synonyme d’une transformation du système agricole et alimentaire pour créer des emplois dignement rémunérés, protéger l’environnement et la santé de tous. »

Parmi les propositions des collectifs : une réorientation à 180° des aides agricoles vers l’agroécologie sans pesticide, des productions diversifiées au niveau des territoires, l’abandon de l’élevage industriel, des intrants chimiques, la protection des sols agricoles, la révision des règles commerciales et la fin de politiques prédatrices pour la souveraineté alimentaire des pays du Sud.

Les associations appellent aussi à la vigilance sur la numérisation de l’agriculture, dont la mise en place systématique ne fera que renforcer la dépendance des agriculteurs à des outils complexes, dont la consommation énergétique et matérielle n’est pas en adéquation avec la sobriété dont nous avons besoin pour une société résiliente.

Pour les associations paysannes et écologistes, ces mesures structurelles sont indispensables pour accompagner une transition agroécologique et paysanne dont nous avons plus que besoin aujourd’hui.

 

Laurie Debove/La Relève et la Peste (15 mai 2020)

 

 

 

 

 

 

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Commenter cet article

dominique 08/06/2020 14:17

Plus de mots, découragée car à l'arrivée du virus, j'ai vraiment cru que ça allait changer !

danièle 06/06/2020 20:34

Savez vous que l'agriculture biologique à deux visages : le cahier des charges de " l'agriculture biologique " interdit l'utilisation de produits phytosanitaires de synthèse mais n'est pas exempt de traitements pour autant. de plus, Ce mode d'agriculture dépend directement de l'agro-industrie, c'est
à dire des élevages intensifs et des abattoirs, puisqu'il est autorisé d'épandre des fertilisants comme
le fumier, ainsi que des sous-produits provenant des animaux exploités pour leur chair.
L'agriculture BIOVEGETALIENNE ou agro vegan écologique : cette forme d'agriculture refuse l'utilisation de produits phytosanitaires, l'amendement d'origine animale et le cinquième quartier d'abattoir (cornes; plumes, os,...) Cette pratique d'agriculture sort tout doucement de terre et est
encore marginale.
Réf. voir sur facebook l'intervieuw de Benoit Noel, agronome vegan, par Guillaume Corpard !
C'est la nouvelle planète verte qui apparait !

Jean-Louis 06/06/2020 20:51

Merci pour ces précisions Danièle ! En attendant d'en savoir davantage sur cette agriculture bio-végétalienne, je continuerai, pour ma part, à prôner l'agriculture biologique et biodynamique qui, certes, ne me satisfont pas totalement -et pour cause- mais qui sont néanmoins, actuellement, les meilleurs remparts contre l'agriculture -bien mal nommée- "conventionnelle" ! Si je mets beaucoup d'espoir dans toutes les méthodes dites "alternatives", je reste néanmoins lucide et conscient que les changements se font progressivement ! Cela dit, je veux bien me tromper et je serais le premier ravi si une véritable révolution rebattait toutes les cartes... Mais, regardons autour de nous : les "vieilles" habitudes ont la vie dure et le changement tant espéré durant le confinement, s'éloigne déjà...

Sylvie 06/06/2020 14:51

Boycottons cette agriculture de m...e par nos achats !
Il faut arriver à l'inculquer au plus grand nombre !

Mario 06/06/2020 09:04

La seule arme que nous ayons ce sont nos achats c'est une arme puissante si nous sommes nombreux à l'employer. Il ni a rien a attendre des pouvoirs publics ni des industriels de l'agro alimentaire ni de la plupart des agriculteurs qui ne peuvent paou ne veulent pas changer leurs méthodes.

Anne 06/06/2020 08:12

N’oublions pas que notre »panier de courses » a son petit pouvoir : si nous n’achetons pas ils ne vendront pas et si ils ne vendent pas ils n’achèteront pas aux industriels et les élevages industriels et toute la production alimentaire industrielle s’arrêteront. Avez vous remarqué qu’il y a de plus en plus de produits eco responsables, engagés, bio etc dans les rayons. Et il y a aussi toutes des possibilités parallèles comme les marchés et toutes ces associations qui permettent d’acheter local.

Claire 06/06/2020 06:56

C'est consternant et, en même temps -comme dirait l'autre...- tellement prévisible !
Plus que jamais, réclamons une agriculture plus respectueuse de la Terre.
Plus que jamais, soutenons les "petits" agriculteurs bio..
Il faut impérativement aussi se détourner de la grande distribution qui est beaucoup responsable aussi de cet état de fait : nous avons le pouvoir, par nos choix de consommation, de changer les choses !

Jacky 06/06/2020 08:13

Tout est dit !

Zoé 06/06/2020 06:17

Des prédateurs !Tout leur est bon pour faire du fric ! Et à chaque fois qu'on protestera ça va nous balancer le chantage à l'emploi! Et tant de gens n'ont qu'une envie c'est retourner à leur mode de consommation sans écouter les associations environnementalistes!

Jean-Louis 06/06/2020 05:30

On nous empoisonne, on nous pollue, on nous méprise... et, qu'est-ce qu-on fait ? On laisse faire...
Plus que jamais, soutenez les mouvements environnementalistes (je n'ose plus dire "écologistes" tellement ce terme est galvaudé, récupéré...) le mouvement "Nous voulons des coquelicots"... Ce n'est plus de notre vie qu'il s'agit mais de notre survie !

Anne 06/06/2020 08:16

Oui Jean-Louis et merci pour ce blog. Chez nous les coquelicots refleurissent aux bords des champs et notre département est celui qui a le meilleur comportement vis à vis des produits phytosanitaires : les choses avancent .. doucement mais il me semble que les choses vont un peu plus vite grâce à toutes ces associations qui agissent et que l’on peut soutenir pour qu’elles agissent plus fort.