Vers un assouplissement des normes bio ?

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Voilà un article qui date certes de juin 2017 mais qui, pour autant, est tout à fait d’actualité : en effet, adopté le 20 novembre dernier, le nouveau règlement doit encore être confirmé par le Parlement européen, son entrée en vigueur devant se faire en 2021. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ce texte n’est pas réjouissant. Certes, pour l’heure, rien n’est complètement finalisé et beaucoup de choses peuvent changer. Une chose est toutefois sûre : le cahier des charges initial de l’agriculture bio va bien au-delà du cahier des charges européen. Espérons que cela continue, même si des modifications doivent être apportées dans la nouvelle réglementation de 2021.

Photo : JLS

Le Conseil européen agricole envisage d’assouplir les normes. Il serait même en passe d’autoriser, dans certains cas, la présence de pesticides dans les productions issues de l’agriculture biologique. Ce qui n’est bien entendu pas une bonne nouvelle…

Aïe… Ce n’est pas une bonne nouvelle pour les producteurs, transformateurs et distributeurs de la filière bio en France. En effet, les règles pourraient très prochainement être modifiées. Et du coup, les inquiétudes sont vives… et vous allez vite comprendre pourquoi ces modifications peuvent être graves et compromettre l’avenir du bio.

En effet, le Conseil européen agricole est en train d’examiner un projet de modification du règlement européen sur l’agriculture biologique. Ce projet a été lancé en 2014 par la Commission européenne… Alors quelles sont les modifications véritablement envisagées ? On vous explique tout en détails…

UNE MENACE DES STANDARDS DE QUALITÉ DE L’AGRICULTURE BIO ?

Le texte largement décrié a été présenté aux Ministres de l’agriculture européens lundi dernier. L’objectif est de définir très précisément les modes de production, de transformation, de conservation et de commercialisation dans toute l’Europe. Mais les professionnels du bio sont très inquiets depuis la parution de ce texte.

En effet, il semble que le contenu de ce texte modifie certaines normes, et menace donc sérieusement les standards de qualité de l’agriculture bio. Ils tirent la sonnette d’alarme, et ont interpellé le Gouvernement à ce sujet. Ils souhaitent que le Gouvernement abandonne immédiatement les négociations sur le nouveau projet de règlement bio européen… Pourquoi ce texte inquiète-t-il autant les professionnels du bio ? Et bien il y a plusieurs raisons, et vous allez découvrir qu’en effet, c’est plutôt inquiétant…

LE PROBLÈME DES PESTICIDES

L’agriculture biologique remporte de plus en plus de succès, notamment en France. Car les Français ne veulent plus consommer des produits qui ne sont pas sains ou qui sont contaminés par les pesticides et les produits chimiques. C’est l’un des arguments majeurs dans la consommation bio : la présence très réduire des pesticides. Or, ce nouveau règlement semble modifier certaines règles en la matière.

Le nouveau texte prévoit que les productions contaminées par des pesticides ne seront plus automatique déclassées du label bio. Actuellement, ce n’est pas le cas ! La règle est très stricte concernant les pesticides dans les produits bio. Mais avec ce texte, chaque Etat pourra décider du seuil.

Ce qui veut dire ? Et bien tout simplement que certains produits contenant des pesticides pourront être vendus sous le label bio puisqu’il y a, rappelons-le, le principe de libre circulation des biens et des services entre les pays membres de l’Union Européenne. Du coup, en consommant bio, on ne sera plus du tout sûrs de ne pas consommer des pesticides… Une très mauvaise nouvelle donc !

LA DIMINUTION DES CONTRÔLES DE QUALITÉ

Le texte prévoit également d’assouplir les contrôles de qualité dans les exploitations bio. Les contrôles sont actuellement nombreux et récurrents, le but étant de vérifier précisément le cahier des charges. Pour bénéficier du label bio, le professionnel est dans l’obligation de tout respecter. Ces contrôles ont actuellement lieu deux fois par an. La première fois, c’est une visite surprise. La seconde fois, il y a un rendez-vous qui est fixé avec le professionnel. C’est une manière de faire très attention à ce qui est classifié sous le label bio. Malheureusement, le nouveau texte prévoit d’assouplir cette mesure. Ces contrôles n’auraient lieu qu’une fois tous les deux ans. Ce qui pourrait assez facilement engendrer des dérapages !

Les professionnels du secteur bio apprécient cette vérification régulière, qui est un gage de sérieux et de qualité. Les consommateurs ont confiance dans le label bio. Cette baisse de contrôle pourrait bien avoir des conséquences sur cette confiance, qui a pourtant été longue à établir entre le producteur et le consommateur… D’ailleurs, le syndicat des distributeurs de produits bio, Synadis Bio, a peur que la baisse de contrôle abîme la confiance des consommateurs. Ce qui serait dommage car le secteur est en plein boom depuis plusieurs années !

UN SECTEUR EN PLEINE CROISSANCE

Le bio est en pleine croissance. On a constaté une croissance de plus de 22% en 2016, et le marché du bio représente un peu plus de sept milliards d’euros ! Autant dire que le secteur du bio est très prometteur, et plaît aux consommateurs. En France, ce n’est pas un hasard si le bio est de plus en plus présent dans les assiettes des consommateurs. On voit d’ailleurs les plus grandes marques de l’agroalimentaire investir dans le bio. On pense à Danone par exemple, ou encore à Coca Cola ! Ces géants de l’industrie misent aussi sur le bio, qui semble représenter l’avenir et qui est un secteur à très forte croissance.

Malheureusement, il ne faudrait pas que les changements envisagés par le Conseil européen agricole freinent cet élan et cette croissance. Le bio est important pour les producteurs et les professionnels, mais aussi pour les consommateurs qui ont pris conscience ces dernières années de l’importance du « bien manger »… Il serait vraiment dommage de voir ces progrès chuter à cause de la modification de certaines normes… A suivre !

Mélanie M/Minute News (15 juin 2017)

 

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Commenter cet article

Hansjürgen 02/02/2019 19:11

Dans les grandes surfaces en Suisse on sème la confusión au niveau des salades et légumes en présentant des enseignes "Local" et "Bio". Les clients non-éduqués finissent par croire que "local" est l'équivalent de "bio". La culture bio pour des produits frais - en comparaison à la France - est très peu développée en Suisse. La France a donc plus de soucis à se faire.

Jean-Louis 02/02/2019 20:40

Il en est de même, ici, chez nous : ainsi dans un magasin de producteurs que je fréquente, il y a du bio et du conventionnel ! M'en étonnant, on m'a vertement (?) signalé que les produits bios étaient dûment estampillés et qu'il suffisait de bien regarder les étiquettes... Ce mélange des genres ne me semble pas satisfaisant et ne manque pas de semer un certains troubles chez les consommateurs qui, il faut bien le reconnaître, ont bien du mal à s'y retrouver ! Je ne suis pas loin de penser que cette situation est pensée et voulue par les initiateurs de ce type de magasins ! Mais, dans quel but ? J'avoue ne pas comprendre...

aurelie 13/04/2018 07:10

il nous reste la biodynamie... http://www.demeter.fr/ ou alors bio-cohérence, qui st un label français mis en place au moment du passage du repab-f au règlement européen... malheureusement, bio-cohérence a encore assez peu de visibilité pour le moment... http://www.biocoherence.fr/

domi 05/04/2018 17:23

c'est en effet inquiétant ! la seule solution, c'est de rajouter à l'appellation bio un label bio authentique avec des normes différentes, beaucoup de travail, mais sinon, le bio deviendra de l'agriculture raisonnée
Même si, perso, je mange souvent du non bio (depuis le temps je dois être vacciné) je pense que la préservation de la biodiversité passe par la culture réellement bio

Jean-Louis 06/04/2018 06:24

Il est évident que de consommer bio ne peut être que bénéfique pour la santé des consommateurs ! Et puis, il y a l'aspect environnemental et, effectivement l'ensemble de la chaîne alimentaire qui est impacté par les produits -les poisons- allègrement utilisés ! Une fois de plus, au lieu de réduire sensiblement l'usage de ces pesticides, on va en tolérer certains même dans l'agriculture bio... Je me répète mais l'intérêt général est bafoué et c'est juste scandaleux !

Michèle 05/04/2018 10:40

Depuis les années 70, les quelques résultats obtenus par rapport à l’agriculture biologique, nous faisaient espérer le meilleur pour la filière. Voilà que des chamboulements de taille annoncés récemment menacent les acquis durement remportés. Une seule certitude : le rétropédalage encore et encore devant la super puissance des lobbys ! Je suis écœurée !

manou 05/04/2018 10:03

Ce n'est pas une bonne nouvelle et moi aussi je suis ça de près...on a bien du souci à se faire

René 05/04/2018 06:50

Ou est l'intérêt général ?

Jean-Louis 05/04/2018 07:05

On est en droit de se le demander !

MM 05/04/2018 06:49

Voilà qui apportera de l'eau au moulin de ceux qui se font un malin plaisir de dénigrer le bio... Quel crédit pourra-t-on encore apporter aux labels si ce nouveau règlement est adopté ?
C'est scandaleux : c'est à vous dégoutter de l'Europe ou tout au moins de ces instances qui œuvrent en dépit du bon sens...

Jean-Louis 05/04/2018 07:04

On a du mal à saisir l'intérêt d'autoriser certains pesticides ! Alors que les normes devraient être plus drastiques encore, voilà qu'on les allège... C'est du grand "n'importe quoi" !

Jacky 04/04/2018 22:49

Les rayons bio des supermarchés s'agrandissent sans cesse. Il y beaucoup de questions à se poser.
Il faut privilégier les circuits courts et bien sûr travailler son potager si cela est possible.

Jean-Louis 05/04/2018 07:01

En effet : la vigilance s'impose et, hélas, il est de moins en moins facile de faire ses courses sans se faire duper ! Le potager est une solution... Malheureusement pas à la portée de tout le monde !

Jean-Louis 04/04/2018 21:01

Le Conseil européen agricole serait-il à la botte des lobbys des pollueurs ? Avec ce nouveau règlement que le parlement européen est en passe d’adopter, on est autorisé à le penser !
Si cette infamie se concrétise, on pourra clairement douter de nos institutions…