Un coléoptère contre nos allergies ?

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Les amis de mes amis sont mes amis, cest entendu. Mais quen est-il des ennemis de mes ennemis ? La règle mathématique qui veut que pour la multiplication, « moins par moins, ça fait plus » peut-elle être transposée en biologie, et plus particulièrement dans le domaine des espèces envahissantes ? Un article publié mardi 21 avril dans Nature Communications pourrait nous aider à répondre à cette question un rien sibylline.

« Ophraella communa », une espèce envahissante à même de venir à bout de lambroisie à feuilles darmoise. Hectonichus/Wikimédia Commons

En 1863, une mauvaise herbe américaine débarquait en France dans une cargaison de trèfles mauves. Jusque-là, quelques spécimens dʼAmbrosia artemisiifolia figuraient dans de très rares collections de jardins botaniques. Mais à partir de cette funeste année, cest cachée dans des graines de trèfle, de luzerne ou même daliments pour oiseaux venus doutre-Atlantique, que lambroisie à feuilles darmoise sinstalle en Europe.

Dans les champs, elle subit les assauts des agriculteurs. Alors elle fait son nid dans tous les lieux perturbés par la main de lʼhomme, bords de routes, talus, décharges ou encore aux alentours des points deau et des rivières. Elle dérange les écosystèmes, mais surtout, elle empoisonne les riverains. Car cette cousine du tournesol possède un pouvoir allergisant considérable.

Un envahisseur pour lutter contre lenvahisseur ?

Dans les vallées du Rhône, de la Loire ou de lAllier, dans quelques zones du Sud-Ouest, des milliers de personnes se voient lourdement handicapées entre août et octobre, lorsque senvolent les pollens dambroisie. « Une éradication par les moyens classiques est impossible car, pour des raisons environnementales, on ne peut ni faucher ni utiliser de pesticides en bord de rivières. Alors forcément, on pense à lʼOphraella », explique Bruno Chauvel, chercheur à lʼInrae (Dijon), auteur dun rapport sur le sujet publié par lʼAnses en juin 2019.

Ophraella communa, plus précisément. Ce petit coléoptère sans charme est lui aussi une espèce envahissante, débarquée en Europe en provenance dAmérique du Nord. « Il est arrivé à Milan en 2013, sans doute depuis la Chine, qui elle-même lavait reçue des Etats-Unis », poursuit lagronome. Et là, miracle : dans la plaine du Pô, la bestiole sʼattaque directement à lambroisie. Dans larticle de Nature Communications, les biologistes Urs Schaffner, Heinz Müller-Schärer et leurs collègues européens racontent que dans la région de Milan, près de 100 % des plants ont été touchés, réduisant la quantité de pollen dans lair de 82 %. Et faute de pollen, point dallergie.

Un envahisseur pour lutter contre lenvahisseur ? Les chercheurs européens en sont convaincus. Ils ont recensé toutes les régions touchées, France, Italie et bassin du moyen Danube en tête. Ils ont relevé les prescriptions médicales dantiallergiques entre août et octobre où peu dautres pollens circulent et étudié les conditions météorologiques pour voir si elles seraient propices à une installation des coléoptères. Enfin, léquipe pluridisciplinaire a fait tourner les modèles. Selon elle, le nombre de personnes touchées par les allergies pourrait passer de 13,5 millions à 11,2 millions, et le coût pour la société de 7,4 à 6,4 milliards deuros par an.

Cest beaucoup et cest peu. « Seules 20 % des zones infestées par lambroisie sont favorables à linstallation de la chrysomèle. De plus, la température détermine le nombre de générations de coléoptères chaque année, et donc la densité dinsectes », explique Heinz Müller-Schärer. Pas question de les voir monter trop au Nord ou gravir les montagnes.

Pour lʼheure, Ophraella communa na même pas franchi la frontière française. « On pensait la voir vite dans le Midi, elle nest toujours pas là », raconte Bruno Chauvel. Faudrait-il lintroduire, réaliser des lâchers de masse, comme lont fait les Chinois ? Les producteurs de tournesol français y sont hostiles, redoutant des dégâts collatéraux. « Nos travaux ont montré que les risques étaient très limités, mais je ne dirais pas quils sont nuls », admet lagronome.

Alors que faire ? Sa voix semble trahir un sourire : « Pour le moment, on attend. Ça arrange tout le monde. Enfin presque. » Dans la seule région Rhône-Alpes, 200 000 personnes souffriraient dallergie à lambroisie à feuilles darmoise.

Nathaniel Herzberg/Le Monde (30.04.2020)

 

 

 

 

 

 

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kimcat 10/05/2020 18:11

Un envahisseur pour lutter contre l’envahisseur que l'on attend donc en France...

osswald Pierre 08/05/2020 20:25

Je recommande aux curieux de jeter un coup d'oeil sur la carte de la présence de l'ambroisie en france. On peut annoncer sans trop se tromper que le sympathique petit coléoptère aura du boulot. Il serait même souhaitable que chacun dans nos belles régions en adopte un couple. Quant à dire que l'insecte est sans charme comme le suggère le journaliste, c'est aller vite en besogne, je lui trouve un petit air sérieux et efficace, bien loin du hanneton prétentieux.

Zoé 08/05/2020 17:19

L'Homme est toujours tenté de jouer à l'apprenti sorcier. La prudence me semble être de mise!

Cléo 08/05/2020 16:17

Ce n'est vraiment pas évident. Quand il ne reste plus de ces plantes,.ces insectes doivent continuer à se nourrir... Bonne journée!

Stéphane 08/05/2020 14:35

Compenser les pertes des uns par le gains des autres se heurte à un obstacle : l'impossibilité de quantifier en terme mesurable l'amélioration (ou la détérioration) de la qualité du vécu. A partir de là la décision devient politique, et le tort monétaire fait aux uns ou aux autres devrait être pris en charge par la collectivité, au nom de la solidarité entre humains.

domi 08/05/2020 13:23

mesurer les risques...

Anne 08/05/2020 11:39

Il faut aussi avoir en tête l’introduction accidentelle de bestioles sans prédateur dans la région hôte comme la pyrale du buis

Anne 08/05/2020 11:37

Prudence prudence ! La myxomatose a été introduite pour réduire la population des lapins de garenne et ... c’est devenu un fléau ... je n’en entends plus trop parler, c’est peut être réglé mais si ça vous tente l’histoire de cette myxomatose ( sur Wiki) est édifiante à la lumière de ce foutu covid.