2016 : année noire pour la forêt

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Alors que la planète semble de plus en plus en danger, la surface forestière, ses poumons, a diminué comme jamais en 2016 à cause des incendies et des activités humaines. Avec de préoccupantes conséquences à la clé.

Une partie de la forêt guatémaltèque, en mai dernier, abîmée par la déforestation et la sécheresse. Photo : AFP

C’est l’équivalent de la surface de l’Italie, soit 30 millions d’hectares, qui a disparu en une année. L’ONG Global Forest Watch a révélé en début de semaine les chiffres de la perte de la surface forestière sur Terre en 2016. Et ils sont assez alarmants, car le record a été battu. Mais c’est surtout l’augmentation de 51 % de cette surface par rapport à 2015 (20 millions d’hectares de forêt en moins) qui interpelle.

Des feux violents à cause d’El Niño

Brésil, Portugal, Canada, République démocratique du Congo, Indonésie… La liste des pays touchés par les violents incendies l’année dernière est longue. Et le courant cyclique chaud du Pacifique, El Niño, n’a pas arrangé les choses. Le phénomène, actif entre 2015 et 2016, a été le deuxième plus fort enregistré depuis 1950, et il a grandement contribué à l’assèchement des terres et aux fortes températures, facteurs de propagation des feux.

Le Canada a subi la plus grande perte de surface forestière l’an passé, avec l’incendie de Fort McMurray début mai, où pas moins de 600 000 hectares sont partis en fumée.

Mais la déforestation a aussi augmenté

Les incendies ont eu une part très importante dans la disparition record des surfaces forestières, mais ne sont pas la seule raison du triste record atteint. Les activités humaines comme l’agriculture, l’industrie (huile de palme en tête), des activités minières, le commerce légal ou illégal de bois ont également contribué à la déforestation.

Dans l’Amazonie, la plus grande forêt sur Terre, la situation reste critique. L’Institut national de recherche spatiale du Brésil met en évidence une augmentation des surfaces forestières perdues en 2015 (620 700 hectares), puis 2016 (près de 800 000 hectares). Inquiétant quand on sait que la tendance était déjà à la baisse depuis dix ans.

L’Indonésie, l’Afrique centrale déboisent aussi en masse, et même en Papouasie, plus de 100 000 hectares de forêt tropicale ont été abattus en 2014-2015 au profit de l’expansion des cultures, selon Global Forest Watch.

Des conséquences dramatiques

Plus la surface forestière est en danger et plus la Terre risque d’en payer le prix. La première conséquence majeure de la diminution des forêts est l’aggravation du réchauffement climatique. La perte de végétaux signifie moins d’humidité dans l’atmosphère, et la déforestation est responsable d’un quart des gaz à effet de serre à elle toute seule.

On lui doit aussi la disparition de 27 000 espèces par an, et l’augmentation des maladies infectieuses transmises par les insectes et les animaux. Les ressources en eau sont également impactées, car les forêts permettent de reconstituer les nappes phréatiques et fournissent les trois quarts de l’eau accessible aux villes.

Devant l’urgence de la situation, le WWF (World Wide Fund for Nature) préconise de protéger davantage d’aires, de valoriser les écosystèmes et leurs bénéfices à la société, et de créer des infrastructures respectueuses des espaces forestiers.

Sans quoi les forêts tropicales pourraient totalement disparaître à l’horizon 2070…

 

DNA/M. W. (avec AFP) 27/10/2017

En France, les bois gagnent du terrain

Malgré les incendies qui ont ravagé ses forêts, le département de la Corse-du-Sud est le département le plus boisé. Photo : AFP

La France ne contribue pas au recul des espaces forestiers mondiaux. Ici, la forêt avance. Selon l’Office national des forêts (ONF), la surface forestière gagne en moyenne 50 000 hectares par an. Si les zones périphériques se déboisent du fait de la pression urbaine, les zones rurales et montagnardes voient s’accroître leur patrimoine forestier.

Cette évolution s’inscrit dans le temps : la forêt française a commencé à regagner du terrain depuis le milieu du XIXe  siècle. Selon l’Institut national de l’information géographique et forestière (IGN), la forêt occupait 9 millions d’hectares en 1850, elle couvrait 16,8 millions d’hectares, soit 30 % du territoire, en 2013.

La forêt gagne du terrain sur l’agriculture

Cette avancée de la forêt française s’explique moins par le moindre usage du bois comme énergie que par le recul du pastoralisme et la déprise des terres agricoles qui se transforment en forêts par boisement naturel ou plantation. Et dans certaines zones, des reboisements sont opérés pour retenir la progression de dunes ou lutter contre l’érosion, les crues ou les avalanches. Selon l’IGN, on coupe également moins de bois : les prélèvements sont inférieurs à l’accroissement naturel des forêts.

La Corse-du-Sud est le département le plus boisé (au prorata de sa superficie), suivi du Var, des Landes, des Alpes-Maritimes, des Alpes-de-Haute-Provence, de l’Ardèche, de la Drôme, de la Haute-Corse, du Jura et des Vosges.

Dans les régions déjà fortement boisées comme le Nord-Est et le massif landais, la forêt progresse moins. Les territoires de son extension sont ailleurs : sur le grand arc méditerranéen (Corse, Languedoc-Roussillon, PACA, des parties de Midi-Pyrénées et de Rhône-Alpes), en Bretagne et en Pays-de-la-Loire.

DNA/DNA/Nathalie Chifflet 27/10/2017

La forêt, 30 % des terres émergées de la planète

Les forêts et autres types de terres boisées couvrent au total plus de 4 milliards d’hectares dans le monde, soit 30 % de la superficie des terres émergées, selon les dernières données (2010) de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

Russie, pays le plus boisé

Le plus grand pays en terme de superficie est donc aussi celui qui a le plus de surface forestière. La Russie compte en effet plus de 8,1 millions de km2 de forêt, devant le Brésil (4,9 millions de km2 ) et le Canada (3,1 millions de km2 ).

Trois types de forêt

- La forêt boréale (ou taïga) se situe dans l’hémisphère Nord, sur le pourtour du cercle polaire. Elle est essentiellement composée de conifères (sapins, mélèzes, épicéas et pins).

- Les forêts tropicales et subtropicales (ou forêts équatoriales et forêts humides), composées de plusieurs étages de végétaux, se caractérisent par leur richesse biologique. On y dénombre plus de 50 000 espèces d’arbres.

- Les forêts tempérées sont composées d’essences à feuilles caduques (peuplier, bouleau, charme, hêtre, chêne) et de conifères (selon les régions : pins, sapins, cèdres, séquoias…)

Source : Office national des forêts.

« Plus de 170 millions d’hectares de forêts pourraient être détruits d’ici à 2030 sur les 11  fronts (majeurs) de déforestation. Il faut imaginer la destruction d’une forêt recouvrant l’Allemagne, la France, l’Espagne et le Portugal »  WWF/Rapport Forêts vivantes 2015

« Plus de 170 millions d’hectares de forêts pourraient être détruits d’ici à 2030 sur les 11  fronts (majeurs) de déforestation. Il faut imaginer la destruction d’une forêt recouvrant l’Allemagne, la France, l’Espagne et le Portugal » WWF/Rapport Forêts vivantes 2015

Sa disparition change le  microclimat

Questions à…

Jérôme Chave,  Directeur de recherche au labo Évolution et diversité biologique de Toulouse

Photo DR

Le chiffre dévoilé par Global Forest Watch vous surprend-il ?

Non, pas forcément. Il y a des zones tempérées touchées, mais surtout de nombreuses zones tropicales, là où la déforestation est la plus importante. Les gros événements de déforestation restent liés à des contraintes économiques sous les tropiques.

Le phénomène s’amplifie-t-il ?

Le Brésil a été le premier pays à observer sa forêt par des moyens de télédétection et qui a mis en place des régulations pour limiter la déforestation. Il y a eu une baisse très nette avec des lois votées. Mais depuis un an et demi, avec le changement de gouvernement au Brésil, la tendance s’est inversée. Des zones protégées ont été déclassifiées pour favoriser certains mouvements politiques en faveur du président Temer. La protection de la forêt résulte d’un choix politique mis en œuvre, ou pas, par les pays. Le Brésil avait voulu montrer qu’il était vertueux, la crise économique qui a suivi n’avait pas grand-chose à voir avec cette politique environnementale, mais a eu un impact direct. Les réalités malaisiennes et indonésiennes sont différentes, avec des contraintes très fortes sur la forêt liées au développement de l’huile de palme. Pour eux, c’est incontestablement une valorisation économique du territoire.

Les autres continents sont-ils plus préservés ?

En 2015 et 2016, les phénomènes climatiques ont conduit à de grandes sécheresses. Il y a eu beaucoup de feux en Indonésie liés à El Niño. Ce qui s’est produit au Portugal, en Californie et en Afrique en 2016 est lié à cette anomalie climatique et débouche sur une surmortalité d’arbres. La perte de la surface forestière n’est pas forcément liée à des réalités socio-économiques, mais à une variabilité climatique forte. L’accélération de la fréquence d’ El Niño qu’on a du mal à analyser, de même que l’intensité des derniers ouragans, tout est lié dans la temporalité.

Quel peut être l’impact sur l’homme ? 

On recense des morts par les incendies dans les endroits à forte densité humaine (pays tempérés, Australie…). Des impacts indirects aussi : la disparition de la forêt change le microclimat, en tout cas quand les disparitions opèrent sur des superficies très importantes. Maintenir une forêt dans son état permet d’éviter les sécheresses et donc d’éviter les problèmes aux zones agricoles.

DNA/Recueilli par X.F. (27/10/2017)

Des incendies violents et destructeurs

Les incendies ont, en 2016, accéléré la déforestation globale. Au Portugal, des feux d’une rare violence ont fait perdre au pays 4 % de ses surfaces boisées. Au Brésil, la région amazonienne a perdu 3,7 millions d’hectares l’an dernier, trois fois plus qu’en 2015. En République démocratique du Congo, 15 000 hectares sont partis en fumée avec le plus gros incendie de forêt jamais survenu en Afrique centrale. Sur les dix premiers mois de l’année, les incendies de forêt dans la zone méditerranéenne française ont déjà détruit 3 000ha de plus qu’en 2016, selon la banque de données sur les incendies Prométhée. Il y a quelques jours, le feu a calciné 1 600 hectares de végétation en un seul jour en Balagne (Haute-Corse) : l’un des incendies les plus dévastateurs sur l’Île de Beauté.

Avec le réchauffement, les incendies deviennent plus intenses et le risque grandit. En 2010, la mission interministérielle « Changement climatique et extension des zones sensibles aux feux de forêt » a présenté le scénario d’une remontée de ce risque dans le nord de la France jusqu’en Sologne. « À l’échéance 2050, près de la moitié de la surface des landes et forêts métropolitaines pourrait être concernée par un niveau élevé de l’aléa feux de forêts. »

L’éditorial de Pascal Coquis

Ces arbres qu’on abat

L’éradication planifiée des zones boisées par l’industrie agroalimentaire et l’activité humaine est un indicateur assez juste de la perte de conscience qui frappe l’humanité et la conduit à sa perte. Sur cette planète progressivement privée de vivant que nous nous apprêtons à léguer à nos enfants, la déforestation répond à une certaine forme de logique suicidaire.

Comme le trou de la couche d’ozone en son temps, l’état désastreux de la forêt mondiale est pourtant un sujet abondamment traité, commenté, documenté. Personne n’ignore ce qui se passera le jour où les frondaisons auront disparu, personne n’ignore quelles conséquences leur raréfaction produit déjà sur le climat.

Les images de terres dévastées puis ravinées, des catastrophes que ce phénomène engendre et accentue sont spectaculaires. Les éléments de comparaison aussi. On parle de l’équivalent de quarante terrains de foot détruits à chaque minute dans le monde ; d’une superficie de forêts perdue chaque année égale à deux fois celle du Portugal ou de la Belgique, et même si on ne sait pas quelle superficie le Portugal ou la Belgique peuvent bien avoir, on devine que c’est quelque chose de suffisamment conséquent pour être effrayant.

Pourtant, chaque année, la déforestation se poursuit à une vitesse telle que c’en est à se demander comment il peut y avoir encore un seul arbre debout en Amazonie, en Indonésie ou dans le bassin du Congo.

Lors du sommet des Nations Unies sur le climat en 2014, l’objectif était de réduire, d’ici à 2020, la diminution de la forêt, et de la stopper en 2030. On est à mi-chemin du premier objectif, et le pari est déjà perdu : de 18 millions d’hectares perdus l’année de ce grand raout, on est passé à 30 millions en 2016.

Les forêts, pourtant sources de richesses naturelles extraordinaires, sont les premières victimes du mythe de la consommation infinie et de notre instinct maladif de prédation. Nous serons les prochaines.

DNA (DNA (27/10/2017)

Publié dans Environnement

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domi 30/10/2017 10:58

C'est très inquiétant et devrait provoquer une mobilisation car la disparition de la forêt par le feu, c'est aussi du gaz à effet de serre en plus
Par contre, en France, l'augmentation de la forêt n'est pas forcément une bonne chose quand le boisement remplace des milieux naturels différents et intéressants, par exemple des pelouses calcaires ou encore des zones de bocage, car la biodiversité à besoin de sylve mais aussi d'espaces ouverts, non ?

Stef 30/10/2017 07:04

Glaçants, tous ces feux.

Jean-Louis 30/10/2017 10:44

J'ai déjà soulevé plus d'une fois le problème du déboisement et de la déforestation (lire en particulier ici : http://natureiciailleurs.over-blog.com/2017/02/c-est-quoi-le-probleme-avec-l-huile-de-palme.html )... Tout cela est dramatique et on se sent bien impuissant face à cette catastrophe !