Trois serres à terre

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Une partie de leurs cultures biologiques est menacée, voire condamnée. Suite à la mini-tornade qui a soufflé sur leur parcelle d’Ingwiller dimanche après-midi, les maraîchers Jean Becker et Annick Riehl se retrouvent avec trois serres totalement ravagées. Un coup dur qu’ils comptent surmonter aussi vite que possible.

En attendant le passage de l’expert en assurances, Jean Becker et Annick Riehl (à gauche) peuvent compter sur des amis et des membres des Amap, comme Nicolas Klein (à droite), pour les aider à remettre leur site de travail en état. Photo : DNA/G.B.

 

Les jeunes pousses à peine sorties de terre affichent encore une belle couleur verte. Des pieds d’épinards, de mâche, de blettes, du persil, du cerfeuil… Autant de cultures qui auraient dû grandir tranquillement tout l’hiver sous serre, pour être récoltées au printemps. « On était serein pour l’hiver à venir », indique Jean Becker, maraîcher biologique installé à Ingwiller depuis 2012. C’est finalement de l’automne qu’il fallait se méfier…

« On va essayer de sauver ce qui peut l’être »

Dimanche après-midi, une mini-tornade a saccagé trois de ses quatre serres situées sur une parcelle de deux hectares, rue de la Promenade. Les prochaines périodes de gel seront donc radicales pour toutes les plantes que ces tunnels bâchés protégeaient du froid. « On va essayer de sauver et de protéger autrement ce qui peut l’être. »

Ni Jean Becker, ni son associée Annick Riehl, tous deux trentenaires, n’étaient présents au moment où les violentes rafales ont balayé en l’espace de dix minutes des années de travail. « De toute façon, ça n’aurait rien changé », admettent-ils. Autant, en cas de bourrasques, des trous percés dans le plastique transparent peuvent protéger les arceaux métalliques et sauver la structure, autant, « contre une mini-tornade, on est impuissant ».

Ils n’ont donc pu que constater les dégâts à leur arrivée sur place dimanche en fin de journée. Un « carnage », dixit Annick Riehl qui se console tout de même en ne déplorant « aucun dommage humain ». Au final, un préjudice financier d’« au moins 30 000 € juste pour les tunnels », estime Jean Becker. Auquel il faudra ajouter les pertes de culture et le temps de travail réduit à néant. L’expert en assurances devra estimer en détail le montant global du sinistre.

Deux mois de travail pour remonter chaque serre

En fonction de l’indemnisation, les deux associés pourront avoir une meilleure vision de l’avenir de leur société Terre Activ’. «On est totalement dépendant des assurances », avouent-ils. Car les serres aujourd’hui à terre n’étaient pas encore totalement remboursées auprès de leur banque.

Heureusement, les cultures de champs n’ont pas été touchées par ces intempéries. Même si « sans tunnel ce sera plus compliqué », les maraîchers pourront donc continuer à fournir leurs clients, notamment des Amap (association pour le maintien d’une agriculture paysanne), et tenir leur stand chaque samedi matin au marché d’Ingwiller avec un panel de légumes plus restreint. Car il leur faudra des mois pour remonter les serres. « On a au moins deux mois de travail pour chacune d’elles », souligne Annick Riehl.

Elle pourra tout de même compter sur une chaîne de solidarité qui est en train de se créer autour d’elle et de Jean Becker. Des personnes de leur entourage, de leur famille, mais aussi des membres des Amap leur proposent leurs services pour remettre en état le site. « Depuis ce matin (hier, ndlr), le téléphone n’arrête pas de sonner ! » note Annick Riehl. Une main-d’œuvre qui n’est pas de trop pour déblayer, ranger et ramasser les dégâts. Il faudra par la suite démonter les tunnels trop abîmés pour être réutilisés. En espérant en remettre d’autres sur pied très rapidement afin d’espérer pouvoir cultiver poivrons, aubergines ou encore tomates.

DNA/DNA/Guénolé BARON (14/11/2017)

 

Les violentes rafales ont totalement détruit trois serres sur les quatre installées sur la parcelle de deux hectares. Photo : DNA/G.B.

 

Les jeunes pousses ne sont plus correctement abritées et ne survivront pas à un épisode de gel. Photo : DNA/Guénolé BARON

Intempéries - Foudre

Deux gros impacts

Dimanche après-midi, à 13h25, des milliers d’habitants de la grande couronne strasbourgeoise ont entendu une immense détonation. Un double impact de foudre de très forte puissance a fait trembler les sols et les murs.

Outre les énormes coups de tonnerre entendus à Strasbourg et dans sa région, l’orage a entraîné d’importantes rafales de vent, localisées, en Alsace Bossue. Photo : DNA DS

Hier matin, à Strasbourg, les techniciens du système d’information et de régulation automatique de la circulation (SIRAC) s’affairaient encore à remettre en état les nombreux (une trentaine) feux de signalisation tombés en panne dimanche en début d’après-midi après un violent coup de foudre. Même affairement du côté de la cathédrale de Strasbourg, où les techniciens de l’entreprise Citeos, chargée de la mise en lumière du bâtiment, étaient sur le front dès dimanche et procédaient encore à des vérifications hier.

Deux impacts quasiment simultanés, au sud et à l’ouest de Strasbourg

« Plusieurs interventions nocturnes sont encore programmées, pouvant entraîner des interruptions impromptues de l’éclairage », indiquait hier l’adjointe au maire de Strasbourg en charge du dossier, Pernelle Richardot.

Dimanche, dans la matinée, il neigeait au-dessus de 400 mètres d’altitude dans le sud de la Rhénanie-Palatinat et de la Belgique. Les températures dépassaient tout juste 0  C. Dans le nord de la Suisse, sur les cantons bâlois et sur Mulhouse, le thermomètre affichait en revanche 12 à 13 °C.

Ce conflit entre une masse d’air froid et une masse d’air chaud a généré un phénomène orageux violent, au-dessus de l’Alsace. C’est dans l’ouest de la région, entre Saverne et l’Alsace Bossue, que les vents ont soufflé fort, générant quelques dégâts localisés. À Strasbourg, ce phénomène orageux s’est traduit par deux coups de tonnerre simultanés, et d’une rare violence, à 13 h 25 exactement. Christophe Mertz, le météorologue d’Atmo-Risk, une petite entreprise de conseils et services implantée à Sainte-Croix-aux-Mines et à Strasbourg, a pu localiser, grâce aux données et relevés établis par les stations de mesure françaises et allemandes, ces impacts avec précision. Le plus violent a été mesuré à l’ouest de Strasbourg, non loin de Wolfisheim, le long de la RN4. Le second, à peine plus faible, a frappé la frontière entre les quartiers de Neudorf et de la Meinau, à Strasbourg, non loin de la voie ferrée menant vers Kehl et du stade de football du Racing.

Pour les habitants, ce coup de tonnerre, inhabituel à cette saison, s’est traduit par un immense flash, suivi d’une violente détonation, qui a fait trembler les fenêtres et les planchers. Le phénomène a été entendu jusqu’à 30 kilomètres à la ronde. Certains habitants ont été privés de courant électrique.

Un nuage d’orage peut « lâcher » plusieurs – jusqu’à huit ou dix – impacts simultanés sur une distance allant de plusieurs centaines de mètres à plusieurs kilomètres. Ici, les deux impacts sont espacés de 5 ou 6 kilomètres. Il faut envisager un nuage d’orage comme une pile nantie d’un pôle positif et d’un pôle négatif, explique Christophe Mertz. La différence de potentiel entre ces deux pôles amène un courant à circuler entre ces deux pôles, ce courant pouvant entrer en interaction avec la terre, laquelle est elle aussi chargée positivement ou négativement. C’est le phénomène de la foudre et de l’éclair. Cet éclair peut être « positif » ou « négatif » et c’est lorsqu’il est « positif » qu’il est le plus puissant.

Dimanche, à 13 h 25, c’est un éclair positif, à haute intensité (149 kiloampères), qui a frappé le sol à l’ouest de Strasbourg. Sachant que 99 % des éclairs présentent une intensité inférieure à 200 kiloampères, on voit bien que celui-ci se trouvait dans « la fourchette haute » de ces phénomènes.

Sous le coup de l’éclair, l’air environnant s’échauffe très rapidement et se dilate, provoquant une onde de choc qui explique le bruit du tonnerre. Lorsque deux impacts simultanés se trouvent proches, la conjonction de deux ondes de choc est fortement ressentie par la population. C’est ce qui explique l’énorme détonation de dimanche après-midi, entendue par de nombreux Alsaciens, bien au-delà des communes de l’Eurométropole de Strasbourg.

Plusieurs témoignages font en effet état d’un « flash » extrêmement puissant et de vibrations rappelant un mini-séisme. Vous avez été des milliers à témoigner sur la page Facebook des DNA. Certains ont cru à un séisme, d’autres à une explosion. Le phénomène a d’autant plus fortement marqué les esprits qu’il s’est produit un dimanche après-midi, où beaucoup de gens étaient chez eux.

DNA/DNA/Denis Tricard (14/11/2017)

Publié dans Consommation

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domi 14/11/2017 17:02

c'est là que j'attends un appui concret du ministère de l'environnement