Le Courlis cendré, tout un symbole !

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Il est de retour de sa migration mais, hélas, d’année en année, la population est de plus en plus réduite : le courlis cendré, oiseau symbole du "Ried alsacien" (1), se fait rare, très rare… Présentation de cet oiseau tout à fait étonnant et explications des motifs de son lent déclin par Emilie Hartweg, assistante technique de terrain à la LPO Alsace !

Courlis cendré (Nummenius arquata). Photo : ©Jean-Marc Bronner/LPO Alsace (Cliquez pour agrandir)

Au printemps retentit dans le Ried alsacien le chant typique de son oiseau symbole (écoutez ci-dessous) : le courlis cendré en alsacien « d’Màttahüehn ». Plus grand représentant des limicoles, avec ses 94 à 110 cm d’envergure, cet échassier vit dans les marais, vasières et autres zones humides. La plupart des courlis passent l’hiver sur les côtes de l’Atlantique et reviennent en Alsace dans les prairies humides appelées « rieds » qui leur offrent un habitat idéal pour nicher et élever leurs poussins.

La période de reproduction commence en général début mars et les premiers accouplements ont lieu à partir de mi-mars et jusqu’à la fin du mois. Le nid du courlis prend la forme d’une coupe à même le sol et abrite en général 4 œufs, plus rarement 3 ou 5.

En Alsace, la ponte a lieu la plupart du temps durant la première quinzaine d’avril et les œufs éclosent après 27 à 29 jours de couvaison. Dès leur sortie de l’œuf, les poussins vont commencer à explorer les alentours du nid, en suivant leurs parents pour se nourrir d’insectes qu’ils picorent directement sur les plantes et au sol. C’est une espèce appelée pour cela « nidifuge », c’est-à-dire n’occupant pas le nid après éclosion des œufs. C’est entre la fin juin et la mi-juillet que les jeunes courlis sont prêts à l’envol, et repartent en migration.

Depuis 30 ans, le courlis cendré voit ses effectifs diminuer de façon vertigineuse en Alsace. De 280 à 300 couples dans les années 1980, on est passé à 16 - 17 couples en 2018. Fidèle à son site de reproduction, le courlis y revient chaque année. Cependant, depuis plusieurs décennies, diverses menaces pèsent sur les rieds et entraînent l’échec de ses tentatives de reproduction :

  • L’intensification de l’agriculture avec la disparition et le morcellement des espaces prairiaux au profit de monocultures, entraînent une perte d’habitat rendant les possibilités de nidification restreintes pour l’espèce. Par ailleurs, les pratiques agricoles au niveau des prairies telles que la fauche précoce et l’amendement des sols menacent directement les œufs et les poussins de destruction, mais rendent aussi leur nourrissage difficile (absence d’insectes, difficultés de déplacement des poussins dans une herbe trop dense…).
  • D’autre part, le dérangement humain est également une cause majeure de l’échec de la reproduction du courlis cendré. En effet, c’est un oiseau farouche, très sensible à la présence humaine : les promenades à travers prés en dehors des sentiers, les chiens non tenus en laisse, les moto-cross et autres véhicules circulant au travers des prés sont autant de menaces pour les œufs mais aussi les poussins, exposés à un fort risque d’écrasement. Mais ces activités effrayent aussi les courlis adultes qui sont susceptibles d’abandonner le nid ou les jeunes et donc les exposent directement aux prédateurs (renards, cigognes, corvidés, sangliers…) 

Photo : ©Benjamin Hercquel/LPO Alsace (Cliquez pour agrandir)

"Depuis 30 ans, le courlis cendré voit ses effectifs diminuer de façon vertigineuse en Alsace. De 280 à 300 couples dans les années 1980, on est passé à 16 - 17 couples en 2018". Emilie Hartweg

Ces multiples dangers ne concernent malheureusement pas que le courlis cendré. D’autres espèces typiques des rieds  tout autant menacées, ont besoin d’espaces prairiaux importants et de quiétude pour élever leurs jeunes (comme l’Alouette des champs, le Vanneau huppé, la Caille des blés, le Busard des roseaux, le Bruant proyer etc.) mais aussi d’autres plus communes mais participant tout autant à la beauté de ces habitats si particuliers comme le chevreuil et le lièvre. En plus d’un refuge pour la faune sauvage, le Ried est un site abritant une flore remarquable lorsqu’on lui laisse la possibilité de s’exprimer (Butome en ombelle, Œillet superbe, Iris de Sibérie, Œillet des chartreux, Ophrys abeille…) et bien d’autres espèces protégées et/ou classées sur la Liste Rouge Régionale de la flore menacée.

La préservation de ces biotopes exceptionnels que sont les rieds est donc essentielle non seulement pour le Courlis cendré mais également pour une multitude d’espèces patrimoniales de la faune et de la flore alsacienne : c’est, par ailleurs,  un paysage traditionnel qu’il est important de conserver pour sa singularité, sa diversité et sa rare beauté.

Emilie Hartweg/LPO Alsace

 

  1. La dénomination "Ried" (prononcer "rid" avec un i long) s'applique à des régions de prés inondables ou de forêt galerie à la végétation luxuriante en pays tempérés. Le Petit Ried, au nord de Strasbourg, et le Grand Ried, au sud, ont été modelés par les divagations du Rhin dans sa zone d'épandage, avant sa canalisation. (NDLR)

 

 

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Commenter cet article

fairplay 12/05/2019 21:19

bel oiseau que j'ai vu volé en bandes me promenant j ai été étonnée de les voir sur le Golf département les Landes après j ignorais qu il était chassé voir disparitions ,hélas
toutes les espèces vont disparaître comme ,
Nous les humains ! c'est bien triste

Irène 05/04/2019 10:09

Bel oiseau : merci de nous le faire découvrir et son milieu naturel par la même occasion ! Bonne journée.

Zoé 04/04/2019 09:57

Merci pour cet article très intéressant, j'avais tout à découvrir sur ce bel oiseau . La menace qui pèse sur lui comme sur beaucoup d'autres m'attriste tellement!

Richard 04/04/2019 06:58

Bonjour et merci pour cette belle présentation d'un oiseau magnifique ! Croisons les doigts pour que son cri (chant ?) très particulier (ce "Truuuli" si caractéristique) s'entende encore longtemps dans nos rieds qui se réduisent de plus en plus...
Blog par ailleurs très intéressant par la qualité et la diversité des sujets ! Bravo.

kimcat 03/04/2019 17:30

Un si bel oiseau... Lui aussi en danger c'est triste.
Bonne soirée Jean-Louis

Jean-Louis 03/04/2019 19:19

Il est vrai, chère Kimcat, que de dresser l’état des lieux de notre faune et de notre flore, de la biodiversité dans son ensemble… n’a rien de bien réjouissant ! Pour autant, il faut faire connaître toutes ces merveilles pour, peut-être, sensibiliser davantage le ‘’grand public’’… ou, tout au moins, d’essayer ! C’est ce que tente modestement ce blog… Merci pour votre fidélité !

domi 03/04/2019 13:21

Je le croyais seulement maritime (vasières du littoral de la Somme par exemple)

Jean-Louis SCHMITT 03/04/2019 19:07

Cher Domi, un courlis peut en cacher un autre ! Il y en a trois espèces : le courlis cendré, le courlis corlieu et, jamais vu ni de près ni de loin, le courlis à bec grêle ! Pour les deux premiers, le plus impressionnant –notamment par la taille de son long bec courbé, reste le c. cendré qui est un visiteur d’été, chez nous, en Alsace ! Les migrations ne sont pas aussi importantes que celles de nos frêles hirondelles puisque les courlis se contentent de rejoindre la côte atlantique, les côtes de la Manche et de la baie de Somme…

Isidore 03/04/2019 12:35

Belle découverte que cet oiseau mais aussi cet étonnant blog : je suis fan !

Jean-Louis 03/04/2019 19:14

Merci : revenez quand vous voulez ! Il y a toujours des choses à découvrir et c'est, pour moi, un plaisir de les partager !

Michel 03/04/2019 09:54

L'on ne peut que conseiller à tous l'excellent film du Docteur Schmidt "Un certain regard" qui est une référence sur les Rieds du côté de Sélestat et qui montre une nature disparue
A jamais ?

Jean-Louis SCHMITT 03/04/2019 19:11

Merci Michel de nous rappeler au souvenir de cet éminent Docteur Schmidt qui fut, en effet, un pionner de la défense du Ried ! Il a beaucoup œuvré pour faire connaître (et protéger) ce milieu délicat… Voilà qui pourrait faire l’objet d’une publication ultérieure !

Jacky 03/04/2019 08:04

Article très intéressant. Merci Emilie. L'oiseau est magnifique, quel bec!

Jean-Louis 03/04/2019 19:13

De quoi rendre le sieur Cyrano vert... de rage !

JC 03/04/2019 08:01

Je sais qu'il est présent en baie de St Brieuc mais je n'en sais pas beaucoup plus. Il y a encore des vasières et des zones protégées mais sont-elles suffisantes ?

Jean-Louis 03/04/2019 19:12

Affaire à suivre donc à votre retour en France ! De belles perspectives en somme !

Claire 03/04/2019 07:30

Très intéressant : je ne connaissais ni ce joli Courlis ni ces "rieds" qui semblent hélas bien menacés...

Jean-Louis 03/04/2019 07:42

Les zones inondables que sont les rieds n’échappent hélas pas à l’intensification de l’agriculture qui retourne de plus en plus de ces biotopes pour y installer du maïs ! C’est évidemment une catastrophe pour l’ensemble des zones concernées et pour les habitants emblématiques des lieux que sont, entre autres, les courlis cendrés ! Heureusement, certaines de ces zones fragiles bénéficient d’un arrêté préfectoral de protection du biotope (APPB) qui, en principe, les met à l’abri de ces destructions intempestives… Pas sûr pour autant que cela suffise à sauver le courlis !

Jean-Louis 03/04/2019 05:39

Grand merci à Emilie de la LPO pour cet article rédigé tout spécialement pour Nature d'Ici et d'Ailleurs ! Merci également à François, infatigable défenseurs des Rieds, ces zones inondables d'un intérêt majeur, et, bien sûr, du courlis depuis un bon demi-siècle ! Avec toute mon amitiés...