Au fil de la route de la Soie

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Huit ans qu’ils n’étaient plus revenus à Obernai. Dans leur tour du monde sans interruption depuis bientôt onze ans, Eric Schambion, un enfant de la ville, et sa femme Amaya, ont posé ces jours-ci bagages et vélos en Alsace, après une traversée des États-Unis et de l’Asie centrale. Le temps d’une (brève) escale.

La traversée du Pamir a offert des paysages somptueux lors de cette traversée de l’Asie centrale.

Les chiffres peinent à restituer la démesure de cette aventure : 112 pays traversés à ce jour, 18 000 kilomètres parcourus rien que depuis juin 2016. On avait quitté Éric Schambion et sa femme Amaya sur leurs vélos, aux États-Unis (DNA des 11, 18 et 26 février). Un pays que le couple a sillonné de long et en large.

« On a dormi chez un millionnaire et juste après, avec quelqu’un qui avait été SDF »

Parti de la frontière canadienne, il a suivi les Montagnes Rocheuses jusqu’au Sud. En chemin, sur une piste la plupart du temps non bitumée, l’attendaient 34 cols — le plus élevé à 3 700 m dans le Colorado. « Parfois, on faisait quatre jours sans voir un village », raconte Amaya. Le tout au cœur du territoire grizzli. D’où certaines précautions indispensables : chaque soir, en plantant la tente, suspendre les victuailles dans un arbre, notamment…

Mais pas d’ours croisé par les deux baroudeurs. Par contre, pléthore de belles rencontres sur leur itinéraire, qui longeait ensuite le Mexique jusqu’à la Louisiane. Au Texas, ils se souviennent encore de ces retraités contraints de s’être installés dans une bourgade « à 160 km du premier supermarché », après avoir dû abandonner leurs rêves de Floride avec la crise des subprimes.

De l’aridité du Sud-américain… Jusqu’aux gratte-ciel new-yorkais.De l’aridité du Sud-américain… Jusqu’aux gratte-ciel new-yorkais.

De l’aridité du Sud-américain… Jusqu’aux gratte-ciel new-yorkais.

Vers la Nouvelle-Orléans, aussi, il y a eu ces échanges avec des familles dévastées par l’ouragan Katrina en 2005 : « Dans l’une, tout le monde avait perdu sa maison », évoque Éric, frappé par « la résilience et la capacité à redémarrer » de toutes les personnes sur leur route. Des rencontres relevant « à 50 % du hasard et à 50 % du réseau Warm Showers (*)», précise-t-il. D’où cette diversité de profils : « Une fois, on a dormi chez un type qui était millionnaire et juste après, avec quelqu’un qui a été SDF ». Le couple a aussi été accueilli dans une réserve apache.

Sur l’autre rive de la rivière située en contrebas de la route, les deux aventuriers à vélo ont pu apercevoir l’Afghanistan. Documents remis

Le 2e  vol en plus de dix ans

Après avoir remonté la côte Est, ce fut New York… L’arrivée dans Big Apple s’est soldée par un pépin pour Amaya, victime d’un accident à vélo. Finalement, après avoir quitté les USA par avion pour le Kazakhstan, c’est à l’aéroport d’Almaty que cette dernière a fait désinfecter et soigner sa blessure.

Car l’objectif suivant, c’était de traverser l’Asie centrale. « Un rêve qu’on avait depuis très longtemps », sourit-elle. L’enneigement dans les montagnes, cumulé à quelques contraintes administratives et géopolitiques, a juste nécessité des petites adaptations (et détours) dans ce projet.

L’itinéraire de 10 000 km, effectué en quasi non-stop jusqu’en Alsace, les a donc menés, après le Kazakhstan, par le Kirghizstan, le Tadjikistan et l’Ouzbékistan. Des pays où « les gens vivent très proches de la nature, avec les animaux. Même les enfants sont sur les chevaux ». Entre steppes et sommets, les paysages étaient à couper le souffle, à l’image de ceux dans la chaîne du Pamir. Quant à l’hospitalité des populations, elle était fidèle à sa réputation.

L’été arrivant, le tandem a dû composer avec les grosses chaleurs (jusqu’à 47 °C en journée) : il pédalait donc tôt le matin, entre 4 h et 10 h, et le soir après 18 h. Sur sa route, il a pu admirer quelques-uns des joyaux de cette Route de la Soie, comme la ville de Boukhara. Puis, après avoir franchi en bateau la mer Caspienne pour rejoindre l’Azerbaïdjan, leur seule mauvaise surprise est survenue en Arménie, avec le vol d’un sac de nourriture pendant leur sommeil : mais ce n’était que la deuxième mésaventure du genre en plus de dix ans de voyage.

Une fois remontée toute la Turquie, Amaya et Eric ont été « très heureux, après toutes ces années, de retrouver l’Europe. On en a apprécié la beauté encore plus », commentent-ils. Un continent qu’ils envisagent d’ailleurs d’explorer plus en profondeur, puisque c’est là qu’ils prévoient de réaliser leur prochain périple, en 2018 (Lire ci-dessous).

(*) Réseau communautaire d’entraide à des cyclotouristes.

DNA/DNA/O. Terrenère 28/10/2017

 

Des rencontres fortes ont de nouveau jalonné les 10 000 km effectués depuis avril.

L’an prochain, direction le cercle polaire

L’an prochain, ils iront planter leur tente du côté du cercle polaire.

S’accordant deux semaines de repos bien méritées dans la famille d’Eric à Obernai, celui-ci et sa femme prévoient de repartir d’ici peu en direction du sud-ouest de la France. Choix quelque peu intéressé, puisque le couple songe à trouver vers les Pyrénées une base arrière à ses prochaines expéditions.

Ces recherches de pied-à-terre occuperont le duo pendant l’hiver. Puis, au printemps prochain, il remontera en selle pour rallier… le cap Nord, pointe septentrionale de l’Europe en Norvège : un nouveau défi qui lui donnera l’occasion de parcourir la Scandinavie. Leur boucle se poursuivra via les pays baltes, la Pologne et l’Allemagne, avant un nouveau retour en France…

Publié dans Coup de coeur, Insolite

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Stef 29/10/2017 20:24

"Le couple a aussi été accueilli dans une réserve apache" sans réserve, on imagine !