3 loups abattus illégalement

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Après la louve illégalement abattue dans la Drôme (communiqué ASPAS du 12/07/17), le Tribunal administratif de Grenoble vient, une nouvelle fois, de donner raison à l’ASPAS, FERUS et One Voice, en déclarant illégal l’arrêté du préfet de la Savoie du 10 septembre 2015. Cet arrêté autorisait l’abattage de 6 loups par « tir de prélèvement renforcé » valable 6 mois sur les massifs de Belledonne, Maurienne et Thabor.

 Photo : JLS

Le juge des référés de Grenoble, saisi en urgence en 2015, avait refusé à l’époque de suspendre ce permis de tuer. 3 des 6 loups « tuables » avaient ainsi rapidement été abattus par des chasseurs au cours de battues au grand gibier : un mâle adulte le 17 octobre 2015 à Saint-Colomban-des-Villards, un jeune mâle le lendemain à Saint-André en Maurienne et un louveteau le 5 décembre à Valmeinier.

Le Tribunal administratif suit aujourd’hui l’argumentation des associations : ce tir de prélèvement n’était pas justifié, ces loups ont donc été abattus illégalement. L’ASPAS, FERUS et One Voice demanderont réparation du préjudice écologique subi.

Le juge administratif rappelle ainsi que des battues aux loups ne peuvent pas être autorisées si tout n’a pas été mis en œuvre pour protéger les troupeaux exposés à un risque de prédation. Il existe en effet des moyens de protection des troupeaux ainsi qu’une gradation des tirs que les préfets peuvent autoriser. Ces tirs ne visent à tuer des loups, espèce protégée, qu’en dernier recours, et uniquement si des dégâts persistent malgré la mise en œuvre de tous les moyens de protection et de tirs de défense préalables.

Plus qu’illégale, la mort de ces loups a aussi été inutile ! Ainsi, les attaques ont été plus nombreuses après l’exécution de ces loups : 181 attaques faisant 848 victimes du 1er janvier au 15 octobre 2015, contre 229 attaques faisant 1 300 victimes l’année suivante sur la même période (source : DREAL Auvergne-Rhône-Alpes - Données sur les dommages : comparatif 2016, 2015 et 2014 du 1er janvier au 15 octobre).

Tuer des loups ne permet pas de faire baisser les dégâts, c’est un constat relevé également par l’expertise commandée au Muséum National d’Histoire Naturelle et à l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage, la solution n’est donc pas l’abattage !

Pour permettre une cohabitation entre la biodiversité faunistique et le pastoralisme, un changement profond des pratiques d’élevage et du système de subventionnement français -qui n’incite actuellement pas suffisamment aux bonnes pratiques de certains éleveurs- est nécessaire.

L’ASPAS, FERUS et One Voice renouvellent leur demande de mettre fin aux tirs de loups, et de supprimer les indemnisations versées aux éleveurs qui ne protègent pas leurs bêtes.

C.P. (16/10/2017)

 

Publié dans Biodiversité

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Gomez Victoria - Lynn 20/10/2017 17:44

hélas le fusil est trop facilement sorti pour tuer les animaux; les loups sont revenus d'eux mêmes en France ..... hélas l'humain a toujours l'idée que la terre lui appartient

ddelsass 20/10/2017 10:51

Bonjour , je me rappelle que mon oncle qui était berger rentrait ses moutons , on a toujours connu les loups, dans le temps! Il dormait également avec son chien ( Floc) et ses moutons, lorsqu' il était trop loin de la bergerie. Dans un enclos éphémère. Il n' avait pas d' arme non plus! Mais je ne sais plus tout car j' étais petite! Bye

Stef 20/10/2017 11:50

Sympa comme témoignage !

Stef 20/10/2017 07:29

Je m'interroge sur la pertinence de cette réintroduction. Les effets bénéfiques sur la nature doivent-ils supportés par quelques-uns (les bergers). Il y a là, selon moi, cette insupportable tendance de l'état à se débarrasser de ses obligations sur les particuliers, contribuant ainsi au délitement social, et à la décrédibilisation des institutions. Et que dira-t-on quand ce sera un nourrisson qu'on retrouvera égorgé?

Jpl 20/10/2017 20:51

Il faut faire pour les nourrissons la même chose que pour les moutons, les protéger ou inversement. Plus sérieusement les loups, renards, moutons, rapaces, humains, etc, font tous partie du paysage, la cohabitation n'est pas seulement souhaitable, elle est salutaire pour l'écosystème.

Stef 20/10/2017 08:16

Cher Jean-Louis, il y a réintroduction dès lors qu'on les laisse se réimplanter. Quand aux attaques, c'est toujours moins grave quand c'est les autres, mais qu'en serait-il si c'était votre (petit) enfant ? Je crois que les craintes des anciens ne devaient pas être infondées... Et puis il faut se mettre dans la peau d'un berger dont on tue la profession, c'est toujours si facile de décider à la place des autres sans savoir ce qu'ils vivent, les efforts réduits à néant, l'angoisse du présent, de l'avenir... Enfin contrairement à ce que vous dites, je n'ai pas d'à priori, je m'interroge, voilà tout. Mais il y a trente ans il n'y avait pas de loup et ça ne manquait pas, il me semble...

Jean-Louis 20/10/2017 07:45

Stef, je le répète : il n'y a pas de réintroduction concernant le loup ! Contrairement au lynx ou à l'ours, il s'agit d'un retour naturel de l'espèce qui ne fait que profiter d'un environnement où il aurait logiquement toute sa place... Votre crainte infondée au sujet d'une éventuelle attaque sur l'homme me fait penser à celles des requins : extrêmement rares mais toujours très médiatisées !
Je vous recommande vivement d'aller voir le film de Jean-Michel Bertrand (La vallée des loups) : peut-être porterez-vous ensuite un autre regard sur "le monstre" ?

Jean-Louis 20/10/2017 06:57

Tout ou presque a été dit et écrit sur le sujet et pourtant... Pourtant, certains continuent de prétendre que le loup a été réintroduit dans notre pays alors que l'on sait pertinemment qu’il s’agit d’une reconquête naturelle du territoire par le canidé !
Que l’on continue à s’acharner sur ‘’la bête’’ pour satisfaire quelques lobbys est révoltant et profondément injuste : l’animal ne fait qu’essayer de survivre en répondant à son instinct… A chaque attaque sur des troupeaux, il s’avère que ceux-ci ne sont ni protégés convenablement ni gardés alors même que des subventions sont largement distribuées dans ce sens !
La haine du loup (et de l’ours, et du lynx…) est profonde autant qu’elle est incompréhensible : j’ai, par ailleurs, l’impression qu’elle est savamment entretenue par des esprits plus qu’étroits… et nos gouvernants marchent ! Que dis-je : ils courent…

domi 20/10/2017 06:29

c'est tout l'équilibre naturel qui représente l'enjeu et les prédateurs en font partie, bien sûr

FNE 20/10/2017 06:18

France Nature Environnement, Humanité & Biodiversité et la LPO (Ligue pour la Protection des Oiseaux) viennent d’obtenir l’annulation par le tribunal administratif de Grenoble de l’arrêté du Préfet de Savoie du 10 septembre 2015 autorisant le tir de 6 loups. Cette victoire après coup n’a malheureusement pas empêché la mort injustifiée de 3 loups. Elle vient néanmoins rappeler à l’État les conditions très strictes dans lesquelles il peut ponctuellement autoriser la destruction de cette espèce protégée en France comme au niveau international.
Le tir ne peut être que le dernier recours utilisable
Ce jugement rappelle utilement la nécessaire progressivité dans les moyens mis en œuvre avant d’autoriser le tir d’un loup. Le tribunal a conclu que les différentes étapes préalables à une autorisation d’abattage, de la protection des troupeaux jusqu’au aux tirs de défense, n’ont ici, comme trop souvent, pas été respectées. La préfecture de Savoie n’a pas été en mesure de produire les registres prouvant que ces tirs de défense ont été effectivement mis en œuvre. La tenue de ces registres est pourtant obligatoire et importante car le loup est une espèce protégée : l’Etat ne doit plus autoriser la destruction de loups sans aucun rapport avec la prédation sur les élevages et sans que les mesures de dissuasion puis de défense n’aient été déployées.
Maître Mathieu Victoria, en charge du dossier pour les associations, confirme que : « Le tribunal a rappelé que les tirs de destruction, notamment ceux réalisés à l’occasion d’actions de chasse, sont à considérer comme une action de dernier recours, lorsque toutes les autres mesures progressives ont échoué (moyens de protection, effarouchement, tir de défense…) ».
Le constat d’une dérive progressive
Malheureusement, il ne s’agit pas d’une situation isolée. En plusieurs années, l’Etat a multiplié par cinq le plafond d’autorisation de destruction de loups, régulièrement ré-augmenté en plus en cours d’année, ce qui a généré ce type de décision de la part des préfets. Allain Bougrain Dubourg, Président de la LPO, rappelle qu’ « un trop grand nombre de préfets autorise des tirs du loup sous la pression locale, sans s’assurer que les mesures de protection sont correctement mises en place et que les tirs de défense ont été effectivement réalisés ».
« Dans le cas particulier, rappelons-nous que l’autorisation contestée avait été délivrée après que le directeur et un chef de secteur du parc national de la Vanoise aient été séquestrés pendant une quinzaine d’heures par des éleveurs ovins qui voulaient obtenir le tir de 5 loups en échange de leur libération. L’Etat a cédé à la pression au détriment du respect du droit », souligne Jean-David Abel, vice-président de France Nature Environnement.
Un rappel à l’ordre qui doit être entendu par l’État pour ne pas risquer la récidive
Les associations attirent l’attention de l’État sur la portée de cette annulation. Dans la perspective du prochain « Plan Loup », l’État doit s’assurer d’une part qu’à l’avenir les préfets vérifient sérieusement l’état de protection des troupeaux concernés par des dommages avant toute autorisation de tir, et d’autre part qu’ils respectent la progressivité dans leurs décisions concernant la gestion de cette espèce protégée.