Apprendre des animaux

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Des chercheurs de toute l’Europe et du Maghreb étaient réunis cette semaine à l’IPHC de Strasbourg pour un colloque d’écophysiologie* consacré aux facultés d’adaptation des animaux face au changement de leur environnement.

Au sein de l’IPHC, une équipe MIBE (métrologie et instrumentation en biologie et environnement) de huit ingénieurs met au point toute une panoplie de capteurs de données biologique. Les cistudes, ou tortues des marais, relâchées à Woerr par l’équipe de Jean-Yves Georges ont été dotées d’émetteurs permettant de suivre leurs mouvements. PHOTO archives DNA

Comment les animaux arrivent-ils à s’accommoder de la variabilité de leur milieu et pourquoi certains y parviennent mieux que d’autres ? Quels sont les processus physiologiques (hibernation, reproduction, alimentation, gestion des réserves) à l’œuvre dans les facultés plus ou moins rapides à s’adapter à de nouvelles conditions ? Dans le contexte actuel d’accélération des changements dans notre environnement (pollution, disparition des habitats naturels, changement climatique, surexploitation des milieux et espèces invasives), il est impératif de comprendre les mécanismes à l’œuvre tant pour guider les politiques de conservation, limiter la perte de biodiversité et peut-être s’inspirer du règne animal pour organiser sa propre survie dans une planète qui s’emballe.

L’ours et la conquête spatiale

Ainsi les travaux du département d’écophysiologie de l’institut pluridisciplinaire Hubert-Curien (CNRS/Université de Strasbourg), ont-ils par exemple « participé à la découverte de la sphéniscine, un peptide antimicrobien secrété par le manchot royal pour conserver les aliments intacts dans son estomac », rappelle Jean-Patrice Robin, directeur de recherches à l’IPHC ; des applications biomédicales sont d’ores et déjà développées dans les traitements ophtalmiques et le champ des possibles dans l’agroalimentaire s’est tout soudain élargi.

Les effets de l’environnement sur la physiologie et le comportement

Ou encore cette autre observation fortuite lors de l’étude des ours en hibernation qui pourrait avoir des applications dans la conquête spatiale : lors de leurs longs mois de sommeil, les ours ne subissent aucune atrophie musculaire, capacité que leur sérum peut déjà transmettre à des cellules humaines. Un pas de plus vers des capsules hypothermiques dans les vaisseaux vers Mars ?

Des exemples comme ceux-là, l’IPCH en produit beaucoup et les partage avec une centaine de chercheurs européens et maghrébins invités à présenter leurs travaux pendant trois jours à un colloque d’écophysiologie animale à Strasbourg. Il n’est d’ailleurs par forcément nécessaire d’étudier des animaux exotiques pour en tirer des leçons profitables. Les espèces locales sont tout aussi riches d’enseignements. Josefa Bleu, maître de conférences et Sylvie Massemin, enseignante-chercheure s’intéressent par exemple de très près à l’effet « potentiellement néfaste » des pollutions urbaines sur les populations de mésanges, en particulier sur leur vieillissement.

« En Alsace, nous avons des modèles à portée de main », indique le chercheur Jean-Yves Georges en prenant la cistude dont il suit le programme de réintroduction sur le site de Woerr près de Lauterbourg en exemple. Cette petite tortue est dépendante de la qualité des milieux humides laquelle repose sur le mode de gestion du territoire par l’homme. « Du travail d’évaluation qui est le nôtre découlent des recommandations qui servent la société. »

A contrario

À l’inverse, l’incapacité d’un animal, comme le grand hamster, à s’adapter au changement est analysée avec tout autant d’ardeur pour mieux discerner les écueils. On se souvient des travaux de Mathilde Tissier sur ces hamsters qu’un régime essentiellement maïsicole et donc carencé en vitamine B3 poussait à dévorer leur propre progéniture. L’équipe de Caroline Habold, en charge du programme Alister (Alsace Life Hamster) à l’IPHC a continué les recherches sur les cultures favorables à l’animal pour conclure que toute monoculture quelle qu’elle soit a un effet négatif sur l’espèce-parapluie qu’est le hamster d’Alsace. « Les différentes études écophysiologiques montrent d’ailleurs que les espèces au régime alimentaire généraliste, donc diversifié et à forte capacité de reproduction s’adaptent plus facilement aux changements », ajoute Vincent Viblanc qui travaille plus particulièrement sur les effets de l’environnement social des animaux sur les comportements individuels et intergénérationnels.

DNA/DNA/Simone Wehrung (12/11/2017)

 

*Ecophysiologie : étude des relations entre un organisme et les facteurs de son environnement​​​​​​​

Commenter cet article

manou 14/11/2017 08:45

C'est sûr que les animaux sont davantage capables de s'adapter aux variations de leur environnement...que nous ! Très intéressantes recherches...

domi 13/11/2017 16:57

Passionnant et qui met le doigt sur les erreurs que nous commettons encore