Au Kazakhstan, les tueurs d'un garde-chasse et protecteur de saïgas, condamnés à la perpétuité

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Les meurtriers de Ierlan Nourgaliev au Kazakhstan ont été condamnés à la perpétuité. La victime, un garde-chasse, protégeait les saïgas, des antilopes emblématiques du pays d'Asie centrale…

Un immeuble décoré d'une peinture murale représentant le ranger Ierlan Nourgaliev berçant un bébé saïga à Almaty le 20 février 2020. Photo : Ruslan Pryanikov/AFP

L'affaire avait ému tout un pays. Le 21 février 2020, un tribunal kazakh a condamné à la perpétuité les tueurs d'un garde-chasse, battu à mort par des braconniers de saïga (Saiga tatarica), une antilope menacée de disparition et emblématique au Kazakhstan. Trois accusés "ont été condamnés à la privation de liberté à vie pour chasse illégale, tentative de meurtre et meurtre", a indiqué le tribunal pénal de Karaganda, ajoutant que les quatre autres purgeront des peines de six ans de prison pour "braconnage ayant entraîné des dommages particulièrement graves".

Un héros populaire au Kazakhstan

En janvier 2019, le mort de Ierlan Nourgaliev, 52 ans, avait bouleversé l'ancienne république soviétique et ravivé les craintes pour les saïgas, une antilope au nez en forme de trompe dont la population s'est effondrée après la fin de l'URSS, sur fond de braconnage et d'habitat menacé. Le ranger avait succombé à ses blessures deux jours après avoir été tabassé à l'issue d'une course poursuite avec des hommes armés. Lui et un collègue, blessé dans l'agression, venaient de trouver plusieurs saïgas abattus dans la région de Karaganda, au centre du pays.

Avec sa mort, Ierlan Nourgaliev est devenu un héros populaire au Kazakhstan, symbole d'intégrité dans un pays riche en hydrocarbures, où les fonctionnaires ont bien souvent la réputation d'être des agents avides et corrompus. Certains ont même été convaincus de complicité avec des braconniers. A Almaty, principale ville du pays, une fresque peinte sur les murs d'un immeuble d'habitation célèbre la mémoire de Nourgaliev. Inspirée d'une photo ayant fait le tour des réseaux sociaux kazakhs, on l'y voit en uniforme, un bébé saïga dans les bras.

Almat Kaskyrbaï, l'avocat du fils du défunt, a relevé "que le verdict était sévère", mais qu'il refusait de s'en satisfaire, le tribunal ne s'étant pas encore prononcé quant aux responsabilités des autorités qui déploient des gardes-forestiers sous-équipés, selon lui, face aux braconniers. "Il faut enquêter sur tout ça pour que ça n'arrive plus", a-t-il dit. La mort de Nourgaliev a été assortie d'un deuxième choc. En juillet 2019, un autre ranger, Kanych Nourtazinov, a été tué par balles alors qu'il essayait d'arrêter des braconniers dans la région d'Akhmolinsk.

Saiga tatarica tatarica, aussi appelée la saïga russe, en opposition à la saïga de Mongolie, est en danger critique d’extinction depuis 2002. Photos : Shutterstock
Saiga tatarica tatarica, aussi appelée la saïga russe, en opposition à la saïga de Mongolie, est en danger critique d’extinction depuis 2002. Photos : ShutterstockSaiga tatarica tatarica, aussi appelée la saïga russe, en opposition à la saïga de Mongolie, est en danger critique d’extinction depuis 2002. Photos : Shutterstock

Saiga tatarica tatarica, aussi appelée la saïga russe, en opposition à la saïga de Mongolie, est en danger critique d’extinction depuis 2002. Photos : Shutterstock

Un braconnage qui a explosé après l'indépendance du pays

Les Kazakhs, qui ont leurs racines dans l'héritage culturel des tribus nomades des steppes et montagnes d'Asie centrale, ont un attachement émotionnel à leurs animaux nationaux : chevaux, aigles, léopards des neiges et saïgas. Reconnaissables à leurs cornes torsadées et à leur long museau arrondi, comme une petite trompe, les saïgas ont frôlé plusieurs fois l’extinction. Leur origine remonte à la dernière période glacière. A l'époque soviétique, ces animaux bénéficiaient d'une protection renforcée avec une interdiction totale de leur chasse dès 1919, puis des quotas de chasse très stricts à partir des années 1950. Leur population a atteint plus de deux millions d'individus.

L'indépendance du Kazakhstan, en 1991, a toutefois été suivie d'une explosion du braconnage du saïga, le rapprochant une nouvelle fois de la disparition. Près de 90% de ces antilopes vivent au Kazakhstan, or la médecine traditionnelle de la Chine voisine utilise les cornes de saïgas mâles, nourrissant un trafic juteux et dévastateur. Les autorités kazakhes ont prolongé jusqu'en 2021 le moratoire sur la chasse au saïga et renforcé leur lutte contre les braconniers. "Les braconniers sont bien équipés, armés, et agissent en toute impunité", a reconnu en septembre 2019 le président kazakh, Kassym-Jomart Tokaïev, promettant de sévir contre "une forme très dangereuse de crime organisé". Mais dans un pays de steppes grand comme cinq fois la France et peuplé de moins de 20 millions d'habitants, la surveillance est ardue.

Les saïgas, qui peuvent vivre jusqu'à 10 ans, font également face à d'autres dangers : en 2015, plus de 200.000, soit bien plus de la moitié de leur population à l'époque, avaient succombé à une épizootie, l'équivalent d'une épidémie chez l'homme. Trois ans plus tard, des scientifiques ont établi que les antilopes avaient été victimes d'une bactérie nasale dont le développement avait été favorisé par des températures anormalement chaudes et un temps humide pour les steppes kazakhes. Depuis, leur population est reparti à la hausse et a augmenté de 55% l'année dernière pour atteindre 334.000 individus, selon les chiffres officiels.

Sciences et Avenir avec AFP (21.02.2020)

 

 

 

 

 

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Claire 22/03/2020 17:29

Constat terrible que ces tueries qui concernent autant les bêtes que ceux qui essayent de les protéger ! Les bracos ne reculent vraiment devant rien... Il serait intéressant de savoir qui commandite de tels agissements !

kimcat 21/03/2020 18:14

Bouleversant...
Pourquoi tant de cruauté...
Ces braconniers, des criminels qui doivent être punis au maximum

Cléo 21/03/2020 15:07

C'est grave d'être braconniers au point de tuer des humains pour arriver à ses fins! Comme le dit JC, il y a aussi des facteurs humains. Il y a toujours deux côtés (et même trois) à une médaille... C'est triste tout de même pour ces personnes tuées en voulant sauver ces animaux... À quand un monde sans cruauté et équitable? Peut-être bientôt...

JC 21/03/2020 12:36

C'est bien mais il faut aussi lutter contre la pauvreté et les fonctionnaires mal payés et plus facilement corrompus dans de nombreux pays. Même si la nature humaine étant ce qu'elle est ne soyons pas des bisounours !

Sylvie 21/03/2020 11:21

Que nos dirigeants francais prennent exemple !

Zoé 21/03/2020 10:16

Ces criminels doivent écoper du maximum , partout!

domi 21/03/2020 10:10

il faut bien de la répression, mais cela suffit-il ? amitiés

Chantal Desjardins 21/03/2020 09:07

Et c'est encore un trafic de cornes d'antilopes avec la Chine, qui alimente ces crimes...
L'humain est un prédateur insatiable et nous ne sommes pas prêts d'éradiquer la violence faite aux animaux dans le monde....

Jacky 21/03/2020 08:09

Un pays ayant un attachement émotionnel à ses animaux nationaux est exemplaire.

Jean-Louis 21/03/2020 07:20

Ces braconniers sont responsables de crimes : contre ces gardes bien sûr (de plus sous-équipés) –et c’est absolument injustifiable- mais aussi contre la Nature : il n’y a aucune complaisance à avoir pour ces malfaiteurs qui ne reculent devant rien pour assouvir leur vice ! Tous les états devraient faire montre de la même sévérité à l’égard de ceux qui détruisent ainsi notre bien commun et n’hésitent pas à s’en prendre à ceux qui sont chargés de faire respecter la loi…