Des centrales nucléaires trop vulnérables ?

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Les piscines d’entreposage des combustibles usés sont le talon d’Achille des centrales nucléaires françaises. Elles ne résisteraient pas à une attaque terroriste, notamment au choc provoqué par un avion. C’est ce que montre un rapport de Greenpeace rédigé par sept experts indépendants. L’état des lieux dressé par ces spécialistes internationaux est inquiétant.

Les bâtiments des piscines de refroidissement du combustible sont moins protégés que les bâtiments réacteurs. Photo DR

Le document dont l’ONG n’a publié qu’une synthèse expurgée des informations les plus sensibles met en évidence l’extrême vulnérabilité des bâtiments où est stocké le combustible usé après son utilisation dans le cœur du réacteur. Une matière radioactive refroidie durant deux à trois ans dans les piscines.

Ces dernières se trouvent dans des bâtiments dont la protection se limite à des poutres et un bardage métallique avec des parois d’une trentaine de centimètres d’épaisseur, alors que les réacteurs sont à l’abri derrière un mur de béton de près d’un mètre.

Une enceinte en béton renforcé à Flamanville

Après les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis, le niveau de sécurité des nouvelles centrales a été revu à la hausse. La piscine du futur EPR de Flamanville (Manche) bénéficie d’une enceinte en béton renforcé sous forme d’une « coque d’avion » conçue pour résister à une attaque terroriste.

Le rapport de Greenpeace estime que l’impact d’un acte de malveillance sur la piscine de l’un des 58 réacteurs nucléaires français ou l’une des quatre piscines de l’usine de retraitement de La Hague (Manche) « dépasserait largement celui des accidents les plus graves envisagés sur un cœur de réacteur, affectant potentiellement plusieurs millions de personnes dans un rayon de 75 à 150 kilomètres ».

Un chantier colossal

« Il faut briser l’omerta sur les risques qui planent sur les centrales nucléaires. EDF doit impérativement effectuer les travaux nécessaires pour sécuriser les piscines d’entreposage du combustible usé », lance Yannick Rousselet, responsable du nucléaire à Greenpeace. Les experts, auteurs du rapport, ont chiffré le coût de ces travaux colossaux pour l’ensemble du parc nucléaire. Ils les ont estimés à une somme globale comprise entre 140 et 222 milliards d’euros, soit trois à cinq fois le prix du grand carénage, le chantier lancé par EDF pour prolonger la durée de vie des centrales nucléaires.

DNA/DNA/Luc Chaillot (11/10/2017)

 

Chantier sur un parking à Flamanville : 699 tenues contaminées retrouvées

Le chantier de Flamanville dans la Manche. Photo AFP

EDF a annoncé ce mardi avoir revu nettement à la hausse, à 699 au lieu d’une centaine, le nombre de tenues de travail contaminées au cobalt 60 retrouvées fortuitement sur un chantier de la centrale nucléaire de Flamanville (Manche).

L’industriel avait annoncé en mai avoir retrouvé des déchets non radioactifs sur le chantier d’un parking de la centrale, puis en août qu’une centaine de tenues contaminées se trouvaient finalement parmi ces déchets.

"On pense qu'on a fait le tour"

«C’est un chantier en mouvement. On a commencé à faire ces travaux d’excavation: on avait des déchets traditionnels, du bois, de la ferraille. Puis on a trouvé des tenues et on a continué à creuser, on en a trouvé d’autres, 699 exactement» au total, a expliqué Stéphane Brasseur, directeur de la centrale.

«On pense qu’on a fait le tour» mais il n’est «pas exclu» qu’EDF trouve d’autres tenues contaminées, a précisé M. Brasseur.

Les travaux d’excavation sont pour le moment suspendus. «Comme nous avons trouvé des traces de cobalt 60 sur ces tenues», EDF doit «monter un dossier» auprès de l’Autorité de sûreté nucléaire pour être autorisé à poursuivre les travaux, selon le directeur.

EDF entend déposer le dossier au plus tard à la fin de l’année, selon M. Brasseur.

Des tenues qui ont au moins 25 ans

EDF avait annoncé en juillet que ces déchets conventionnels qui ont été retrouvés dataient de la construction de la centrale dans les années 1980. Mais la présence de cobalt sur les tenues ne peut venir que du fonctionnement d’une installation nucléaire en activité, a ajouté EDF ce mardi. Selon l’industriel, les tenues ont au moins 25 ans.

Le cobalt 60 perdant la moitié de sa radioactivité tous les cinq ans, les tenues ont été nettement plus radioactives qu’elles ne le sont aujourd’hui, a souligné Jean-Claude Autret de l’Association pour le contrôle de la radioactivité de l’ouest.

AFP (10/10/2017)

Publié dans Nucléaire

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