Les cirques d’animaux défendent leur peau

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Ils se regardaient en chien de faïence. En mars, représentants des cirques et associations de défense de la cause animale ont commencé à dialoguer sous l’égide de la municipalité de Strasbourg. Mais les premiers résultats se font attendre.

 

Le cirque d’hiver Bouglione s’est produit en début d’année dans la région. Photo : DNA archives - Laurent Habersetzer

À couteaux tirés. Vidéos choc, documentaires, actions de sensibilisation : ces dernières années, les associations de défense de la condition animale ont pris l’habitude de dénoncer pêle-mêle les conditions de dressage et d’exhibition des animaux de cirque. Dans leur viseur aussi les problèmes d’« affichage sauvage » et de « pratiques agressives » vis-à-vis d’associations de défense des animaux.

Au point qu’elles ont demandé à la Ville de Strasbourg d’interdire l’installation sur son territoire de cirques avec animaux sauvages. Ce qui hérisse le poil des grands cirques traditionnels.

Une seule réunion

- Un groupe de travail Cirques avec animaux est né.- L’adjointe en charge de la nature en ville, Christel Kohler , a pris le taureau par les cornes. Soucieuse d’avancer à pas de velours, elle a proposé de créer un groupe de travail avec les deux parties, en présence des services de l’État compétents (en l’occurrence la direction départementale de la protection des populations et l’office national de la chasse et de la faune sauvage). Objectif : édicter une charte pour garantir la protection des animaux.

Autour de la table : les représentants du monde circassien qui se sont constitués récemment en Association pour la défense du cirque avec animaux (*) et les organisations de protection animale, dont notamment Animalsace.

Une première réunion s’est tenue en mars. Avec « un débat assez ouvert du côté de la mairie », selon Me Gaston Scheuer , avocat de l’association des cirques. « On était pourtant convenus de se revoir deux ou trois fois pour discuter de l’implantation des cirques à Strasbourg… » Silence radio depuis.

« On se garde bien d’interpréter, on attend patiemment… », appuie Gilbert Bernachon , le président de l’Association pour la défense du cirque avec animaux.

- Le dialogue va reprendre.- Interrogée hier sur le sujet, Christel Kohler reconnaît que le calendrier a pris du retard. « Les services municipaux n’ont pas encore avancé suffisamment sur la charte ». D’autant que la politique de l’animal en ville - qui n’est pas une compétence obligatoire de la Ville - ne bénéficie pas d’une administration dédiée.

Promis, l’élue reprendra contact avec ses interlocuteurs. L’idée est de parvenir à la rédaction d’une charte, applicable en mai prochain, à l’occasion de la prochaine saison circassienne.

- Ce qui pourrait changer à partir de mai 2018.- Dans l’état actuel des réflexions, la charte pourrait prévoir quelques mesures contraignantes. À commencer par l’obligation pour les cirques de disposer d’espaces extérieurs aménagés pour permettre aux animaux de déambuler.

Il est prévu également de faire intervenir un vétérinaire spécialiste de la faune sauvage qui travaillerait en lien avec les services de la Ville et la DDTP. Encore que la difficulté aujourd’hui, souligne Christel Kohler, est de trouver un tel spécialiste, connaisseur de l’ensemble des espèces.

Un sujet qui divise

L’adjointe souhaiterait également inciter les autres communes de l’Eurométropole à adhérer à cette charte. Consciente que la question des cirques avec animaux sauvages « divise », elle ne veut « pas y aller de façon frontale ». Mais « de manière pragmatique ».

(*) Créée à Strasbourg en 2016, l’Association pour la défense du cirque avec animaux (ADCA) réunit des grands cirques (Medrano, le cirque d’hiver Bouglione…), mais aussi des dresseurs (Yann Gruss…) et le zoo d’Amnéville en Moselle.

DNA/DNA/Dominique Duwig 10/09/2017

Quelques vérités bonnes à dire

Gilbert Bernachon, le président de l’Association pour la défense du cirque avec animaux, n’admet pas que l’on puisse jeter l’opprobre sur une profession « attachée au bien-être animal », insiste-t-il.

Il veut tordre le cou à certaines contre-vérités. Telles ces photos qui tournent en boucle sur les réseaux sociaux avec « ces mises en scène » d’animaux sauvages « en souffrance ». « Ce sont des clichés qui ont été pris dans d’autres pays qui n’ont rien à voir avec ce qui se passe en Europe et en France », tranche-t-il.

Et que dire de ces pétitions signées par des centaines, voire des milliers de personnes ? « On y retrouve parfois quatre ou cinq fois les mêmes signatures… »

18 millions de spectateurs par an en France

Christel Kohler veut mettre en place une Charte ? Très bien, répond-il. Mais c’est faire peu de cas de l’existence de l’arrêté de 2011 qui fixe les conditions de détention et d’utilisation des animaux sauvages dans les spectacles itinérants. Or, précise-t-il, ce texte est appliqué à la lettre par les membres de son association. « Nous veillons à ce que les cirques soient en phase avec toutes les lois. Que ce soit pour le transport ou l’alimentation des animaux… »

Gilbert Bernachon fait remarquer au passage que le cirque est un vecteur social et économique important, avec ses 18 millions de spectateurs annuels dans l’Hexagone.

Les plus jeunes y sont d’ailleurs extrêmement sensibles. L’expérience de ces écoliers de Hautepierre accueillis l’an passé dans une caravane école d’un cirque installé à Strasbourg restera gravée dans les mémoires.

DNA/D.D. 10/09/2017

L’avis de Gilbert Bernachon Président de l’ADCA

« Sans animaux, il n’y aurait plus de cirque

 

« Sans animaux, il n’y aurait plus de cirque. À l’Association pour la défense du cirque avec animaux (ADCA), nous veillons à ce que nos membres respectent un certain nombre de principes d’éthique par rapport à l’emploi de ces animaux et à la façon de les traiter. Surtout avoir la certitude que le confort des animaux est optimum. Nous sommes très à cheval là-dessus. »

 

L’avis de Christel Kohler Adjointe au maire de Strasbourg

« Mon idée n’est pas d’aller vers une interdiction des cirques avec animaux sauvages

 

 

« Mon idée n’est pas d’aller vers une interdiction des cirques avec animaux sauvages. Mais plutôt d’inciter petit à petit à l’abandon des numéros d’animaux. Pour tendre à terme vers un cirque uniquement humain, comme le cirque du Soleil. J’aimerais faire évoluer le regard sur l’animal. Ce type de numéro, choquant, n’est plus dans l’air du temps. »

Une visite chez les lynx au Bärenpark

Début 2015, la municipalité a lancé la démarche « Animal en ville », avec pour objectif de parvenir à l’élaboration d’une charte du bien-être animal à Strasbourg. Christel Kohler annonce qu’elle se rendra dans les prochains jours au Bärenpark, avec les membres de la commission « Zoo de l’Orangerie ». Le parc des loups et ours de Forêt-Noire héberge en effet depuis juillet dernier les deux lynx du zoo de l’Orangerie

DNA/D.D. 10/09/2017

Publié dans Animaux

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Gégé 11/09/2017 08:27

Mouai !!! Les défenseurs des cirques AVEC animaux se rebiffent... Normal : c'est avec eux (et toute la brutalité et les mauvaises conditions de vie...) que les intéressés se font leur beurre !
Dommage que la municipalité de Strasbourg manque de courage pour dire "STOP" à l'instar d'autres grandes villes...