Echouage massif de dauphins sur les côtes françaises

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Plus de 600 cétacés ont été retrouvés sur les plages françaises depuis décembre, dont 95 % portent des traces d’accidents de pêche.

Un dauphin échoué et abandonné, dans le golfe de Gascogne, le 16 décembre 2019. Photo : Valentin Ricaud/Sea Shepherd

L’hécatombe des dauphins a repris de plus belle cet hiver sur la façade ouest des côtes françaises. Depuis 2016, le nombre de cétacés trouvés gisant sur le littoral bat chaque année les records précédents. Et 2020 s’annonce pire avec déjà plus de 600 dauphins communs (delphinus delphis) échoués depuis décembre, morts surtout dans le golfe de Gascogne, alors que la saison est loin d’être terminée.

En 2019, pour l’intégralité de la période critique, de janvier à avril, le bilan atteignait 844 individus de cette espèce emblématique et protégée, signalés par des promeneurs ou des membres du réseau d’observateurs Pélagis. Au total, 1 233 petits cétacés, divers dauphins et marsouins, ont été retrouvés en 2019, majoritairement poussés vers les plages de Vendée et de Charente-Maritime.

Leur sort ne laisse aucun doute : 95 % des carcasses analysées par les scientifiques de l’Observatoire Pelagis rattaché à l’université de la Rochelle-CNRS portent les traces des accidents de pêche qui ont été fatals à ces animaux. Or la plupart de ces victimes collatérales des filets des pêcheurs coulent au fond de l’océan, estiment ces scientifiques. Après avoir étudié les courants marins et fait tourner leurs modèles, en tenant compte de l’abondance, de la mortalité, de la flottabilité, de la dérive et du taux de découverte, ils évaluent à 11 300 le nombre de dauphins communs réellement sacrifiés en 2019, trois fois plus qu’en 2017. Difficile dans ces conditions de convaincre que tout est mis en œuvre pour leur sauvegarde.

« Pas de mesures ambitieuses »

Le 18 février, France nature environnement (FNE) lançait l’alerte au lendemain d’un « week-end meurtrier » qui s’est soldé par une centaine de cétacés morts. La fédération demande une fois encore l’interdiction saisonnière de certains types de pêche dans le golfe de Gascogne. En effet si le dauphin commun, dont la survie inquiète, est une espèce en principe protégée par la loi, les « captures accidentelles dans les engins de pêche » sont tolérées et exemptes de sanction. Lasse de voir la France prendre des arrêtés et des engagements internationaux mais « pas de mesures ambitieuses » sur le terrain, FNE s’est associée à vingt-cinq autres ONG pour demander à la Commission européenne de former une procédure d’infraction contre Paris et quatorze gouvernements européens guère plus performants à l’égard des captures de marsouins et dauphins de la Baltique ou de Galice espagnole.

Selon l’observatoire Pélagis, plus de 90 % des dauphins qui se sont échoués sur nos plages ces dernières semaines ont été victime de pêche accidentelle. Photo : Xavier Leoty/Sud-Ouest

Pour Sea Shepherd, la France est le pays « qui tue le plus de dauphins en Europe et l’un des pires à l’échelle mondiale ». L’ONG est actuellement en mission dans le golfe de Gascogne pour le troisième hiver d’affilée, patrouillant entre chalutiers et fileyeurs afin d’attirer l’attention du public certes, mais aussi pour tâcher d’en apprendre davantage sur les ressorts du carnage.

Quels sont les engins les plus redoutables : les grands chaluts traînés ou les filets droits de plusieurs dizaines de kilomètres de long qui barrent le golfe et forment de redoutables labyrinthes ? Les cétacés s’approchent-ils davantage aujourd’hui des zones côtières faute de trouver au large assez de maquereaux, anchois et sardines pour se nourrir ? « Nous reviendrons tant que le problème demeurera, prévient Lamya Essemlali, présidente de la branche française de l’organisation. Nous insistons pour que les navires acceptent des contrôleurs et des caméras à bord [ce que réclame aussi FNE]. Certains marins y seraient prêts mais n’osent pas le dire pour ne pas avoir à affronter les autres. »

C’est peu dire que la présence des militants agace. Le président du comité régional des pêches de Bretagne, Olivier Le Nézet, dénonçait le 27 janvier au micro de France Bleu Breizh Izel le « harcèlement » des professionnels par les militants qui leur collent aux basques avec leurs caméras et leurs drones. Il incitait les pêcheurs à filmer à leur tour les actions de Sea Shepherd et rejetait la responsabilité des captures de cétacés sur les navires étrangers.

M. Le Nézet suggérait enfin que l’ONG aurait falsifié une vidéo montrant des marins en train de se tailler des steaks dans les flancs d’un dauphin sur le pont de leur bateau (ce que réfute celle-ci). Dans un communiqué, le comité des Pays-de-la-Loire, qui n’a pas répondu au Monde, affirme que « non, les professionnels de la mer n’infligent pas volontairement de blessures aux animaux » et met en avant les fonds publics alloués à la mise au point de techniques de pêche plus sélective.

De son côté, Sea Shepherd invite ces responsables à venir dialoguer en public. Pour l’heure, l’ONG reçoit surtout menaces, insultes… et même un macabre message d’injure maladroitement gravé sur le corps d’un dauphin. Vendredi 21 février, trois de ses bénévoles étaient convoqués pour la deuxième fois en dix jours à la gendarmerie de Saint-Gilles-Croix-de-Vie (Vendée) pour transport d’animal protégé sans autorisation.

Des carcasses en centre-ville

Les militants n’hésitent pas en effet à interpeller l’opinion en déposant des carcasses en plein centre-ville, avant de les apporter finalement à l’observatoire Pélagis, à la Rochelle. « On verra bien ce que le parquet des Sables-d’Olonne décidera, mais là on s’en prend clairement à ceux qui lancent l’alerte, estime Lamya Essemlali. Et les pêcheurs, que risquent-ils ? Sur 11 300 dauphins tués en 2019, ils n’ont rapporté qu’une dizaine de captures ! »

La déclaration de tout mammifère marin accidenté est pourtant inscrite dans la loi, ont rappelé les ministres de l’agriculture et de la transition écologique dans un récent communiqué. Tous deux annoncent entre autres que depuis le 1er janvier, les chalutiers pélagiques français de plus de douze mètres opérant dans le golfe de Gascogne doivent être équipés de pingers : des répulsifs acoustiques qui n’ont manifestement pas fait preuve d’une efficacité suffisante à ce jour. Les ministres évoquent aussi d’éventuelles « mesures expérimentales d’atténuation ou de restriction relatives à l’utilisation de certains engins de pêche », en fonction des recherches du groupe de travail national auquel participent notamment l’observatoire Pélagis et l’Ifremer. Sans annoncer d’échéances…

Martine Valo/Le Monde (22.02.2020)

 

 

 

 

 

 

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Publié dans Biodiversité, Pêche

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Commenter cet article

Stéphane 01/03/2020 12:35

Si la pêche devait cesser pour préserver les dauphins, alors il semblerait logique que la communauté (l'état) prenne en charge les pertes de revenus des pêcheurs... et trouve une alternative à cet aliment.

Claire 29/02/2020 08:06

Encore une bien triste nouvelle qui ne grandit pas ses auteurs ! L'avidité de certains n'aura jamais de limites...

dominique 28/02/2020 15:59

Et on les dit nos amis....tant qu'il y aura sur Terre des humains qui pensent que leur droit à la vie leur donne tous les droits , on massacrera les autres espèces

Jacky 28/02/2020 08:14

Pauvre France.

Zoé 27/02/2020 19:21

Terribnle constat. Terrible responsabilité. Merci à Sea Shepherd d'être là.

Sylvie 27/02/2020 17:57

Pauvres bêtes ! Ce sont de merveilleux animaux qu'on massacre encore.
Et au Japon, dans la baie de Taiji, ils sont tués volontairement, c'est un véritable bain de sang.

kimcat 27/02/2020 17:08

C'est triste et dramatique...

Cléo 27/02/2020 16:30

C'est triste! Espérons qu'une solution sera trouvée, et vite!

Chantal Desjardins 27/02/2020 16:21

À pleurer !!! Et j'apprends que la France tue le plus de dauphins en Europe et est le pire pays à l'échelle mondiale.
Décidément entre la pêche et la chasse, la France fait beaucoup de dégâts et n'a pas de respect vis à vis des animaux....

domi 27/02/2020 13:13

dramatique !