Nucléaire : Hulot en galère

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Mauvaise passe pour le ministre Nicolas Hulot qui a été contraint d’annoncer, mardi, qu’il ne pourrait pas tenir la promesse de ramener de 75 à 50 % la part de nucléaire dans la production d’électricité française d’ici à 2025.

Nicolas Hulot. Photo AFP

« Beaucoup savaient que cet objectif n’était pas atteignable […] tous les interlocuteurs que j’ai, dans mes services, à l’Ademe (Agence pour la maîtrise de l’énergie), chez RTE (gestionnaire du réseau électrique), des spécialistes de l’énergie, savaient » que ce ne serait pas possible, « sauf dans une brutalité excessive », s’est-il encore défendu hier.

Fessenheim, cas d’école

Le ministre de la Transition écologique, accusé par ailleurs de reculer sur trop de dossiers environnementaux, a précisé qu’il faudrait au moins cinq à dix ans de plus pour fermer 17 à 25  réacteurs nucléaires. Il a toutefois confirmé hier que la centrale alsacienne de Fessenheim « sera fermée dans le quinquennat » : « On va en profiter pour en faire un cas d’école », a-t-il même affirmé sans pour autant convaincre Europe Écologie-Les Verts qui dénoncent « une annonce scandaleuse », et accusent le gouvernement « de renoncer à appliquer la loi de transition énergétique de 2015 qui a pourtant été adoptée par le Parlement après un long débat démocratique ».

Du côté du Sénat, la commission des affaires économiques s’est néanmoins félicitée de ce choix qui confirme « a posteriori la justesse de la position (N.D.L.R., sur le calendrier) défendue par le Sénat en 2015 ».

Une réaction partagée par une grande majorité de la classe politique qui, in fine, salue la lucidité du ministre tout en jugeant qu’il est néanmoins nécessaire de travailler sur les énergies renouvelables dont le développement n’est pas assez rapide en France.

DNA/DNA (09/11/2017)

L’éditorial de Didier Rose

Cœur vert, chat noir

Le sursis donné au nucléaire a déclenché une réprobation en chaîne : Nicolas Hulot passe pour un écologiste offshore. Tout en exploitant une enseigne ministérielle en vue, il aurait discrètement exfiltré ses convictions. Ce serait de mauvais rendement. Il ne récolte que noms d’oiseaux et volées de bois vert – une façon pour la nature de reprendre le dessus.

Quel est le crime de M. Hulot ? Dernier arrivé aux manettes de l’écologie, il écope du mistigri de la sortie du nucléaire. Et le dit. Mais le mensonge, c’était avant. Hulot devient le chat noir des Verts parce que, à des promesses fleuries, il oppose des réalités irritables.

Entre un risque nucléaire hypothétique et une catastrophe climatique assurée, le ministre affirme ne pas avoir le choix du bouton. Il laisse l’interrupteur du nucléaire ouvert pour ne pas avoir à rebrancher des usines à moteur fossile trop grossièrement polluantes.

Fessenheim est exclue du deal parce qu’elle ne relève plus de la planification énergétique. Elle est un geste politique. La centrale alsacienne sera atomisée pour la galerie, comme un magicien détourne l’attention d’une main pour faire son tour de l’autre : tandis que le nucléaire repart pour un tour au nom du climat, la France continue allègrement à brûler du charbon.

On n’en est pas au niveau de paradoxe de l’Allemagne, grande allergique à l’atome devenue cracheuse pathologique de gaz à effet de serre. En pleine COP 23 à Bonn, la pirouette de Berlin fera tousser les climatologues.

Pas sûr que la volte-face à Paris de Hulot lui rende le futur plus respirable. Pour sauver l’air, encore un petit coup de nucléaire ? Question de priorité sans doute, mais rien n’est réglé. Le cœur du débat atomique est là : l’argent pour sécuriser la filière des réacteurs se fait déjà rare. Où trouver alors les fortunes nécessaires pour donner un vrai coup de barre au nucléaire ?

 

Brom : « Il devrait démissionner »

L’antinucléaire strasbourgeois et militant de la France insoumise, Jean-Marie Brom, se souvient d’avoir entendu en 2011 Nicolas Hulot appeler la France à sortir du nucléaire. Il rapproche ces propos du ministre d’État chargé de la Transition écologique et solidaire à ceux prononcés il y a une quinzaine de jours : « Ma première ligne rouge, c’est l’instant où je me renierai ». En toute logique, « Nicolas Hulot devrait se retirer et faire preuve d’un minimum d’honneur », assène Jean-Marie Brom. Annoncer le report de l’objectif de transition énergétique le jour de la COP 23 en Allemagne « qui a entamé sa sortie du nucléaire tout en baissant sa part de charbon et en augmentant sa part de renouvelable, c’est faire preuve de son incapacité à seulement imaginer la possibilité de pouvoir se passer de l’énergie nucléaire ». Opposer le nucléaire au changement climatique « n’a pas de sens quand on sait qu’en France, la part des centrales à charbon dans la production de l’électricité ne représente que 1,5  %, et que 23 réacteurs nucléaires sont actuellement à l’arrêt ».

DNA (09/11/2017)

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