En Bretagne, des épiceries à prix cassés contre le gaspillage alimentaire

Publié le par Jean-Louis Schmitt

En un an, un réseau de trois supérettes « Nous épiceries anti-gaspi », commercialisant avec une réduction de 30% en moyenne des produits invendus, s’est développé en Bretagne…

Les étiquettes font la part belle à l’humour pour parler des «gueules cassées» proposées en rayons. Photo : Julien Caktus

 

Des concombres aux formes plutôt amusantes, des yaourts proches de la date de péremption ou des paquets de biscuits légèrement cabossés: voilà ce que les clients de la nouvelle enseigne Nous épiceries anti-gaspi ont l’habitude de trouver en magasin. L’idée est de proposer à la vente des produits qui auraient autrement fini au rebut, pour éviter le gaspillage alimentaire.

Si on en croit l’Ademe (l’Agence française de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie), le marché est énorme, 10 millions de tonnes de nourriture étant jetées chaque année en France. Dans 53% des cas, ce gaspillage incombe aux producteurs ou fabricants industriels et dans 47%, c’est le fait des distributeurs ou des consommateurs finaux.

C’est pour éviter ce gâchis que deux entrepreneurs ont monté une chaîne d’épiceries proposant ces invendus. L’idée en revient à Charles Lottmann. Ce dernier travaillait depuis un an au sein de l’entreprise Phénix (spécialisée dans la lutte contre le gaspillage alimentaire), notamment sur la marque Les Gueules cassées (cette marque de fruits et légumes victimes de délit de faciès pour cause d’imperfections proposés à prix cassés en grandes surfaces avec un logo spécifique), quand Vincent Justin, ayant plutôt un profil d’entrepreneur, l’a rejoint dans cette aventure.

Les Bretons très sensibilisés au développement durable

Et le tandem de réunir ses économies, celles de ses proches et d’entraîner Phénix pour un premier tour de table financier. Le premier magasin a ouvert ses portes à Melesse, près de Rennes , en mai 2018. Fort de son succès, une deuxième épicerie a vu le jour en novembre dernier à Saint Jouan-des-Guérets, près de Saint-Malo. Pourquoi la Bretagne ? «C’est la première région agroalimentaire de France, qui concentre beaucoup de producteurs, qui sont nos interlocuteurs, et les Bretons sont très sensibilisés au développement durable», justifie Charles Lottmann.

La recette est simple : «nous récupérons les invendus directement auprès des producteurs, explique Charles Lottmann, président. Du petit maraîcher local, qui livre ses produits tous les deux ou trois jours, au gros industriel de l’agroalimentaire comme Danone, nous avons aujourd’hui deux cents fournisseurs, un chiffre qui s’accroît chaque semaine».

La marque Gueules Cassées encourage les producteurs à vendre au rabais leurs produits «moches» aux grandes surfaces sous une étiquette repère.

Jusqu’à 200 euros d’économies par mois pour une famille

Des fruits aux légumes aux produits secs en passant par les boissons et les produits frais, la viande, le poisson ou les surgelés, sans parler des produits d’hygiène-beauté (fins de série, lots promotionnels ou cartons abîmés), «une famille de quatre personnes peut réaliser jusqu’à 75% de son approvisionnement dans ces supérettes», assure son concepteur. Certes, l’assortiment ne sera pas le même chaque semaine et il faut être prêt à bousculer ses habitudes car on ne trouve pas toutes les mêmes références qu’en hypermarché, mais le jeu peut en valoir la chandelle. Car les prix pratiqués sont inférieurs de 30% à ceux d’une enseigne traditionnelle. Ce qui permet, en théorie, à une famille de quatre personnes d’économiser jusqu’à deux cents euros par mois, affirme son président.

Pour l’instant, le panier moyen n’est encore que de 25 euros. En effet, nombreux sont ceux qui viennent encore pour la première fois découvrir ce nouveau concept et le prix moyen par produit n’est que d’un euro. Mais les consommateurs ne s’y trompent pas. Les rangs de la clientèle régulière sont de plus en plus nombreux. Parmi eux, entre les présentoirs faits de palettes, les beaux meubles en carton recyclé et les chariots d’occasion, se mêlent écolos convaincus et chasseurs de bonnes affaires.

Sur la page Facebook du magasin de Melesse, où les petits malins guettent les annonces d’arrivages, Pierre salue «une très belle initiative pour lutter contre les aberrations du gaspillage», Aurore dit «merci de donner la possibilité aux consommateurs de pouvoir faire le choix d’acheter engagé», tandis que Caroline « se félicite que «grâce aux différents arrivages on varie ses repas».

Pour chaque épicerie, 35 tonnes d’aliments gaspillés et 81 tonnes de rejets de gaz à effet de serre évités

À l’échelle du magasin, on se targue d’avoir un impact positif sur l’environnement. En effet, les 10 millions de tonnes d’aliments jetés par an en France représentent 15,3 millions de tonnes d’équivalent CO2. Chaque épicerie permet, elle, de sauver chaque mois du gaspillage 35 tonnes de denrées alimentaires d’après le président de l’enseigne et d’éviter le rejet de 81 tonnes de gaz à effet de serre dans l’atmosphère.

«Maintenant que nous avons fait la preuve de notre concept, nous lançons un deuxième tour de financement avec les mêmes actionnaires pour passer à notre réelle phase de développement». Deux nouveaux magasins ouvriront leurs portes, respectivement à Rennes fin avril et Laval en juin. Objectif: une vingtaine de points de vente, que ce soit en propre ou en franchise, d’ici trois ans, pour l’équipe qui compte désormais vingt personnes. Le concept pourrait même être étendu à l’étranger, où cette problématique est omniprésente, du moins dans tous les pays industrialisés…

Caroline de Malet/Le Figaro Demain

 

 

 

 

 

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Commenter cet article

kimcat 03/06/2020 16:10

Formidable initiative !!!!
A généraliser !

Chantal33300 03/06/2020 15:10

très bonne idée !!!

Dolle 03/06/2020 07:22

Je peux écrire , je peux exister , les américains sont des impuissants , de pauvres laisses pour compte ( en blanc ) .Dommage que les Francois avec leur intelligence , ne puissent voir facilement l'arnaque américaine .Ils vendent de la piteuse nourriture , pour faire des obèses , qui prennent de médicaments et que l'on nourrit , en donnant " huile de palme pour le Nutella etc etc , sirop de glucose plutôt que sucre de canne etc etc etc etc ....

Sylvie 02/06/2020 16:14

Un modèle à suivre !
Le jour du dépassement des ressources mondiales est de plus en plus précoce chaque année !

domi 02/06/2020 12:18

bonne idée

Denis 02/06/2020 11:47

On en rêve tous, trois épiceries c'est déjà un début ...
Il m'est arrivé deux fois d'acheter des fruits dits à "confiture" à prix réduit dans mon supermarché.
Une fois jeté tout ce qui était inutilisable le prix au kilo dépassait
celui de la marchandise ordinaire ...
Alors j'attends !

Jean-Louis 02/06/2020 11:54

Là, Denis, clairement, tu t'es fait avoir comme un bleu ! Mais, comme tu le précises : il s'agit de ton "supermarché" or, l'état d'esprit de ces structures n'a, me semble-t-il, rien à voir avec celui de la grande distribution qui est et reste une énorme machinerie "à faire du fric" en faisant croire aux consommateurs qu'ils font de "bonnes affaires" ! Commençons par tourner le dos à ces enseignes et privilégions nos producteurs locaux (et bio bien sûr) puisque, pour le moment, nous n'avons pas la chance de disposer d'épicerie à prix cassés...

Zoé 02/06/2020 10:00

Légumes moches!!! Il faut vraiment avoir l'esprit dérangé pour avoir imaginé un système qui généralise autant de gaspillage ! Quelle aberration !
J'espère que ces supérettes vont se généraliser .

Jacky 02/06/2020 08:04

Belle initiative. Les chiffres sont impressionnants. 10 millions de tonnes d'aliments jetés ! Une famille de 4 personnes peut réaliser jusqu'à 75% de son approvisionnement dans ces supérettes. C'est vraiment une solution contre ce scandale. En prime, la photo de la fraise est magnifique.

Jacky 02/06/2020 20:36

Le commentaire est pimenté. Je suis ravi de retrouver un commentaire réaliste et pertinent. Bien amicalement.

osswald pierre 02/06/2020 16:40

Il y a du laisser aller quand je m'absente, ce n'est pas une fraise de toute évidence mais un piment d'Espelette, il faut toujours être précis. Le seul gaspillage qui vaille c'est perdre son temps avec élégance.

Jean-Louis 02/06/2020 05:54

Une de ces initiatives qui me touchent tout particulièrement et qui constituent non seulement une manière de se nourrir à prix réduit -c'est important pour plein de monde...- mais luttent également contre cet intolérable gaspillage qui est le "propre" -les guillemets s'imposent- de notre société... Partagez !