La digitale, une fleur toxique qui nous fait du bien

Publié le par Jean-Louis Schmitt

La digitaline, très toxique, ne s'emploie pas en auto-médication. Mais on en extrait des molécules qui rentrent dans la composition de médicaments prescrits en cas d’insuffisance cardiaque.

Photo : JLS

Son nom « digitale » rappelle la forme de ses fleurs ressemblant à des doigts. Les taches que portent ses fleurs seraient, d’après une légende anglaise, la trace des doigts des elfes de la forêt, destinée à nous prévenir de la toxicité de cette plante que l’on trouve un peu partout en Europe du Nord. Toute la plante est réputée toxique, et toute intoxication due à la digitale est considérée comme grave. Il est estimé que l’absorption de seulement quarante grammes de feuilles peut entraîner la mort suite à des troubles cardiaques par accélération du rythme cardiaque (tachycardie), ralentissement (brachycardie) ou par asphyxie.

Un poison difficile à doser

En Europe, au XVIème siècle, la digitale était utilisée en décoction, infusion, emplâtre pour soigner les blessures. La toxicité de la plante la rendait délicate à manier et nombre de patients ne sont pas morts de leur maladie mais d’une erreur de dosage… L’usage plus rationnel de la digitale est apparu au XVIIIème siècle, où elle n’était alors plus employée que pour des troubles précis tels que des désordres nutritifs prédisposant à la tuberculose, l’épilepsie et surtout l’hydropisie (accumulation de liquide dans une cavité naturelle du corps).

Photos : JLS (Cliquez pour agrandir)
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La digitaline: cardio-protectrice

C’est sa prescription dans le cas d’œdème pulmonaire qui a permis, au XXème siècle de constater scientifiquement les effets de la digitale sur le rythme cardiaque et de permettre aux chercheurs d’isoler ses principes actifs. La digitale renferme deux glucosides, la digitoxine et la digoxine.

En cas de problèmes cardiaques, la digitoxine provoque un accroissement de l’amplitude des battements du cœur et un ralentissement du rythme cardiaque. On constate également une amélioration de la circulation. La digitoxine agit selon la règle des trois « R » : renforce, régule, ralentit.

La digoxine, quant à elle, agit comme un puissant diurétique sur les reins. Cet effet est redoublé par l’effet toni-cardiaque de la digitoxine puisque lorsque le cœur pompe le sang de manière plus efficace, les reins évacuent plus facilement déchets et toxines.

Les ouvrages de référence médicaux, tel le Vidal, utilisent le terme de digitaline pour désigner les glycosides actifs dans la digitale. De nos jours, la digitale est prescrite en cas d’insuffisance cardiaque congestive et de fibrillation auriculaire, par exemple au travers du médicament du laboratoire Procter & Gamble Pharmaceutical : le « Digitaline Nativelle ».

Meilleure chimiste que les laboratoires

La digitale pourpre est très prisée par l’industrie pharmaceutique, mais sa présence naturelle étant insuffisante pour les besoins de la thérapeutique, la culture a été organisée dans des pays comme la Hollande ou la France. La récolte se fait au mois d’août au moment où les feuilles contiennent le plus de glycosides cardiaques.

Le succès thérapeutique de la digitale ouvre maintenant la recherche vers d’autres médicaments agissant sur le myocarde, la partie centrale et la plus épaisse de la paroi du cœur, et traitant les affections cardiaques. Les substances de la digitale sont utiles quel que soit le problème cardiaque, crise, infection ou troubles de l’appareil valvulaire, dont le souffle au cœur.

Mais la reproduction de la formule chimique complexe de la digitaline étant très onéreuse, les laboratoires extraient le remède directement des plantes, en réduisant les feuilles en poudre. Malgré les moyens et l’arsenal technique des laboratoires, la meilleure chimiste reste la plante.

Source : Plantes & Santé

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Commenter cet article

kimcat 07/07/2018 18:42

Une très belle fleur tà la foi toxique et protectrice
Belle soirée

Gérard 07/07/2018 16:28

...et toujours de bien belles photos !

Chantal33300 07/07/2018 14:41

une jolie plante pourtant malgré le mal qu'elle peut faire si l'on ne sait pas s'en servir. D'autre fleurs sont toxiques aussi. Il suffit d faire attention. Bon weekend. Bisous

domi 07/07/2018 14:11

belle conclusion, j'apprécie

dominique 07/07/2018 11:58

Et quelle herbe! Savoureuse, fine, dentelée, faite de mille plantes. Et les fleurs! De grandes campanules bleues, des digitales de pourpre à longs calices, toute une forêt de fleurs sauvages débordant de sucs capiteux ! ( La chèvre de M. Seguin)

Michèle 07/07/2018 11:50

Quelques autres belles toxiques : l’aconit napel, la petite ciguë, la nielle des blés, l’anémone Sylvie, la pulsatille, l’aristoloche, l’arnica des montagnes, l’asperge, la bryone, le muguet, le cotonéaster, le fusain d'Europe, la perce-neige, le lierre, la berce du Caucase, le chèvrefeuille, le tabac, la parisette à quatre feuilles, le sceau de Salomon, la rue des jardins, le sureau, l’if , le gui, l’arum des jardins… et beaucoup, beaucoup d’autres ! Comme on peut le voir, il y en a partout et cela n’est évidemment pas dangereux si, effectivement, on ne fait pas n’importe quoi !

Ralph 07/07/2018 11:30

Une belle toxique en effet, à admirer sans forcément la toucher...

Jean-Louis 07/07/2018 11:39

Le contact en soi n’est pas dangereux ! Mieux vaut par contre éviter de l’inclure dans un quelconque plat ! D'ailleurs, à y regarder de près, il y a de très nombreuses fleurs toxiques dans la nature, y compris dans les jardin, ce qui ne cause pas de problèmes particuliers ! Il s'agit évidemment de ne pas faire n'importe quoi ni, bien sûr, de "s'amuser" à consommer des plantes qu'on ne connaît pas ! Simple question de bon sens !

Jacky 07/07/2018 08:47

Article complet et passionnant. Les allemands nomment cette fleur fingerhut; dé à coudre.