Quel retard pour le GCO ?

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Le projet d’autoroute de contournement de Strasbourg accuse au moins trois mois de retard sur le calendrier prévisionnel. Pro et anti GCO assiègent les ministères.

La colline entre Vendenheim et Eckwersheim qui sera traversée par la future autoroute Photo : DNA - Jean-François Badias

L’avis négatif du Conseil national de protection de la nature (CNPN) sur les mesures compensatoires à la construction du contournement ouest de Strasbourg constitue un revers pour Vinci et la Sanef. Les deux sociétés d’autoroute vont construire la future A355. Vinci via sa filiale Arcos est titulaire de la concession tandis que la Sanef, concessionnaire de l’A4, est chargée de réaliser l’échangeur nord, car cet échangeur constitue la connexion A355/A4.

L’avis des experts du CNPN n’est que consultatif. Mais compte tenu de la sévérité des attendus (DNA du 23 août), les services de l’État ont demandé aux concessionnaires de présenter des éléments complémentaires.

Selon nos informations, le dossier sera présenté une nouvelle fois au CNPN courant du mois d’octobre. Ensuite il est prévu une enquête publique, déclenchée par la préfecture de Région, qui doit au final aboutir à un arrêté préfectoral. Dans l’esprit, cet arrêté qui autorisera les engins à toucher aux zones naturelles, aura pour conséquence d’afficher un feu vert pour les travaux.

À la question de savoir si l’enquête publique pourrait intervenir avant la fin de l’année, le préfet, interrogé en marge du déplacement du ministre Jean-Yves Le Drian à Strasbourg la semaine dernière, répond que cette hypothèse « est plausible ». Ce qui constituerait en soi un retard d’environ trois mois minimum par rapport au calendrier prévisionnel de Vinci qui tablait sur un arrêté en septembre. D’ailleurs, le concessionnaire se borne désormais à annoncer un lancement du chantier « en 2018 » là où il avançait décembre 2017 il y a quelques mois encore.

Aucun élément ne laisse à penser, aujourd’hui, que la mise en service, annoncée pour le 30 octobre 2020 est retardée. Mais le planning devient de plus en plus serré.

Pour lancer les travaux, Vinci devra de toute façon attendre d’obtenir la prolongation de la DUP. Celle-ci n’est valable que jusqu’en janvier 2018. Vinci a fait une demande de prorogation et à la lecture du contrat de concession, il peut l’obtenir sur simple demande. Le dossier serait en ce moment en instruction au conseil d’État.

Quoi qu’il en soit, les opposants sont très actifs sur le terrain avec l’installation d’une ZAD pour s’opposer aux engins attendus pour des travaux préparatoires qui eux, sont déjà autorisés. Une manifestation est également prévue le 30 septembre dans les rues de Strasbourg.

Lobbying intensif

Le bras de fer entre partisans du GCO et opposants ne se résume en tout cas pas uniquement aux démonstrations de force sur le terrain. L’épisode José Bové (et sa vraie fausse annonce d’un moratoire ministériel) a confirmé ce que nous expliquions au lendemain de la nomination du ministre de la Transition énergétique Nicolas Hulot : les opposants sont à la manœuvre et font du lobbying auprès du ministre pour tenter d’entraver la marche du projet.

D’ailleurs aujourd’hui, une délégation du collectif GCO non merci ! accompagnée du maire de Kolbsheim Dany Karcher et de deux députés LREM Martine Wonner et Vincent Thiébaut doivent rencontrer à Paris la directrice de cabinet de la ministre des Transports Elisabeth Borne (voir ci-dessous).

Mais les « antis » ne sont pas les seuls à faire du lobbying et les cabinets ministériels sont visiblement très sollicités. En effet, une rencontre « pro-GCO » très discrète a eu lieu au début du mois de juillet à Paris. Avec une délégation alsacienne composée de Philippe Richert, le président de la région, de Robert Herrmann, le président de l’Eurométropole de Strasbourg et de Jean-Luc Heimburger, le président de la CCI 67. Les trois hommes sont allés rencontrer « des Alsaciens des ministères » pour montrer leur unité sur le dossier et tout le bien qu’ils pensent de la future autoroute.

Pas d’éléments précis sur leurs interlocuteurs si ce n’est qu’il s’agit de hauts fonctionnaires. Toujours est-il que, et la rencontre de juillet a peut-être servi à préparer cela, le président de l’Eurométropole s’apprête à solliciter une rencontre avec le ministre Nicolas Hulot. Celui-ci n’avait pas répondu à une première invitation en juin. Depuis, l’idée d’un lobbying pro GCO plus actif a fait son chemin.

Les anti-GCO à Paris

« L’écoute a été attentive », note Maurice Wintz, vice-président d’Alsace Nature, hier à l’issue de l’entrevue à Paris entre les opposants au GCO et Marc Papinutti, directeur de cabinet d’Elisabeth Borne, ministre chargée des Transports auprès du ministre d’État Nicolas Hulot. La délégation composée également des deux députés LREM du Bas-Rhin concernés par le tracé, Martine Wonner et Vincent Thiébaut, les maires Philippe Pfrimmer (Vendenheim), Luc Huber (Pfettisheim) et Rémy Karcher (Kolbsheim) ainsi que de Michel Dupont, ancien attaché parlementaire de José Bové, a pu échanger durant une heure et demie avec le haut fonctionnaire. « Nous avons rappelé que le GCO ne réglera pas le problème de l’engorgement de Strasbourg, détaille Maurice Wintz. Et qu’au niveau international, il ne fera qu’aspirer du trafic supplémentaire de transit en Alsace. » Le récent avis du CNPN sur les impacts environnementaux mal évalués et sur l’insuffisance des mesures compensatoires n’a fait qu’apporter de l’eau au moulin des anti-GCO qui prendraient « tout commencement des travaux par Vinci comme une provocation ».

La délégation a eu l’assurance que son argumentaire serait transmis au ministre de la Transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot.

DNA/DNA/Olivier Claudon (07/09/2017)

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