Lutte contre le GCO - Qui sont les Zadistes ?

Publié le par Jean-Louis Schmitt

La Zad de Kolbsheim (*) voit dormir des « permanents », passer des « ponctuels » et des « soutiens ». Comment tout ce monde co-lutte ? Rencontre sur place, jeudi.

Yoam, premier veilleur d’arbre à avoir planté la tente, fin juillet. Photo : DNA - David GEISS

Les profils sont variés. Bien que reliés par des traits d’union, nécessairement…

Les « permanents » – exclusivement des hommes – seraient sept, autant viendraient camper quand l’emploi du temps le permet. Ce sont les « ponctuels ». Globalement, ils n’affichent pas de passé militant, mais ont « des convictions » et se qualifient de « résolus ». Globalement, ils n’ont jamais tenu ou mis les pieds dans une Zone à défendre, sont Kolbsheimois ou Strasbourgeois.

Ces « permanents » parlent d’une cinquantaine de « soutiens ». Une vingtaine qui se déplace « tous les jours », une trentaine qui « gravite » : des villageois, originaires des communes voisines – comme Ernolsheim-Bruche – ou sur le tracé du GCO – comme Duppigheim –. Certains de ces « amis » s’affichent, d’autres préfèrent rester anonymes…

En tout cas, la Zad réunit « électrons libres » – tel qu’ils se définissent – ou membres de collectifs – que ce soit du GCO non merci ou des Bishnoïs –. Et beaucoup d’habitants de Kolbsheim, par effet de proximité de la Zone, mais aussi du tracé du grand contournement. Et a priori, aucun agriculteur.

Les parents, Jacky et Marielle, les enfants, Louis-Victor et Éloïse : une famille de Kolbsheimois engagée dans la défense de la forêt. Photo : DNA - David GEISS

« Affiliée à rien du tout », si ce n’est la lutte anti-autoroute : une famille de « Kolbs’». Jacky, 58 ans, le père, en était « dès la première heure ». C’est-à-dire depuis 1999. Avec lui, employé Espaces verts, Marielle, 50 ans, la mère, préparatrice en pharmacie. En cette fin d’été, pour empêcher les engins de chantier d’arriver, ils ont posé leurs congés et même annulé leurs vacances. Autant elle, n’a jamais perdu la foi, « utopiste » qu’elle se perçoit, autant lui, avait « baissé les bras ». « Ce sont les enfants qui ont relancé » le mouvement, avec les cabanes, les marches : Louis-Victor, 22 ans, et Éloïse, sa cadette de deux ans.

Tous deux, en 2006, avaient fait tourner une pétition à l’école. Ils ont été de « toutes les manifs anti ». Le premier cherche du boulot ; la seconde est aromathérapeute, et tout juste diplômée se « dédie pour l’instant » entièrement à la cause. Il dort sur place, elle y consacre ses journées. « On est peut-être une frange plus émancipée dans la lutte, que certains du collectif GCO non merci, qui ne prennent pas officiellement position pour la Zad », dit-il. « Nous, on aurait mieux aimé ne pas en arriver là… On a essayé de discuter avec les ‘‘pro’’, mais on n’y arrivait pas. »

« Les gens sont gentils, ça ne les empêche pas d’être déterminés »

Le jeune homme a rejoint Yoam, le premier à avoir planté sa tente, « fin juillet ». « Galima » de son patronyme, Strasbourgeois de 32 ans, l’« artiste-activiste-pacifiste » suit le dossier depuis un an. Il rapporte être affilié à Nuit Debout et la Maison Mimir (pour ceux qui connaissent), puis bloguer depuis une dizaine d’années. Il s’interroge sur la place de l’Homme sur terre, sa responsabilité dans l’éco-système. Être là, ça dépasse la contestation au projet d’A355, ça permet de sortir du champ des idées pour vivre concrètement sur un autre mode, ça le satisfait plus qu’« une manifestation en ville après laquelle tu rentres dans ton confort le soir ». Végétalien, il n’a « plus de compte en banque, ne touche pas le RSA et ne se ser (t) pratiquement jamais de la carte Vitale ».

Aux côtés de Yoam, même âge : « Dahue » [«Vous écrivez comme vous voulez ! »]. Clown, saltimbanque, on ne sait pas trop, il en a « marre du béton ». Lui ? Il est un homme « de plus pour retarder le processus ». Il est arrivé en août. Il est « citoyen du monde ». Nadir, 38 ans et « de la capitale européenne » également, raconte avoir « baigné dans le militantisme ATMF, Association des travailleurs maghrébins de France ». Vivant de « petits boulots dans la manutention, l’animation », il a intégré le groupe au début du mois dernier. « On n’est pas là pour casser du flic, avance-t-il d’emblée, mais pour alerter les opposants. On veille les arbres, on retarde les travaux. On fera une chaîne humaine quand ils commenceront. » Et puis, depuis une semaine, Lionel, 35 ans, « paysan-apiculteur qui vit en autarcie », est venu lui aussi « occuper ». Il vit habituellement en ville, n’est pas investi dans d’autres causes. Si ce n’est « la défense de la forêt, l’habitat des abeilles ».

Qui passent les voir « plusieurs fois par semaine », il y a Kevin, 26 ans, de Kolbsheim, il y a Martial, 53 ans, d’Ernolsheim-Bruche. Recruté par Louis-Victor et Éloïse, le jeune est investi depuis 2014 dans l’anti-GCO. « La Zad, c’est pour combattre le bitume. » Il a « bossé dans la mécanique », est en phase de reconversion professionnelle. Il a tenu des permanences cabanes et participé aux marches. Le plus âgé, technicien dans l’agroalimentaire, a « toujours » été du combat. Il amène du matériel, c’est sa façon de participer. Il fera partie de la résistance, le jour où, s’il est disponible. Tous les deux aimeraient bien voir les rangs grossir. « C’est bien, c’est un bon moyen de résistance, la Zad. Ce serait mieux s’ils étaient plus nombreux. »

Nadir : « On est là pour alerter les opposants, retarder les travaux ». Photo : DNA - David GEISS

Se montrer

Autour de ces « permanents » et « ponctuels », les « notables », avec l’aura de leur fonction, apportent leur caution. Et leur part concrète. Le châtelain voisin a autorisé l’occupation. Le campement est sur son terrain. Avec l’aval du maire, dont le ban est concerné. Même s’il n’était pas directement impacté en tant que propriétaire, Erik Grunelius pourfendrait « cette idiotie » : « C’est inimaginable qu’en 2017, on fasse encore plus pour la bagnole. Qu’on n’ait pas le courage de faire l’écotaxe ! ».

Dany Karcher, lui, opposé depuis qu’il a découvert le projet à son arrivée à la municipalité, en 2001, est entré en « désobéissance civile » depuis un an, au moment de forages près du village, imagine-t-on. Rarement organisateur, souvent associé et facilitateur, il a ouvert un accès aux sanitaires de la salle socioculturelle. Il « serai (t) sur place s’(il) avai (t) le temps », il appelle à la « non-violence ». Tout en prévenant : « Les gens sont gentils, ça ne les empêche pas d’être déterminés ». La Zone à défendre, certains rapportent qu’il en avait lancé l’idée dans une interview il y a quelque temps… La Zone, pour lui, c’est une façon de « se montrer ».

Autre « figure », la pasteure du village, Caroline Ingrand-Hoffet. En famille, elle a déjà dormi dans la roulotte du camp. En couple – son mari est pasteur à Dorlisheim –, elle y rend visite. Ce pourrait être elle qui sonnera les cloches pour battre le rappel des troupes quand les équipes du concessionnaire arriveront. Elle ne dissocie pas ses « convictions écolos » de sa foi. Elle s’est positionnée officiellement l’an dernier, et dirigera le 17 septembre à Vendenheim, avec une collègue, un culte clairement anti. « En tant que chrétien, on ne peut être hors du monde. » Elle n’a pas de passé de militante, mais a grandi avec un exemple d’engagement : son père était un pasteur très investi en politique.

Et plus impliqué dans l’action militante, enfin, Bruno Dalpra. A l’instar de Guillaume Bourlier, de la Réserve des Bishnoïs. Connu médiatiquement, Bruno Dalpra porte différentes casquettes : Ami de la confédération paysanne, collectif GCO non merci, collectif Alsace Notre-Dame-des-Landes, Réserve du Bishnoï. Ce technicien-logistique en recherche d’emploi de 44 ans, ramène ses tracts dès qu’il peut. Il l’a fait plusieurs fois depuis le mois dernier, par phase de deux trois nuits…

Tous sont unis par un trait commun : « pacifiste ».

(*) Nos éditions des 12 août/2 septembre 2017 et 14 octobre 2016.

DNA/DNA/N.S. 10/09/2017

Ipy, la mascotte du campement. Photo : DNA - David GEISS

Ipy, la mascotte du campement. Photo : DNA - David GEISS

Photo : DNA - David GEISS

Photo : DNA - David GEISS

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