Notre-Dame-des-Landes: comment les zadistes se préparent à l'évacuation imminente

Publié le par Jean-Louis Schmitt

"Amène tes bottes et tes potes, il est temps de défendre la ZAD". Il y avait de l'électricité dans l'air à Notre-Dame-des-Landes, ce week-end des samedi 7 et dimanche 8 avril. La rumeur monte, enfle et les zadistes se préparent: l'expulsion annoncée par le gouvernement est imminente et pourrait intervenir en début de semaine voire dès ce lundi 9 avril, près de trois mois après l'abandon du projet d'aéroport. Et les deux camps se préparent.

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Notre-Dame-des-Landes: comment les zadistes se préparent à l'évacuation imminente. Stéphane MAHE / REUTERS

L'opération doit mobiliser sur plusieurs jours vingt-cinq escadrons de gendarmerie mobile, soit environ 2 500 militaires. Elle prévoit d'expulser toutes les personnes qui n'ont pas régularisé leur situation, en déclarant par exemple de nouveaux projets agricoles individuels. La quasi-totalité des 250 zadistes estimés sur place ne l'ont pas fait, préférant une gestion collective du territoire et la possibilité de mener des projets non agricoles.

"C'est le calme avant la tempête", résume Lucas, "brasseur militant" installé au cœur de la zone occupée, qui s'étend sur 1 650 hectares. Mais, "le stress commence à monter" car "on sait qu'ils vont mettre le paquet". Sur leur site, les occupants de la ZAD appellent à la vigilance et relaient point par point les nouvelles, notamment les déplacements des forces de l'ordre autour de la zone.

Si la ZAD n'est pas encore encerclée par les forces de l'ordre, plusieurs véhicules ont patrouillé discrètement tout le week-end dans les communes alentours, pour prévenir toute introduction de carburant, de matières dangereuses ou d'objets pouvant servir d'armes. Des hélicoptères survolent également la zone, un scénario habituel depuis plusieurs semaines.

Des rassemblements programmés en pleine nuit

Les zadistes ont déjà prévenu: ils mèneront une "résistance physique et déterminée". Difficile de savoir pour l'heure la forme qu'elle prendra mais "il y aura sûrement un jeu du chat et de la souris", anticipe un zadiste. Un autre évoque la préparation de cocktails Molotov. Deux grands rassemblements sont programmés dès 4 h du matin ce lundi, suivis d'une répartition sur les différents points de blocage. Barricades, sit-ins, ravitaillement en soins et en nourriture: "chacun trouvera sa manière de se joindre à la lutte", explique à l'AFP "Camille", le pseudo commun des occupants de la ZAD. Le week-end aurait permis de battre le rappel des troupes. "Des gens arrivés de partout pour ne pas nous laisser seuls face à la police et les tractopelles", assure-t-il.

A l'image de la vie quotidienne sur la ZAD, chaque quartier organisera sa résistance. "Il n'y a pas un général, ni un poste de commandement, c'est en autonomie", poursuit le zadiste.

"Ce qu'on a toujours dit, c'est qu'on se tiendrait ensemble, et qu'il n'y aurait pas de lieu qui ne serait pas défendu. Radicaux ou non radicaux, violents ou non violents, en fait, on ne sait pas de quoi ils parlent! On ne s'est jamais reconnu dans cette approche-là et on a toujours dit qu'on se tiendrait ensemble (...) C'est pour ça qu'on a envoyé à la préfecture une convention d'occupation précaire globale, puisqu'on nous pousse à signer des conventions d'occupation précaires individuelles, et ça, ça nous semble aberrant." , a confié une autre "Camille" à France info.

Des agriculteurs seront "sur place avec des tracteurs", annonce Vincent Delabouglise, membre de Copains 44, collectif d'organisations agricoles. "Le gouvernement vient mettre le feu sur un territoire où les choses commençaient à s'apaiser", soupire-t-il, disant "craindre le pire". "Il y aura des personnes arrêtées, des habitats détruits. Mais la ZAD ne va pas être rasée. Les gens vont revenir et reconstruire", prévient Camille.

Le souvenir du fiasco de l'opération César

Alors qu'ils se préparent, beaucoup de zadistes rêvent d'une réédition du fiasco de l'"opération César", du nom de la précédente tentative d'évacuation massive du site, lancée à l'automne 2012 par le gouvernement de Jean-Marc Ayrault, ardent défenseur du projet d'aéroport.

"Ce n'est plus le même combat. Aujourd'hui, est-ce qu'on aura tous les soutiens?", se demande un zadiste, en référence aux tensions qui auraient cours entre occupants légitimistes et radicaux. "Tout est faux. Tous ensemble, on a mangé dans la même gamelle. On ne peut pas s'abandonner les uns, les autres", jure son voisin. "Il n'y pas d'un côté les paysans et les radicaux de l'autre", abonde Camille, qui veut croire qu'"avec de la détermination, tout est possible". En tous cas, "on ne part ni défaits, ni écrasés", préviennent-ils.

D'après Le Parisien, des rassemblements locaux de soutiens sont également d’ores et déjà prévus dans plusieurs villes de France en cas d'expulsions. Des compagnies de CRS sont notamment arrivées à Nantes et à Rennes, en prévision de débordements.

Ce dimanche 8 avril, le Premier ministre Edouard Philippe a confirmé au Parisien que l'évacuation de Notre-Dame-des-Landes approche, "ce sera dans les jours prochains", a-t-il assuré, ne précisant pas la date exacte. Selon Le Monde, ce serait bien pour ce lundi.

 

Huffpost/Claire Tervé (08.04.2018)

Publié dans NDDL

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Commenter cet article

domi 09/04/2018 11:18

A n'y rien comprendre, pourquoi rester à NDDL puisque l'aéroport ne se fera pas, en toute illégalité, puisque sur des terrains qui appartiennent à autrui
A n'y rien comprendre, pourquoi se hâter pour une opération musclée ?

Jacky 09/04/2018 09:09

Ces zadistes sont les poils à gratter de notre belle société de consommation. Ils ont ma sympathie.

Jean-Louis 08/04/2018 21:18

Une évacuation brutale et musclée est le pire scénario que l'on pouvait envisager ! Dans ces conditions, l'affrontement semble malheureusement inévitable puisque les partisans du "tout ou rien" ne veulent rien céder... et on ne peut que le regretter !