Feu vert confirmé pour le Grand contournement de Strasbourg

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Les premières ébauches du projet remontent aux années 70. Mais le grand contournement ouest (GCO) de Strasbourg, projet routier très contesté, a vu ce mardi son sort avancer d’un pas peut-être décisif. Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique, a en effet annoncé que l’Etat «délivrera[it] l’autorisation unique environnementale pour permettre la réalisation de l’autoroute». Concrètement, cela signifie que la déclaration d’utilité publique (DUP) a été prorogée de huit ans, rendant possibles les travaux nécessaires à la conduite du chantier préparatoire sur le tracé de l’autoroute. Le décret a été publié au journal officiel.

Feu vert, donc, pour une rocade de 24 kilomètres, essentiellement payante, qui a pour but de délester l’autoroute A35 qui traverse Strasbourg en absorbant le trafic du nord au sud de l’Alsace. Nicolas Hulot avait déjà confirmé le projet en octobre, mais il avait alors demandé de le «retravailler» en raison de ses impacts sur la biodiversité. Les opposants dénoncent en effet de longue date la voracité de ce projet en terme de terres agricoles (350 hectares) et la mise en danger d’espèces protégées, comme le grand hamster d’Alsace.

Hulot met en avant les garanties obtenues

Présenté par Arcos, filiale de Vinci, le projet avait pourtant reçu plusieurs avis négatifs des experts du Conseil national de protection de la nature en 2017. Le CNPN avait notamment  demandé «des précisions relatives à la protection de la biodiversité lors du chantier» ainsi qu’une compensation des «impacts de l’infrastructure sur des espèces protégées et les écosystèmes locaux».

Après une suspension des travaux préparatoires de plusieurs mois et au vu des correctifs vraisemblablement apportés au dossier, la réalisation de l’autoroute peut donc être relancée, à condition d’intégrer «l’ensemble des prescriptions complémentaires». «Cela comprend un renforcement et une pérennité assurée des mesures compensatoires par le porteur de projet, notamment pour les zones humides. Par ailleurs, l’impact environnemental de l’aménagement foncier agricole devra être maîtrisé et limité au maximum pour la biodiversité présente dans ces espaces», précise le communiqué commun du ministre de la Transition écologique et de la ministre chargée des Transports. Un comité de suivi, présidé par le préfet du Bas-Rhin, sera par ailleurs chargé de vérifier le bon respect par le concessionnaire des engagements pris, promet encore le gouvernement.

«Lot de consolation pour Vinci après l’abandon de NDDL»

Mais les réactions des écologistes ne se sont pas faites attendre. L’eurodéputée EE-LV Karima Delli, présidente de la Commission Transports du Parlement européen, pointe le «très mauvais signal» que représente cette annonce alors, précise-t-elle, que la France vient d’être convoquée à Bruxelles en raison de la pollution de son air. «Cette décision est une nouvelle déception. A Notre-Dame-des-Landes, la méthode du gouvernement a permis une sortie par le haut. Aujourd’hui, il faut poursuivre avec la même méthode : déclarer un moratoire et instaurer une médiation impliquant tous les acteurs», réclame l’élue.

Au mois de septembre, une manifestation contre ce projet jugé «inutile» avait réuni 2 500 personnes dans la capitale alsacienne, selon France Bleu, et une petite ZAD d’une dizaine de personnes s’est installée près de l’ancien moulin de Kolbsheim. Ce mardi, les opposants locaux ont immédiatement appelé à un rassemblement de protestation devant la préfecture de Strasbourg, pour prendre la mesure de l’annonce et organiser leur réaction.

Ils ne sont pas surpris de la prorogation de la déclaration d’utilité publique. «Cela avait été prévu dans le contrat de concession avec Vinci», admet le collectif GCO Non Merci dans un communiqué. Mais celui-ci s’étonne que la DUP ait été prorogée «sans même préciser quel a été le deuxième avis du CNPN sur le dossier (avis délivré le 15 décembre dernier mais non encore publié)». Or, «d’après les indiscrétions que nous avons obtenues, on sait que la réunion du CNPN s’est mal passée pour Vinci», avance Bruno Dalpra, un membre de ce collectif. Lequel en conclut, amer, que «l’Etat a décidé de passer outre les avis négatifs des scientifiques pour imposer le projet de force, coûte que coûte, comme si c’était un lot de consolation pour Vinci après l’abandon de Notre-Dame-des-Landes» la semaine dernière.

«L’Etat montre ainsi que le dossier Notre-Dame-des-Landes n’était pas un revirement politique mais un marchandage», regrette GCO Non Merci. Et Bruno Dalpra d’assurer que la décision favorable au GCO de Strasbourg «n’enlève rien» à la détermination des opposants. Il compte notamment sur «plusieurs recours» devant les tribunaux. Le collectif GCO Non Merci, composé de plusieurs associations dont Alsace Nature, avait attaqué aux côtés de la commune de Vendenheim le contrat de concession avec Vinci. Débouté l’an dernier, il a fait appel. Quant à savoir si d’autres zadistes de France, en particulier ceux de NDDL, viendront prêter main forte à la lutte anti-GCO, Bruno Delpra estime qu’«il est encore trop tôt pour le dire». Les travaux de la nouvelle rocade doivent débuter en août, en vue d’une mise en service prévue en 2020…

Coralie Schaub/Intellinews (24.01.2018)

 

 

Publié dans GCO

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domi 24/01/2018 14:05

nous ne sommes pas près d'envisager autrement la vie et l'aménagement de l'espace, et l'espace naturel, quoiqu'on dise, se fait toujours plus grignoter malgré les prétendues compensations

Sylvain Metz, Association pour la défense de la qualité de vie à Duttlenheim (ADQV) 24/01/2018 09:55

On a encore des billes : Alsace Nature a prévu d’attaquer cette prorogation de DUP. Et puis, à partir du moment où les travaux commenceront, la lutte se fera plus que jamais sur le terrain.

Monique Mebs, de Duppigheim qualité de vie (DQV) 24/01/2018 09:55

Je m’insurge, nourrie d’arguments similaires. Je peste à nouveau contre une jonction France-Allemagne qui va se faire, et ouvrir le trafic international nord-sud, et rajouter la pollution de 30 000 à 40 000 camions par jour, qui inondera toute la plaine d’Alsace, pas seulement les riverains ! La lutte va se radicaliser...

Guillaume Bourlier, des Bishnoïs 24/01/2018 09:53

Pendant une semaine, avec NDDL et Fessenheim, on a cru à un changement d’époque… On n’était pas dupes, ça aurait été un peu ‘‘gros’’ qu’ils annulent les deux, l’aéroport et le GCO...

collectif GCO Non merci, Bruno Dalpra 24/01/2018 09:52

Je suis inquiet de l’entêtement du gouvernement à soutenir le projet, malgré la position du CNPN, malgré les menaces environnementales sur les corridors écologiques, le grand hamster, et la difficulté à compenser. Si encore le GCO permettait de désengorger Strasbourg ! Il ne captera que 6 à 14 % du trafic, maximum. Ça ne changera rien à notre combat...

Dany Karcher, Maire de Kolbsheim 24/01/2018 09:50

Je me demande si Notre-Dame-des-Landes [NDDL] ne faisait pas partie d’une série de tractations. Ce qui est désolant, c’est que le communiqué [du ministère de l’Ecologie] acte que le GCO va se faire. En passant outre l’avis du Conseil national de protection de la nature [CNPN], qui reste à paraître et serait négatif…

Caroline Ingrand-Hoffet, pasteure de Kolbsheim 24/01/2018 09:49

Je suis triste que l’environnement passe toujours en second par rapport aux lobbies...

Sylvain Metz, Association pour la défense de la qualité de vie à Duttlenheim (ADQV) 24/01/2018 09:48

On veut toujours croire à un miracle

Jean-Louis 24/01/2018 07:53

Comme on pouvait le redouter, il fallait bien qu’après l’annonce de l’abandon de NDDL, l’Etat donne quelques gages à Vinci histoire de compenser un tant soit peu… Avec le début des travaux annoncé pour bientôt, il est probable que l’opposition à ce projet (qui, soit dit en passant, est aussi ancien que l’était celui de NDDL… et tout aussi obsolète) se radicalise davantage car, s’il y a des adeptes à ce nouveau bétonnage de l’environnement, il y a aussi de nombreux alsaciens qui y sont farouchement opposés ! A suivre…