Sclérose en plaques : un défi planétaire

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Handicap et fonte des glaces, même combat. Atteint de sclérose en plaques, le Strasbourgeois et pilote d’avion Loïc Blaise fait face aux vents contraires.  

Un double combat pour Loïc Blaise et son chien Mia. Photo : DNA - D. Geiss

Aux commandes de son prototype ultraléger « Polar Kid » et accompagné de son fidèle compagnon Mia, il s’apprête à décoller pour l’Arctique et ainsi témoigner des conséquences humaines et environnementales du réchauffement climatique. Mais ce défi de 22 000km vise aussi, en filigrane, à sensibiliser le public aux retombées des maladies neurodégénératives et ainsi lever des fonds pour la recherche. Parmi ses auditeurs, des collégiens de Molsheim, rencontrés la semaine passée et qu’il va mettre en contact avec des adolescents du Groenland, lors d’un vol de reconnaissance démarrant le 22 octobre. Postier volant : un salutaire retour aux sources du métier.

DNA/DNA/DG (20/10/2017)

Molsheim - Loïc Blaise

Vol de nuit

Pour Loïc Blaise, la fonte des glaces est une sclérose en plaques planétaire. Il vole en connaissance de cause et a fait escale à Molsheim, sur le tarmac du collège Bugatti.

Son hydravion Polar kid est un prototype spécialement conçu par la société russe Aérovolga. Doc. Remis

 « J’aime cette idée de fuir la nuit », lâche, sourire en coin, notre Strasbourgeois qui, l’an prochain, va mettre le cap sur l’Arctique, où, heureux hasard, il fait rarement nuit. 22 000 km dans le viseur : à bord de son petit hydravion baptisé Polar Kid – un prototype russe spécialement conçu pour l’occasion –, il veut relier les neuf pays du territoire arctique en 50 étapes. Il sera épaulé par divers compagnons de route, dont son fidèle husky sibérien Mia, et entend ainsi témoigner des conséquences du réchauffement climatique, et, en filigrane, lutter contre les maladies neurodégénératives. En misant sur les retombées financières de cet exploit inédit dans l’histoire aéronautique, Loïc Blaise espère aider la recherche médicale, et tout particulièrement les efforts déployés par le service de neurologie du professeur De Seze à Hautepierre. Une équipe qu’il côtoie depuis que « la nuit » lui est soudainement tombée dessus, en 2012, quand a été diagnostiquée sa sclérose en plaques.

« Avant, on m’appelait commandant et, là, je devenais le type handicapé qui fait la queue à Auchan »

Le choc : « Avant, on m’appelait commandant et, là, je devenais le type handicapé qui fait la queue à Auchan ». Changement de décor, pour celui qui a fait ses premières armes à Strasbourg, avec une scolarité « compliquée ». Du genre « élève brillant… quand il est là », observe l’un de ses enseignants. Loïc Blaise opte très vite pour les petits boulots. Dont barman. Et là il s’est dit : quitte à servir à boire, pourquoi ne pas prendre un peu de hauteur et devenir steward. Lors d’un vol, le capitaine l’invite dans le cockpit. Loïc Blaise en prend plein la vue : « L’horizon qui passe à la verticale… C’est ouaaaaah ! ». Il décide donc de passer son bac par correspondance, et d’embrayer avec le concours de pilote de ligne en 2003, pour embrasser une carrière de haute voltige. Pilote de ligne, pilote instructeur… Il se spécialise dans l’aviation d’affaire et se passionne pour les vieux coucous comme le Catalina, « une pièce de musée ». Un hydravion militaire datant de 1930. Parfait pour les meetings aériens. Bref, dix années de haute volée, jusqu’à cette annonce fatidique. Ce diagnostic sans appel, qui plonge ensuite la vie dans une éternelle incertitude. « Une nuit » où le temps est compté. Un brouillard dont il tente tant bien que mal de s’extraire. Son brevet de pilote lui est d’abord retiré. Il doit se contenter des ULM, puis réussit quand même à obtenir une autorisation de piloter sur des engins légers, et en étant accompagné. À force d’abnégation.

Défier les vents contraires

Un courage et une force qu’il est venu partager la semaine dernière, avec des élèves de 3e  du collège Bugatti. Belle leçon de vie tirée de cette expérience de pilote d’avion – « un monde où on ne peut pas tricher » –, et de cette condamnation médicale qui lui permet de cerner un peu mieux l’âme humaine. « Il n’y a pas besoin d’être Kim Kardashian ou de se balader en string sur MTV pour être quelqu’un de classe », lâche notre quadra, canne en main. Mia, son compagnon de tous les instants, est à ses côtés. Face à eux, un parterre d’élèves, bouche bée. « Ne lâchez rien », encourage Loïc Blaise. Quitte à prendre comme lui, « des chemins de traverse ».

Le remède habituel contre la sclérose en plaques, si tant est qu’il y en ait un, est une « vie bien rangée ». Tout le contraire de notre pilote, qui tente alors de défier « les vents contraires ». Il s’aventure d’abord dans les forêts perdues du Montenegro, s’essaye un peu à l’ayurveda (médecine indienne) pour soulager ses douleurs, mais s‘engage surtout en 2014 dans un premier projet à très haute valeur environnementale : définir un espace de migration pour les pélicans, un couloir aérien pour qu’ils ne croisent aucun moteur.

Une belle idée, mais qui aura surtout valeur de déclic, pour permettre ensuite, à Loïc Blaise de lancer l’aventure Polar Kid. Le budget n’est pas encore bouclé, mais ce vaste programme humaniste et écologique est déjà bien entamé. Notre voltigeur a effectué cette année quelques vols de reconnaissance. Et il s’apprête ce dimanche à s’envoler pour une autre mission préparatrice au Groënland.

Avant de partir, Loïc Blaise a recueilli quelques adresses-mail de collégiens molsheimiens pour les mettre en contact avec des adolescents du grand Nord. Beau projet humain là encore. Mais cette initiative se veut aussi un retour aux sources du métier. Notre Saint-Exupéry alsacien s’essaye à l’aéropostale pour s’extraire un peu plus de la nuit.

Plus d’infos sur le site www.polarkid.org

DNA/David Geiss (20/10/2017)

Le pilote d’avion a rencontré des élèves du collège Bugatti qu’il retrouvera à son retour du Groënland, le 23 novembre. Photo : DNA - David Geiss

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Fredo 22/10/2017 12:12

Bonne chance à Loïc et à Mia !

Richard 21/10/2017 07:39

Belle initiative de ce jeune homme à qui je souhaite très sincèrement "Bon vent" !
Merci aussi à travers votre témoignage Loïc de mettre la sclérose en plaques au centre de votre projet.
Cordialement. Richard

Jean-Louis 20/10/2017 07:37

Ceux qui me connaissent comprendront que je sois doublement sensible à ce défi…
Je n’ai pas l’honneur de connaître Loïc mais son combat pour l’environnement et contre cette pathologie me touche naturellement infiniment !
Je suis en outre admiratif devant tant de détermination à se surpasser ! Chapeau bas l’Ami…

LOIC BLAISE 20/10/2017 08:17

Merci Jean-Louis, votre soutien compte vraiment pour moi. Amitiés, L.