Fessenheim : La centrale fermera bien à la mise en service de l’EPR

Publié le par Jean-Louis Schmitt

 

Fessenheim centrale nucléaire EDF Photo Photo : DNA-Nicolas Pinot

15h35 : Selon le Monde, Nicolas Hulot aurait affirmé ce mardi que la centrale nucléaire de Fessenheim « sera fermée dans le quinquennat ». L’arrêt définitif de la centrale était jusqu' alors liée à la mise en service de l’EPR de Flamanville, prévue en 2019. Cette annonce signifie t-elle que le calendrier de la fermeture de la plus ancienne centrale de France a été modifié ?

17h30 : Les propos de Nicolas Hulot ce matin rapportés par Le Monde sur la fermeture «dans le quinquennat» de la centrale nucléaire de Fessenheim ont pu laisser croire à un changement de calendrier. Mais Sébastien Lecornu a confirmé aux DNA en fin d’après-midi que la centrale alsacienne sera bel et bien mise à l’arrêt au moment de la mise en service de l’EPR de Flamanville, prévue fin 2018 (lire ci-dessous). «Cest un engagement du président de la République» a rappelé le secrétaire d’État auprès du ministre d’État, ministre de la transition écologique et solidaire.

DNA/Simone Wehrung (7/11/2017)

 

La centrale fermera bien à la mise en service de l’EPR de Flamanville

Questions à… Sébastien Lecornu Secrétaire d’État auprès du ministre de la transition écologique et solidaire

 

Le ministre d’État Nicolas Hulot a parlé ce matin d’une fermeture de Fessenheim dans le « quinquennat ». Est-ce à dire que la centrale alsacienne peut fonctionner jusqu’en 2022 ?

Je confirme que la centrale de Fessenheim fermera à la mise en service de l’EPR de Flamanville. EDF l’annonce pour fin 2018. On reste bien dans ce calendrier-là.

La vraie question, c’est la méthodologie à mettre en œuvre sur le territoire avec les élus, les représentants des salariés et des sous-traitants, pour construire ensemble l’avenir de ce territoire. Je connais bien Éric Straumann. Je recevrai Jean Rottner pour en parler. Ce qui m’intéresse maintenant, c’est de transformer cette fermeture en force pour engager la transition dans le territoire, la gestion sociale en matière d’emploi, le démantèlement, la gestion du site, et finalement pour développer un projet sur tout le territoire élargi.

La mission du délégué interministériel à la fermeture et à la reconversion du site est-elle toujours d’actualité ?

Oui, bien sûr. M. Malerba est toujours là. Il m’a rendu compte de l’avancement de ce dossier. Mais c’est le président de la République et le Premier ministre qui m’ont demandé de suivre ce dossier auprès de Nicolas Hulot. Il y a une volonté du territoire d’avoir une concertation pilotée par un membre du gouvernement. Il y a beaucoup d’énergies à mobiliser, beaucoup de gens à mettre autour de la table. Je m’y attellerai.

Vous avez déjà des pistes pour la reconversion du site ?

Je peux avoir quelques idées, mais je les garde pour moi, parce que je veux d’abord rencontrer les élus et les acteurs du territoire. La coconstruction est fondamentale. Il n’y a pas de transition possible si elle se décrète de manière autoritaire.

Jusqu’ici, certains élus du territoire et les salariés de la centrale ont toujours refusé de rencontrer le délégué interministériel…

Je suis membre du gouvernement, ministre d’un président de la République qui a mis la fermeture de Fessenheim dans son programme présidentiel et qui a été élu par les Français il y a quelques mois seulement. Je connais assez bien un certain nombre d’élus, je crois en leur intelligence et leur sens de l’intérêt général.

Viendrez-vous à Fessenheim ?

Un certain nombre de réunions auront lieu au ministère dans un premier temps, puis je me rendrai sur place, c’est évidemment important. Je veux que l’approche de ce dossier soit aussi respectueuse que possible des salariés, des habitants et de leurs représentants. Ils ont besoin qu’on leur explique comment cela va se passer. Mais il ne faut pas confondre vitesse et précipitation. On ne va pas faire ça n’importe comment. On va faire de la pédagogie, de l’écoute. Je serai un interlocuteur particulier, si ce n’est privilégié, sur ce dossier.

DNA/Propos recueillis par Simone Wehrung (08/11/2017)

 

Énergie - De 75 % à 50 % de la production électrique d’ici à 2025

Moins de nucléaire : le rétropédalage

Parce que la France n’est pas prête à polluer plus son atmosphère en CO 2, Nicolas Hulot souhaite repousser la fermeture des vieilles centrales nucléaires.

 

Réduire la part du nucléaire dans la production de l’électricité en France, tout le monde ou presque est d’accord depuis la catastrophe de Fukushima. Mais convenir d’un calendrier, d’une méthode et en assumer les conséquences semble bien plus laborieux.

La loi de transition énergétique votée en 2015 sous l’ère Hollande-Royal a pris hier du plomb dans l’aile. C’est d’abord RTE, le gestionnaire du réseau électrique français qui, hier matin, a ouvert une brèche en dévoilant son bilan prévisionnel : selon ses calculs, pour ramener cette part de 75 à 50 % d’ici à 2025 – date butoir fixée sous le précédent quinquennat –, il faudrait fermer 24 réacteurs ainsi que les centrales à charbon tout en construisant plus de 11 000 éoliennes et une série de centrales au gaz, nouvelle génération.

Dilemme au pays de la Cop21

Sans cela, il faudrait solliciter davantage les fameuses centrales à charbon existantes, connues pour leur caractère particulièrement polluant. Schéma qu’a adopté ces dernières années l’Allemagne d’Angela Merkel. Une solution contestée qui, certes, permet la fermeture de centrales nucléaires, mais a des conséquences significatives sur la qualité de l’air et le changement climatique.

La France, organisatrice exemplaire de la Cop21 (lire par ailleurs), est donc confrontée à la quadrature du cercle. À choisir entre la défense du climat et le repli du nucléaire, Nicolas Hulot a finalement opté pour la défense du premier, peu après la publication du rapport de RTE.

Depuis quelques jours, il se murmurait que le ministre de la Transition écologique accompagnerait exceptionnellement, cette semaine, le porte-parole du gouvernement, lors du traditionnel compte rendu du conseil des ministres. Le sujet était suffisamment sensible et politique pour qu’il en parle lui-même. « Si l’on veut maintenir la date de 2025 pour ramener dans le mix énergétique le nucléaire à 50 %, ça se fera au détriment de nos objectifs climatiques. Et ça se fera au détriment de la fermeture des centrales à charbon, et probablement que si l’on voulait s’acharner sur cette date, il faudrait même rouvrir d’autres centrales thermiques », a-t-il expliqué devant les journalistes, tandis que les antinucléaires commençaient à dénoncer une nouvelle reculade de l’État sur le sujet.

Dix ou quinze ans de plus ?

Nicolas Hulot, sans pour autant surseoir à la fermeture des deux réacteurs de la centrale de Fessenheim (Haut-Rhin) – qui devrait intervenir à la mise en service par EDF de l’EPR de Flammanville (Manche), en théorie avant la fin du quinquennat – préfère se donner un peu de temps pour fixer une échéance « réaliste », selon ses propres termes.

La programmation pluriannuelle de l’énergie 2019-2023 sur laquelle travaille actuellement son gouvernement devrait permettre de fixer le nouveau cap sous un an. Mais de l’aveu de plusieurs spécialistes, la France aura probablement besoin d’une bonne décennie supplémentaire (Nicolas Hulot évoquait hier soir 2030 voire 2035) au moins pour atteindre son objectif. Ce qui, peu ou prou, coïnciderait avec une autre échéance annoncée l’été dernier : la fin de la vente des voitures à essence et diesel d’ici… à 2040.

DNA/Fabrice Veysseyre-Redon (08/11/2017)

 

Baisse du nucléaire : le gouvernement vise "l’échéance de 2030 ou 2035"

Le gouvernement va "travailler" sur "l’échéance de 2030 à 2035" pour ramener la part du nucléaire dans la production d’électricité à 50 %, a déclaré Nicolas Hulot mardi soir sur Public Sénat. « On va maintenir évidemment cet objectif de 50% [...], on va simplement le repositionner dans le temps», a dit le ministre de la Transition écologique, alors que cette baisse était au départ prévue pour 2025.

 

Paris maintient la pression sur la Cop

 

 

L’annonce de Nicolas Hulot a le mérite de la clarté, alors que 196 pays sont actuellement réunis à la Cop23 en Allemagne (jusqu’au 17 décembre) pour avancer sur l’application de l’accord de Paris obtenu de haute lutte il y a deux ans. Envoyer, hier, un signal négatif depuis la capitale française aurait été de très mauvais augure dans la perspective du sommet qui se tiendra à Paris le 12 décembre.

Emmanuel Macron, qui a d’ores et déjà invité une centaine de pays et 2 000 spécialistes, entend maintenir et renforcer la mobilisation internationale sur la question climatique. Paris espère, à cette occasion, « construire des coalitions pour arriver à ce sommet avec des résultats concrets […] L’idée est de montrer qu’il y a de l’action, qu’il faut les accélérer et trouver de nouvelles sources de financement pour des projets très concrets. C’est très complémentaire » de la Cop 23, explique-t-on du côté de l’Élysée, notamment en créant des dynamiques avec les villes, les fonds d’investissement ou encore les banques de développement. Signe d’une dynamique, la Syrie a annoncé hier à Bonn son intention de rejoindre l’Accord climat de Paris, laissant seuls les États-Unis dans leur décision de quitter le pacte, selon des observateurs. D’ailleurs, Donald Trump n’a pas été invité, le 12 décembre prochain. Pour l’instant tout au moins.

DNADNA (08/11/2017)

Publié dans Nucléaire

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Stef 08/11/2017 18:13

Il faut une politique keynésienne, orientée sur la production propre ou l'économie d'énergie. Hélas les critères de déficit et l'idéologie néo-libérale semblent être un frein définitif à cette solution qui aurait le mérite de résorber le chômage tout en réduisant (à moyen terme) les émissions de CO2... et le déficit de l'état.

domi 08/11/2017 16:30

j'ai été informé de cet article car tu es dans mon reader Jean-Louis

Jean-Louis 08/11/2017 17:52

Depuis que Manou en a parlé l'autre jour sur ton blog (du reader), je suis moi aussi quelques blog de cette façon...

domi 08/11/2017 16:29

je propose que ceux qui nous dirigent, ministres, députés, hauts-fonctionnaires, responsables de l'EDF etc... soient obligés, tous les jours, à l'aide d'un vélo et d'une dynamo, de produire un kwh jusqu'à ce que l'objectif de 50% d'énergie renouvelable soit atteint ; pour pédaler, ils devront ôter leur veste, ça leur évitera de la retourner. Nicolas Hulot n'est pas dispensé ! Macron non plus !

Jean-Louis 08/11/2017 17:50

Plutôt sympa ton initiative Dominique ! De plus, je suis persuadé que de pédaler un peu ne ferait pas de mal à certains qui sont, à l’évidence, beaucoup trop « bien » nourrit, « bien » étant en l’occurrence sans doute mal approprié puisque j’imagine que la diététique et le bio sont les cadets des soucis des notables en question !

Observatoire du nucléaire 08/11/2017 14:05

Nucléaire : Nicolas Hulot prend acte de son impuissance, Macron dans le déni

En annonçant le report de la baisse de la part du nucléaire dans la production française d'électricité, le ministre Nicolas Hulot n'a finalement fait que prendre acte de sa totale impuissance dans le dossier de l'énergie… comme sur d'autres sujets. Comme prévu, il n'est que la ridicule caution faussement "écolo" du très productiviste et nucléariste Macron. La réalité est que ce Président et ce gouvernement, comme les précédents, parlent beaucoup de la fameuse (et fumeuse) "transition énergétique", mais ne font strictement RIEN pour qu'elle prenne réalité. Au contraire de l'Allemagne qui, en 2000, a lancé d'ambitieuses initiatives concernant les économies d'énergie et le développement des énergies renouvelables, la "stratégie" des dirigeants français, politiques et industriels, est de ne rien faire pour que la seule "solution" soit de continuer dans le nucléaire, en prolongeant la durée de vie des 58 réacteurs en activité. Mais cette option, qui pourrait passer pour une habile manœuvre de l'industrie nucléaire, revient à mettre la France dans une véritable impasse énergétique car le parc nucléaire est à bout de souffle et les finances d'EDF, exsangues, ne permettent pas de le rénover et encore moins de le remplacer par des centrales neuves (ce qui est une très bonne nouvelle).

En résumé, il n'existe à ce jour aucune alternative au nucléaire… pas même le nucléaire !

Comme ses prédécesseurs, M. Macron est dans le déni et croit que les centrales sont éternelles. Or, bien que l'Autorité de "sûreté" nucléaire accorde toutes les prolongations de durée de vie exigées par EDF, de nombreux réacteurs vont devoir être fermés dans les années à venir : non pas du fait de décisions politiques courageuses mais simplement du fait du délabrement avancé des réacteurs.

Il reste juste à espérer qu'EDF ferme ces réacteurs avant qu'ils ne causent une ou plusieurs catastrophes nucléaires, et non pendant comme cela a été le cas au Japon du fait du drame de Fukushima, lequel se poursuit et va continuer encore des décennies.

Plus que jamais, l'industrie nucléaire est un véritable boulet que la France traine de plus en plus péniblement et qui la mène dans l'impasse énergétique. Bientôt, la France sera obligée de compter sur ses voisins, en espérant qu'ils auront de l'électricité à exporter…

Jean-Louis 08/11/2017 14:05

« Les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent. » : En matière de nucléaire, cette petite phrase est, ô combien, d’actualité !
Vu les retards accumulés par l’EPR de Flamanville et donc sa mise en service repoussée d’autant, il y a de fortes « chances » que Fessenheim continue de cracher encore un sacré bout de temps ! Quant aux autres centrales plus ou moins vieillissantes aussi de notre pays, il n’en est même pas question…
Tout porte à croire qu’EDF vient de gagner une nouvelle manche en mettant en avant le côté quasi « écologique » de ces centrales qui émettent évidement moins de CO2 que des centrales à charbon ! Voilà naturellement une vision bien étriquée et surtout à très court terme de la transition énergétique : en attendant, que de temps perdu à ne rien faire pour développer effectivement et concrètement les énergies renouvelables !