Biodiversité : sur le fil

Publié le par Jean-Louis Schmitt

État des lieux de la faune (oiseaux principalement) dans les secteurs d’Obernai et Molsheim en compagnie du naturaliste originaire de Meistratzheim Éric Brunissen.

Éric Brunissen — ici devant une gentiane des marais — rappelle la nécessité d’intégrer la restauration et la protection des milieux fragiles dans la logique économique. Photo : DNA

Les espèces menacées

Le courlis – espèce non protégée – est particulièrement en danger. Éric Brunissen la qualifie de mort-vivante, avec un couple dans le bruch de l’Andlau (contre deux l’an dernier) et un dans le secteur de Molsheim (ried de la Bruche). Le naturaliste membre de l’association Nature Ried pointe un taux de reproduction insuffisant pour assurer le renouvellement. Plusieurs causes à cela : la fauche précoce des prairies, le dérangement jour et nuit (sangliers), les paysages qui se referment.

« Avec l’alouette, le courlis est une des dernières espèces du cortège des oiseaux des prairies. Il y a un réel appauvrissement en avifaune. » Une tendance irréversible ? « En restaurant un habitat favorable – grosses haies et prairies très ouvertes, fauche tardive –, on pourrait encore renverser le processus. »

Autres espèces en sursis : le vanneau huppé, la chouette effraie (victime des clochers fermés, empoisonnements par accident, mortalité routière).

Globalement, le territoire compte moins de papillons et d’insectes. La preuve avec les abeilles sauvages, menacées par la disparition des friches et herbes folles ou le cuivré des marais, devenu très rare mais encore visible dans le Bruch.

Éric Brunissen alerte aussi sur l’appauvrissement de la nature ordinaire, à l’image des hirondelles de fenêtres et du hérisson. La forte mortalité infantile (chocs route, prédateurs naturels, empoisonnement, disparition des haies et friches) pose la question du renouvellement de la population.

Les espèces qui se portent bien

La cigogne se porte bien. Très bien même. L’enjeu désormais est une meilleure répartition spatiale, pour éviter des concentrations de population. Beaucoup plus farouche et solitaire, la cigogne noire fait son retour. Mi-août, un spécimen a été observé dans un près de Meistratzheim.

Autres signaux encourageants : la bonne santé des grands rapaces et buses. Après avoir quasiment disparu à cause des persécutions et d’habitats supprimés, balbuzard pêcheur, faucon pèlerin et hiboux grand-duc (il niche dans le bruch et les anciennes carrières comme la falaise de grès de Mutzig) vont mieux. Idem pour le crapaud vert et le héron (espèce auxiliaire des agriculteurs, car il chasse le campagnol) dont la population est stable.

Autre belle surprise : la bergeronnette printanière. Friande de prairie, elle avait disparu du ried. Elle est de retour depuis une dizaine d’années au prix d’une adaptation : elle niche désormais dans les parcelles de pommes de terre et choux, du côté de Meistratzheim, Griesheim et Krautergersheim.

Les perspectives

« Le retour de quelques espèces ne doit pas être l’arbre qui cache la forêt. Même si la nature a une forte capacité de résilience – jusqu’à quand ? –, la biodiversité ordinaire est menacée et la situation se dégrade à l’échelle mondiale. »

Mais il ne faut pas baisser les bras. Pour Éric Brunissen, la situation laisse devant un choix de société : le rapport de l’homme à la nature (accepter le sauvage), l’intégration de la biodiversité dans un modèle économique pour mieux utiliser nos ressources naturelles. Par exemple, utiliser les matériels bio-sourcés pour limiter l’intensification de l’exploitation de la forêt et son rajeunissement, qui a des conséquences sur certaines espèces d’oiseaux comme les pics. « La restauration du milieu naturel est nécessaire pour pouvoir répondre à nos besoins. On n’a plus le choix. »

DNA/DNA/Amandine Hyver (29/10/2017)

 

Bientôt de la mozzarella du ried ?

Laboratoire de la réflexion sur un modèle économique qui intègre la protection des ressources naturelles : les prairies humides du bruch de l’Andlau. Un milieu fragile mais à vocation économique intéressante.

La première option présentée par Éric Brunissen concerne la paludiculture : la restauration d’une zone humide dans un but de production. Il s’agirait de développer une filière énergie à partir d’herbe de fauche tardive (pour granulés). En Allemagne, « ça fonctionne ».

L’autre proposition peut faire sourire. Le naturaliste mise sur la renaissance de la filière élevage, avec des troupeaux… de buffles d’eau ! « Ces animaux rustiques aiment l’eau, peuvent manger du foin grossier. » Éric Brunissen imagine la création d’une filière lait avec un cahier des charges ambitieux. La fabrication d’une mozzarella made in bruch de l’Andlau s’accompagnerait de la préservation de l’eau et des prairies, d’un buzz touristique, d’une valorisation du produit. « Au lieu d’adapter la nature à notre modèle agricole, à nous d’innover et de trouver le modèle le mieux adapté aux contraintes du milieu. »

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Stef 30/10/2017 06:58

Les déjections des buffles ne pollueraient-ils pas les zones humides, altérant l'habitat ?

Jean-Louis 30/10/2017 10:39

Bonne question Stef !
Par ici (Vosges du Nord), beaucoup de zones humides inhospitalières au bétail habituel sont "entretenues" par des petits troupeaux de vaches Highlands et ça à l'air de fonctionner plutôt bien sans pour autant générer de pollution notable...
Bien entendu, les braves débrousailleuses sont remerciées pour leur concours efficace à l’entretien des paysages à la manière dont l’homme s’est fait le champion : il les bouffe ! Certains restos en ont même fait des spécialités locales…
Pour les buffles d’eau : ce n’est pas fait !