Manger bio, vraiment meilleur pour la santé?

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Les études se succèdent depuis des années, à mesure que l'agriculture bio se développe, et elles ne sont pas unanimes. Mais selon la dernière en date, menée par des chercheurs européens, manger bio serait meilleur pour la santé, d'après Le Monde.

Photo Julio Pelaez

51 millions d'hectares : c'est la superficie cultivée en bio dans 179 pays fin 2015, dont 11 millions en Europe - un chiffre en forte hausse depuis plusieurs années.

Dans cette méta-étude - c'est-à-dire la synthèse de toutes les études connues sur le sujet - les scientifiques montrent un large éventail de troubles, liés aux résidus de pesticides, dont des retards de développement cognitif chez l’enfant.

De nombreux bénéfices pointés

Ils ont publié leur méta-étude ce vendredi dans Environmental Health. Ils listent de nombreux bénéfices pour la santé d'une alimentation sans engrais de synthèse ni produits phytosanitaires chimiques. En creux, ils observent de nombreux troubles dus aux résidus de pesticides, notamment pour le développement cognitif de l’enfant.

280 études compilées

Face à des études qui ne distinguaient pas assez l'agriculture bio de l'agriculture dite "conventionnelle", le Parlement européen avait commandé ce rapport. La méta-étude se base sur 280 études internationales "affichant un niveau de preuve suffisant".

Moins d'allergies, moins d'eczéma?

Selon les chercheurs, les consommateurs s'alimentant exclusivement ou principalement en bio lors de la grossesse ou pendant l'enfance souffrent moins d'allergies et d'eczéma. Les femmes enceintes souffrent moins de prééclampsie (une brusque hausse de la pression artérielle pouvant entraîner la mort). D'autres maladies, comme le lymphome non-hodgkinien, sont aussi plus rares chez les consommateurs bio.

Des résultats toutefois à nuancer : « Ces résultats doivent être pris avec précaution dans la mesure où les consommateurs de bio tendent, de manière générale, à avoir une alimentation plus équilibrée, ainsi qu’une hygiène de vie plus saine. Nous tenons compte de ces facteurs mais ils ne sont jamais totalement éliminés ». Emmanuelle Kesse-Guyot, chercheuse, coauteure de l'étude

385 produits autorisés

C'est le nombre de produits phytosanitaires autorisés en agriculture conventionnelle dans l'Union européenne, contre 26 pour le bio, moins toxiques

Le cerveau mieux préservé?

Les chercheurs constatent un nombre plus important de maladies diverses, liées à ces produits, chez les travailleurs agricoles: diabète de type 2, certains cancers, la maladie de Parkinson ou encore des leucémies...

Un constat qui n'épargne pas les consommateurs: selon trois études américaines, l'exposition des enfants ou d'une femme enceinte à des insecticides organophosphorés (comme le chlorpyrifos, l’un des plus utilisés en Europe) altère le développement cognitif de l'enfant. Conséquences: retard de développement psychomoteur et mental, mémoire de travail plus faibles, QI réduit, trouble du déficit de l’attention, tendances à l’hyperactivité...

125 milliards d'euros

En Europe, l’exposition aux pesticides organophosphorés entraînerait chaque année la perte de 13 millions de points de QI, représentant 125 milliards d’euros, soit 1 % de la richesse produite. Un calcul sous-estimé: il ne tient pas compte d'autres produits...

Un meilleur apport nutritionnel ?

Selon l'étude, le bio affiche des apports nutritionnels "légèrement supérieurs" (oméga-3 dans le lait et la viande, polyphénols dans les fruits et légumes, moins de cadmium dans les céréales...). Mais le document nuance immédiatement ces résultats : «  Aucune conclusion ne peut pour l’instant être tirée quant à la santé humaine » selon les auteurs de l'étude. En revanche, l’agriculture biologique limite le développement de bactéries résistantes aux antibiotiques, "qui constituent une menace majeure de santé publique".

Mangez des pommes... bien lavées!

Photo Julio Pelaez

Non bio, vos pommes peuvent contenir des résidus de pesticides. Des chercheurs de l'université américaine du Massachusetts ont multiplié les expériences: il suffit d'immerger la pomme dans l’équivalent de deux verres d’eau avec une cuillère à café de bicarbonate pendant 15 minutes, et toute trace de pesticide disparaît de la surface du fruit!

Ils ont comparé l'efficacité de ce produit domestique courant avec celle de l'eau, seule (inutile) et celle... de l'eau de Javel (autorisée aux États-Unis pour laver les fruits). Le verdict est sans appel: seul le bicarbonate de soude est efficace contre 100% des résidus de pesticides, après 15 minutes.

Pour les plus pressés, il reste aussi la possibilité d’éplucher la pomme. Les chercheurs appellent enfin à accroître la recherche sur les effets du bio sur la santé : «  Il y a un accent disproportionné mis sur la production d’une agriculture chimique plus efficace, qui présente un intérêt industriel, et trop peu sur la recherche non chimique. L’UE n’exige même pas de tests de neurotoxicité avant l’approbation d’un pesticide, ce que nous devons changer. Nous devons réduire le fardeau des pesticides et nous assurer que les substances approuvées ne peuvent pas endommager les cerveaux de la prochaine génération ». Philippe Grandjean, l’un des auteurs de l’étude, épidémiologiste et professeur de médecine environnementale

En 2012, le bio était meilleur pour la planète, pas pour le consommateur

En 2012, une étude américaine portant sur l'alimentation [en anglais] concluait qu'il n'y avait aucun avantage nutritionnel ou sanitaire "significatif" à consommer bio. Alors que le consommateur les paie en moyenne, et au bas mot, 25 % plus cher, rappelaient les chercheurs. Cette méta-étude, menée par des chercheurs de l'université de Stanford, avait compilé 237 études scientifiques dans lesquelles aliments biologiques et conventionnels étaient comparés de façon rigoureuse.

Phosphore: avantage au bio

À la grande surprise des chercheurs, "le contenu en vitamines, en minéraux, en protéines ou en lipides" est à peu près le même dans les aliments bio et non bio. Seul le phosphore fait exception avec un avantage significatif pour les premiers, mais comme les carences sont rares, l'intérêt sanitaire est faible. Dans la catégorie particulière des fruits et légumes, les chercheurs avouent ne pas avoir été capables de déceler la moindre différence, même après avoir passé en revue des "tonnes d'analyses".

Des aliments bio moins pollués

Mais cette étude portait sur les apports nutritionnels: en s'intéressant à la pollution des aliments, l'étude montre que "manger des fruits et légumes bio réduit en moyenne de 30 % l'exposition aux pesticides, en particulier chez les enfants". Enfin, et c'est le but originel de l'agriculture bio, ils ont constaté que le bio était meilleur pour la terre comme pour les animaux d'élevage et les professionnels agricoles.

DNA (DNA (27/10/2017)

Publié dans Consommation

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aurélie 04/11/2017 07:18

Eh oui, le bio devrait être la norme... ce mode d 'agriculture est quand même bien plus respectueux du vivant, même si oui, c'est vrai des dérives existent, comme partout !
Néanmoins, que voulons nous ? Enfin nous poser les bonnes questions, ou bien continuer à balancer des produits appelés (élégamment et sournoisement) "phytoprotecteurs" qui empoisonnent la terre, ses fruits, et ceux qui s'en nourrissent ???
Alors OUI cultivez votre jardin si vous avez la chance d'en avoir un, et à défaut, approvisionnez vous bio, local, et de saison !

Jean-Louis 04/11/2017 07:31

Voilà une belle et sensée conclusion ! Merci Aurélie.

Danielle Dominguez 01/11/2017 18:15

Circuits locaux, par des des gens que l'on connait. Et, pas autre chose, d'ailleurs nos maladies viennent de trop manger !

Domi 01/11/2017 12:44

Peut-être voire sans doute meilleur pour la santé, certainement pour la biodiversité

jane 01/11/2017 11:11

très bon article ...on y apprend de nombreuses choses ..merci !le bio est à la mode , je me demande si ce que l'on nous propose avec appellation bio l'est vraiment ! j'essaie de sélectionner mes achats et mes magasins mais c'est difficile , il faut que le porte-monnaie suive aussi !!! mon fils est directeur de magasins la vie claire à Maurice , il fait venir des fruits et des légumes de pays qui n'ont pas les mêmes normes bio que nous , ces pays utilisent des pesticides interdits en France !! cherchez l'erreur !

Jpl 01/11/2017 10:16

À choisir entre chimique et pas chimique c’est pas difficile et effectivement plus sain que ces produits de traitement auxquels il faut ajouter l’effet de perturbateur endocrinien. On constate une forte recrudescence de pubertés précoces chez les fillettes exposées aux multiples pulvérisations en particulier sur les arbres fruitiers et les vignes donc dans les régions productrices de ces fruits. Entre 45 et 50 pulvérisations par an pour l’agriculture conventionnelle, entre 0 et 3 ou 4 pour le bio.
Je crois bien que beaucoup d’agriculteurs devraient en premier lieux se poser la question des effets néfastes ( lymphomes ) sur leur propre santé avant de privilégier la rentabilité et l’aspect du produit fini.

Dorothée 01/11/2017 06:48

Manger bio sera toujours plus sain que de manger n'importe quoi !

Pascal 01/11/2017 06:46

Manger bio est un acte politique, que dis-je : une manière de résister à ce monde fou que l'on cherche à nous imposer par tous les moyens (voir le CETA...) !
Alors : résistons que diable !

Jean-Louis 01/11/2017 06:51

A nous de privilégier autant que faire se peut mais le "local" mais surtout le "local bio" !

Jean-Louis 01/11/2017 06:44

Manger bio, meilleurs pour la santé ? Voilà une question que je ne me pose pas vraiment : manger bio est, à mon sens, meilleur pour l’environnement puisque cette démarche privilégie une agriculture qui, si elle n’est pas totalement indemne de produits phytosanitaire –ne serait-ce qu’en raison des retombées des traitements utilisés dans le " conventionnel "- tend néanmoins à traiter différemment et surtout de manière moins agressive cette terre nourricière si malmenée par ailleurs !
Même pour un végétarien comme moi, l’approche nettement plus respectueuse de l’élevage constitue également une bonne raison de soutenir activement l’agriculture biologique !
Bien sûr, les détracteurs ne manqueront pas de dégoter les " brebis galeuses ", les " tricheurs " qui font du bio de manière intensive -car, ne nous voilons pas la face : il y en a !- mais, c’est à nous, consommateurs, d’y mettre bon ordre et, par nos choix, de faire avancer le " Schmilblick " !
Dame Nature le mérite bien...

Stef 01/11/2017 06:15

J'ai vu une émission à la télé, il y a quelques temps qui montrait que les producteurs de produits bio, dû à la petite taille de leurs exploitations, étaient moins à même de contrôler les pesticides qui, par propagation, viennent se déposer sur leur production...

Jean-Louis 01/11/2017 06:49

C'est une évidence mais est-ce une raison pour accepter les dérives du "conventionnel" ?