Le déclin du buis

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Gérée par le Conservatoire des sites alsaciens, la réserve naturelle régionale de Tagolsheim, dans le Sundgau, est l’une des plus petites du Grand Est. Pelouse sèche, végétation particulière, ce trésor voit cependant ses buis décliner inéluctablement.

La visite de la réserve naturelle, sur les hauteurs de Tagolsheim. Photo : DNA - Nicolas LEHR

Embrassant le clocher qui s’y dessine, elle superpose ses bosquets et sa pente herbeuse sur les hauteurs du village. De là, de 285 à 310 m d’altitude, l’horizon s’étend à 210°, du fond de la petite vallée de Luemschwiller jusque vers les Vosges, qui veillent de loin sur le Sundgau. Sur le papier, cette réserve naturelle régionale est un timbre de 1,7 ha que complètent opportunément une zone soumise à un arrêté préfectoral de protection du biotope, ainsi que l’ancienne carrière de pierres sèches confiée aux bons soins du Département et où vivent grands corbeaux et faucons pèlerins.

Vingt-six hectares en tout, autrement dit un minuscule écosystème. Complexe et riche cependant à la sauvegarde duquel s’attellent entre autres conjointement le Conservatoire des sites alsaciens (CSA), la Région Grand Est, la Brigade verte, Alsace nature, la Maison de la géologie de Sentheim, l’Office national des forêts, la fédération de chasse… « Une volonté commune de l’État, des collectivités et des associations de conserver ce milieu », résumait la sous-préfète d’Altkirch Marie-Claude Lambert, qui l’a visité jeudi après-midi avec les représentants de ces différents partenaires, dont le conseiller régional Jean-Paul Omeyer et le maire de Tagolsheim François Gutzwiller.

Prolongeant la réunion annuelle du comité de gestion du site, constitué en réserve naturelle régionale depuis 2013 mais géré par le CSA depuis 1985, ce tour sur le terrain visait à observer l’évolution de celui-ci et en rappeler les particularités. Dont le fait qu’il s’agit d’une zone calcaire à flanc de colline bordant la vallée de l’Ill, englobant « 0,4 ha de pelouse sèche calcicole sur forte pente ponctuée d’affleurements rocheux et de fourrés arbustifs », ainsi que « 1,3 ha de chênaie-charmaie thermophile à chêne pubescent et buis » selon Luc Dietrich, chargé d’études au CSA.

Piéger la pyrale ?

Or c’est précisément cette seconde essence qui est menacée. Le fait n’est pas nouveau mais il s’aggrave : si le buis semble à peu près préservé en zone lumineuse, où il est cependant bien moins présent, il dépérit à vue d’œil dans le sous-bois. Chiffres ONF à l’appui : entre 90-95 % de déficit foliaire ; consommation des branches fines à 80 %.

En clair, la bataille contre la pyrale du buis paraît perdue. En dix ans, depuis son apparition dans le Bade-Wurtemberg, ce papillon -arrivé par camion d’Asie avec les buis importés par les jardineries…- a colonisé une partie de l’Europe et la France dans sa quasi-totalité. À Tagolsheim, où se fixe la limite nord de la répartition du buis, la pyrale sonne ainsi le glas d’un patrimoine botanique en héritage depuis la dernière aire glaciaire. Elle y avait été déclarée en 2012 ; désormais, les arbustes ne sont guère plus que de secs squelettes. Seul avantage diront certains : cela a réduit les sanctuaires des sangliers, avec pour incidence moins de dégâts sur les cultures avoisinantes.

Piéger la pyrale ou traiter le buis ? Dans la mesure où les méthodes ne peuvent être sélectives, c’est courir le risque de décimer d’autres espèces. Quant aux prédateurs naturels, les oiseaux ont compris que les chenilles de la pyrale sont toxiques. Dernière hypothèse : le « recépage » va être testé par l’ONF, qui consiste à raser le buis à 10 cm du sol pour couper les vivres à la pyrale en espérant une repousse ultérieure du buis.

Pour le reste, le comité de gestion de la réserve veut continuer à restructurer le site par des opérations de débroussaillage et de reprise de talus afin d’éviter qu’arbres, arbustes et buissons n’envahissent cet espace. Il est donc précieux : une flore forte de 140 espèces s’y épanouit, parmi lesquelles plusieurs sont protégées ou figurent sur la liste rouge régionale des espèces menacées, avec pas moins de six sortes d’orchidées.

DNA/DNA/Nicolas Lehr (24/09/2017)

Photos : DNA - Nicolas LEHRPhotos : DNA - Nicolas LEHR
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