Une ferme à 4 000 bovins qui interroge

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Soumis à enquête publique, le projet bourguignon d’exploitation d’un centre de transit de 3 910 bovins destinés à l’export fait beaucoup réagir le monde rural.

À Digoin (Saône-et-Loire), l’un des deux bâtiments neufs de la ferme de Daniel Viard à vocation à devenir un centre de transit des broutards destinés à l’exportation. Photo : Gilles DUFOUR

Les jours de permanence du commissaire-enquêteur, la salle du conseil municipal ne désemplit pas à la mairie de Digoin, en Saône-et-Loire. Chargé de l’enquête publique, il accueille même les particuliers par groupes pour pouvoir recueillir toutes les observations. C’est que le projet de ferme de 4 000 bovins provoque énormément de réactions dans toute la Bourgogne rurale.

Au hameau de Neuzy, la ferme historique de Daniel Viard est déjà imposante avec un troupeau d’environ 800 bovins. S’y ajoute une entreprise de transports et travaux agricoles (une dizaine de salariés en tout). Et voici que l’agriculteur a sollicité à la préfecture l’autorisation d’exploiter, en outre, un centre de transit de bovins destinés à l’exportation. Ils y passeraient leur quarantaine de 15 à 30 jours avant expédition vers le Maghreb ou la Turquie. Les deux très vastes bâtiments destinés à cette activité, avec leurs toits bardés de panneaux photovoltaïques, existent déjà à quelques dizaines de mètres de la rivière Arroux et à plus de 100 mètres des habitations. La demande porte sur l’accueil de 3 910 bovins, dans une activité par nature très intermittente. On suppose que Daniel Viard travaillerait avec un gros négociant en bestiaux, mais l’homme est peu bavard.

Levée de boucliers

« Élevage concentrationnaire », « à contre-courant des productions de qualité de Saône-et-Loire […] et d’une alimentation et d’une agriculture qui préservent l’environnement, la santé et les animaux », risque de pollution des eaux superficielles et souterraines par les déjections de bovins, nuisances du trafic routier induit : la Confédération paysanne, Europe Écologie Les Verts, nombre d’associations environnementalistes et quelques riverains tirent à boulets rouges sur le projet. La Direction régionale de l’environnement (Dreal) a examiné les principaux impacts. Elle chipote sur la faible marge des fosses à lisier et recommande quelques mesures techniques. Mais émet un avis favorable au projet. Curieusement, et les opposants pointent aussi ce risque, la Dreal admet que l’étude d’impact n’aborde pas le risque sanitaire (brucellose, rhinotrachéite infectieuse bovine), risque qui pousse pourtant les producteurs du secteur à éparpiller ce type de sites pour réduire le risque de contamination et ses conséquences.

Christian Bajard (FDSEA) présume cependant que la filière a besoin d’un tel outil pour exporter, mais est en train de vérifier que c’est bien le cas. « La dimension nous interpelle, admet-il. Mais à partir du moment où il respecte les règles, il n’y a pas de raisons de s’y opposer. »

DNA/DNA/Thierry Dromard (11/09/2017)

 

Pics à plus de 4 500 bovins

L’agriculteur qui porte ce projet exploite déjà une très grosse ferme, puisque son troupeau ...

L’agriculteur qui porte ce projet exploite déjà une très grosse ferme, puisque son troupeau allaitant compte 320 vaches, 10 taureaux et leur suite, dont les génisses de renouvellement du troupeau. L’éleveur engraisse 240 veaux sur place. Le cheptel actuel compte environ 800 têtes. La surface de la ferme est de 274,5 ha. En sus du troupeau historique, le projet de « centre de préparation à l’export » prévoit une capacité maximale 3 910 bovins dans deux bâtiments déjà existants (2 300 et 1 610 places). Le plus vaste, desservi par un piètre chemin agricole, nécessiterait réfection et élargissement. Le projet prévoir la revente des déjections issues de ce centre à une entreprise en vue de leur compostage.

Publié dans Agriculture-Elevage

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Martine Reiter 12/09/2017 06:33

Nous sommes mal barrés..., même avec un Hulot...

Jean-Louis 11/09/2017 20:32

...et comme à chaque fois, la FDSEA, ne voit "aucune raison de s'opposer à [ce] projet" !
Doivent avoir du lisier -pour ne pas dire de la m...- dans les yeux !
Moi, des raisons j'en vois au moins 4 000 en l'occurrence...

Martine Reiter 11/09/2017 20:25

C'est qui, c'est quoi au fait la DREAL ? l'Etat ?

Jean-Louis 11/09/2017 20:28

En France, les directions régionales de l'environnement, de l'aménagement et du logement (DREAL) sont des services déconcentrés du ministère de l’Environnement, de l’Énergie et de la Mer et du ministère du Logement et de l'Habitat durable.

Charles Ours 11/09/2017 19:39

Ah la DREAL qui est toujours d'accord avec ce type d'installation. A-t'on posé la question du transport des animaux vivants vers le Maghreb ou la Turquie ? La Dreal d'accord avec Stockamine, Bure, Amiante de Niederbronn, Taurillons de Wintershouse......et j'en passe ....