Greenpeace vise Cattenom

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Huit militants de Greenpeace ont réussi à pénétrer dans l’enceinte de la centrale nucléaire de Cattenom hier matin. Ils ont tiré un feu d’artifice pour démontrer la vulnérabilité du site. EDF et l’État minimisent l’événement.

 Les militants de Greenpeace ont réussi à tirer un feu d’artifice à quelques mètres des installations nucléaires. Photo : Greenpeace

Que s’est-il passé ?

Il est précisément 5h37, hier matin, lorsque le système de surveillance contre les intrusions de la centrale nucléaire de Cattenom (Moselle) se déclenche. Huit militants de Greenpeace viennent de pénétrer dans l’enceinte de la centrale au niveau de la tranche numéro 2, dans la partie la plus au sud de ce site de 415 hectares.

Sitôt l’alerte donnée, les hommes du peloton de surveillance et d’intervention de la gendarmerie (Psig) affectés à la sécurité de cette installation nucléaire se rendent sur les lieux de l’intrusion pour interpeller les militants. Ils mettront huit minutes à leur passer les menottes aux poignets. Entre-temps, les activistes ont réussi à s’approcher du réacteur, et surtout du bâtiment abritant la piscine d’entreposage du combustible nucléaire usé. Avant d’être appréhendés, ils ont eu le temps de dérouler une banderole et de tirer un feu d’artifice.

Comment ont-ils procédé ?

Les militants de Greenpeace ont franchi deux clôtures. La première délimite la propriété d’EDF et ne fait pas l’objet d’une surveillance particulière. La seconde, en revanche, est normalement destinée à prévenir les intrusions. Pour franchir ces grilles équipées de barbelés, les militants de Greenpeace auraient utilisé une simple échelle à double pan.

Quel est le message de Greenpeace ?

Cette intrusion est d’abord une opération de communication rondement menée par Greenpeace. Mardi, l’association a lancé une campagne pour dénoncer la vulnérabilité des piscines d’entreposage des combustibles usagés. Hier, elle a donc voulu procéder à une démonstration concrète.

Au-delà des huit militants interpellés, il semble que Greenpeace ait mobilisé des moyens humains et techniques plus importants afin de réussir cette opération coup de poing. L’intrusion a été filmée à l’aide d’un drone, et la vidéo a été mise en ligne immédiatement après les faits. Juste à temps pour les matinales de radio…

Y a-t-il des raisons de s’inquiéter ?

Selon Arnaud Courcoux, le directeur délégué de la centrale, « cette intrusion n’a eu aucun impact sur la sûreté du site, parce que les militants n’ont pas accédé à la partie nucléaire de nos installations ». Le directeur de cabinet du préfet de la Moselle, Georges Bos, y voit même la démonstration que la sécurité du site est assurée : « Nos procédures ont parfaitement fonctionné, puisque les intrus ont été appréhendés très rapidement et n’ont pas été en mesure d’accéder à la zone nucléaire. » Précisons que les militants de Greenpeace n’ont pas essayé de franchir la troisième barrière qui les séparait du bâtiment. Ils ont estimé qu’ils étaient assez près des installations pour démontrer la vulnérabilité du système de protection.

La direction de la centrale affirme qu’ils ont été contenus à « environ 100 mètres des bâtiments ». Pourtant, une analyse fine des images, croisée aux plans du site dont nous disposons, nous permet d’affirmer que les artifices ont été tirés à une vingtaine de mètres seulement du bâtiment abritant la piscine, et à une quarantaine de mètres du réacteur.

DNA/DNA/Anthony VILLENEUVE (13/10/2017)

 

Questions à...

Yannick Rousselet Chargé de campagne nucléaire pour Greenpeace France

EDF ne répond pas sur le fond du problème

Quel était l’objectif de cette action feu d’artifice ?

« L’objectif était de dénoncer la fragilité et l’accessibilité des piscines de combustible usagé. Nous avons remis il y a deux jours un rapport aux autorités, qui pointe la vulnérabilité des piscines d’entreposage. Ces bâtiments qui peuvent contenir un volume important de matière radioactive sont construits en dehors des zones de confinement et n’ont jamais été conçus pour résister à un acte de malveillance. Le gros problème, aujourd’hui, c’est les piscines ! Mais on a l’habitude que les rapports finissent au fond d’un tiroir… »

Pourquoi Cattenom ?

« C’est le site préféré des militants luxembourgeois… Cattenom n’est pas différent des autres sites, les piscines de combustibles usés sont conçues de la même manière pour les 58 centrales de France et de Belgique. Cattenom a un intérêt symbolique, par sa situation géographique, pour sensibiliser les pays limitrophes. Un accident nucléaire à Cattenom, et c’est tout le Luxembourg qui sera rayé de la carte… »

Selon EDF, les militants ont été contenus à 100 mètres des bâtiments. Il n’y aurait aucun impact sur la sûreté des installations…

« Il suffit de regarder, on a franchi une barrière, une deuxième barrière […] On est au contact de la piscine. On ne peut pas être plus près ! On n’est pas assez fou pour aller dans le réacteur ou mettre la population en danger. EDF se défile pour ne pas répondre sur le fond du problème. La vraie question est : est-ce que les piscines de combustibles usagés résistent à des actes de malveillance ? »

Quelle serait, pour vous, la bonne réponse des autorités ?

« On n’espère pas une réponse dans les deux heures, mais il faut qu’EDF sorte du déni. L’urgence est de bunkériser les piscines et d’y limiter la quantité de combustible radioactif. »

DNA/Propos recueillis par Lucie BOUVAREL (13/10/2017)

Publié dans Nucléaire

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