Nucléaire : En Italie, on démantèle piano, piano…

Publié le par Jean-Louis Schmitt

L’image est trompeuse. Planté au beau milieu d’un paysage de carte postale de Campanie, entre mer et collines escarpées, à deux heures au sud de Rome, le très stylé dôme arrondi recouvrant le réacteur BWR de la centrale du Garigliano paraît comme neuf. Pas la moindre écaille sur la peinture blanche baignée de soleil…

Le dôme arrondi de la centrale du Garigliano, à l’arrêt depuis 1978, paraît comme neuf. Le site abrite aussi un stockage provisoire mais néanmoins luxueux de ses déchets de faible activité. Photo : Philippe Marque

Voilà pourtant trente-neuf ans que l’installation est arrêtée. Elle n’a fonctionné que de 1964 à 1978, jusqu’à son arrêt immédiat à la suite d’un incident. Huit ans plus tard, sous le coup de l’émotion de Tchernobyl, le pays vote par référendum un arrêt complet de sa production nucléaire. Trois autres réacteurs doivent être démantelés. « A l’époque, l’Italie a opté pour la stratégie tendance du moment, le démantèlement différé. Pour bénéficier de la décroissance radioactive et aussi par impréparation, compte tenu de la brutalité de cet arrêt. Aujourd’hui, nous poussons les opérateurs à ne pas tarder », décrit Patrice François, expert à l’IRSN (Institut français de radioprotection et de sûreté nucléaire) face à la situation italienne.

Les mémoires des sites se sont perdues

A trop tarder, l’Ispra, son homologue transalpine, ne compte plus que 28 salariés. Et les mémoires des sites se sont perdues. A Garigliano, où la déconstruction a démarré en 1999, seulement deux des 70 salariés ont connu l’installation en activité. En ce mardi ensoleillé, le site semble désert. L’opération donne l’impression de s’écouler sur le principe italien du chi va piano va sano. Perché à trente mètres de hauteur, quatre ouvriers font tomber manuellement une cheminée qui était trois fois plus haute quand ils ont commencé le 21 août. L’intérieur a été décontaminé par un robot. Eux découpent le béton et poussent les gravats à l’intérieur. Tout ça pour ériger en lieu et place… une nouvelle cheminée. Déconstruire, puis reconstruire, pour mieux démanteler. Voilà le défi qui attend l’Italie qui espère en avoir totalement fini en 2035.

7,2 milliards d’euros

Partout où elle officie, la Sogin, entreprise d’Etat chargée du démantèlement, doit remettre en service tous les systèmes. Un challenge particulièrement coûteux : 7,2 milliards d’euros pour l’ensemble du parc. Il est financé par une taxe de 6 € par an et par consommateur. Garigliano, va devoir remettre en eau le réacteur afin de découper la cuve en piscine. Et transformer la salle des turbines en atelier de traitement et conditionnement des déchets. L’Italie n’a encore rien prévu pour ses déchets. Ses combustibles usés sont à La Hague et le pays n’a ni Soulaines, ni Morvillers, ces deux sites de l’Aube où sont entreposés les déchets de moyenne et faible activité français. Garigliano les conditionne en fûts en acier inoxydable qu’elle empile sur site dans une installation cinq étoiles entièrement automatisée. Un contrôle corrosion de chaque container y est effectué tous les deux ans. Pendant ce temps, le pays se cherche pour 2025 un site de stockage définitif pour ses 90 000 m³ de déchets. Mais le gouvernement a dépassé depuis longtemps le délai légal de publication de la liste des 70 à 80 sites présélectionnés. Et Sogin confie être à la recherche d’une solution commune en Europe pour les déchets ultimes. Chi va piano va sano …

A Garigliano : Philippe Marque/DNA (23/10/2017)

Publié dans Nucléaire

Commenter cet article