En France, le pétrole, c’est bientôt fini !

Publié le par Jean-Louis Schmitt

La France est le premier pays au monde à interdire l’exploration et l’exploitation des hydrocarbures. Cette avant tout symbolique, démontre l’intransigeance du gouvernement dans la lutte contre le réchauffement climatique et en annonce d’autres.

A Siant-Mery, à 50 km au sud-est de Paris, on extrait encore des hydrocarbures du sous-sol. Les principaux gisments dans le sud-ouest à Lacq (gaz) et Saint-Marcet (pétrole) sont fermés. Photo : AFP

Le pétrole français c’est bientôt terminé. Nicolas Hulot a présenté hier en conseil des ministres son projet de loi pour interdire l’exploitation des hydrocarbures en France.

Concrètement, le gouvernement n’accordera plus de nouveau permis d’exploitation des énergies fossiles, ce qui devrait conduire à la fin de la production française de pétrole et de gaz à l’horizon 2040. Cette date a été choisie pour laisser le temps aux concessions actuelles d’arriver à échéance, et éviter les contentieux avec les compagnies pétrolières.

Contre le gaz de schiste

Ce texte marque la fin définitive du débat sur les gaz de schiste. Depuis 2011, la fracturation hydraulique - seule technique pour l’exploration et l’exploitation des hydrocarbures dits non conventionnels – était interdite. Cette fois, la loi fermera la porte à toute exploitation, quelle que soit la technique utilisée.

L’objectif est, selon Nicolas Hulot, de montrer « que les énergies fossiles appartiennent aux XIXème et XXème siècle ».

Selon les scientifiques du GIEC, pour parvenir à limiter le réchauffement de la planète à 2° d’ici la fin du siècle, il faudrait laisser sous terre 80 % des ressources d’hydrocarbures mondiales.

Le choix de Nicolas Hulot est essentiellement symbolique, visant à envoyer un « signal ». La France ne produit en effet que 1 % du pétrole qu’elle consomme, soit 815 000 tonnes l’an dernier. L’essentiel des gisements se trouve dans le Bassin parisien et en Aquitaine ( voir encadré ). Et les sociétés pétrolières misaient sur de potentielles ressources outre-mer.

La France importe 99 % de sa production, avec une facture qui s’élevait en 2015 à environ 40 milliards d’euros (9 milliards pour le pétrole, 31 milliards pour le gaz).

« Nous voulons montrer l’exemple. Si personne ne le fait en premier, personne ne le fera », résume Xavier Ploquin, conseiller énergie, industrie et innovation de Nicolas Hulot.

Colère des pétroliers

Un choix qui réjouit les ONG. « Avec cette décision, le gouvernement envoie le message que l’on change de direction, et que les choix politiques doivent à présent s’orienter vers les énergies renouvelables », se réjouit Michel Dubromel, président de l’association écologiste France Nature Environnement.

Les industriels, eux, sont vent debout contre le texte. « Ce texte n’a aucun fondement rationnel, et est uniquement idéologique. Le pétrole représente 45 % de l’énergie dans notre pays : on ne va pas le faire disparaître du jour au lendemain ! Ce choix n’aura aucun impact sur la consommation, et va juste creuser notre déficit commercial et nous contraindre à importer davantage : ce qui n’est pas non plus en faveur du réchauffement climatique », estime Francis Duseux, président de l’Ufip qui regroupe les professionnels du pétrole et du gaz. La loi, présentée fin septembre à l’Assemblée, devrait être définitivement adoptée à la fin de l’année. Elle annonce d’autres mesures visant à réduire l’utilisation du diesel et de tous les produits dérivés du pétrole en général.

DNA/Élodie Bécu (07/09/2017)

 

Essentiellement dans le Bassin parisien et en aquitaine

Depuis la découverte de pétrole en Seine-et-Marne en 1958, plus de 50 gisements ont été découverts dans la région parisienne et 34 sont toujours en activité. Environ 2 000 puits ont été creusés dans le Bassin parisien, ayant produit 285 millions de barils, soit 39,9 millions de tonnes et 2 milliards de mètres de gaz cumulés en 50 ans. En Aquitaine , les principaux gisements se trouvent dans le sous-sol, sous les lacs de Cazaux, Sanguinet et Parentis pour le pétrole. La production de Parentis représente plus de 220 millions de barils de pétrole à fin 2014.

Pour le gaz, le principal gisement d’ampleur a fermé en 2013. C’est le gisement de Lacq près de Pau, qui a fourni l’essentiel de la production française ces dernières décennies, avec environ 245 millions de mètres cubes. Les réserves du lac de Meillon (exploité de 1968 à 2013) ont produit 57,7 milliards de mètres cubes. La société britannique Tullow Oil avait trouvé du pétrole en 2011 au large de la Guyane mais les puits d’appréciation se sont avérés décevants. La découverte a toutefois soulevé l’espoir des compagnies pétrolières - et les craintes des écologistes.

Repères Production et consommation

Production et consommation

- La production pétrolière de la France représente 1 % de sa consommation. La production en 2015 s’élevait à 0,8 million de tonnes de pétrole et 0,16 milliard de mètres cubes de gaz.

- La France a importé 56,7 millions de tonnes de pétrole brut en 2015.

- Les activités d’extraction pétrolière en France engendrent aujourd’hui un chiffre d’affaires direct et indirect compris entre 500 millions d’euros et un milliard d’euros , assurant quelques milliers d’emplois (environ 1 500 emplois directs et 4 000 indirects).

- Les acteurs de l’exploitation en France sont des PME françaises ou étrangères : Vermilion, Lundin, Geopetrol, Petrorep, SPPE.

- L’activité d’extraction des hydrocarbures en France a rapporté 22,59 millions d’euros de redevances aux collectivités locales en 2015.

- Le premier gisement exploité, dès le XVIIIe siècle, était celui de Péchelbronn en Alsace (fermé depuis les années 1970). En plus de 60 ans, le gouvernement a octroyé 77 titres d’exploitation.

63 : C’est le nombre de concessions d’hydrocarbures aujourd’hui en exploitation en France. Leur superficie totale représente 4 000 km², essentiellement dans le Bassin parisien et aquitain. Leur superficie moyenne est de 61 km².

Questions à…

Cela prive les compagnies de perspectives

Francis Perrin Directeur de recherche à l’IRIS, spécialiste des problématiques énergétiques.

 

DR

Que va changer l’interdiction d’exploration et d’exploitation des hydrocarbures en France ?

À la fois beaucoup et peu de chose. En interdisant d’explorer et d’exploiter, à l’horizon 2040, les hydrocarbures dans le sous-sol français, le gouvernement envoie un message avant tout symbolique. Il montre au reste du monde que la France, pays hôte de la COP 21, est un bon élève de l’accord de Paris. Les combustibles fossiles - gaz, pétrole et charbon - sont responsables du réchauffement climatique. La France décide donc d’y renoncer. Mais elle peut se le permettre car elle est un très petit pays producteur de gaz et de pétrole.

Cela a avant tout valeur de symbole ?

Nous produisons 1 % de notre consommation de pétrole, et à peu près 1 % de celle de gaz. L’arrêt de notre production ne va pas changer la face du monde. En revanche, le texte prive les compagnies pétrolières de perspectives, qu’il s’agisse de l’exploitation des gaz de schiste ou de potentielles ressources outre-mer.

Qu’en est-il de la Guyane ?

En 2011, une découverte a été faite à 150 mètres au large de la Guyane, en mer profonde, à 2000 mètres sous le niveau de la mer. Les travaux d’appréciation menés par le consortium d’exploitation se sont révélés décevants. Le gisement ne valait pas la peine d’être exploité. En revanche, en Guyana, juste à côté, Exxon Mobil a trouvé trois gisements prometteurs, laissant entrevoir une nouvelle province pétrolière. Mais, avec la nouvelle loi, les compagnies ne pourront pas demander de nouveaux permis d’exploration pour en savoir plus sur le sous-sol de Guyane française.

DNA/Recueilli par Élodie Bécu (07/09/2017)

Prochaine étape : fin des voitures au diesel en 2040

 

Le plan climat encourage les énergies renouvelables. Photo Luc Chaillot

L’interdiction d’exploiter les hydrocarbures s’inscrit dans le plan climat du gouvernement. Présenté par Nicolas Hulot début juillet, il dessine la feuille de route de la France pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre. Le ministre de la Transition écologique a un objectif ambitieux : la neutralité carbone à l’horizon 2050. Cela ne signifie pas qu’à cet horizon, nous n’émettrons plus aucun gaz à effet de serre, mais que ces émissions seront compensées.

Nicolas Hulot a annoncé une série de mesures pour y parvenir, outre la fin de l’exploitation de pétrole en France. Un autre objectif symbolique a marqué les esprits : l’annonce de la fin des voitures à essence d’ici 2040. En annonçant la fin de la vente des véhicules polluants à cette échéance, le ministre espère inciter les constructeurs à accélérer leurs développements dans l’électrique. Nicolas Hulot veut également faire converger la fiscalité entre le diesel et l’essence avant 2022, faire disparaître en 10 ans les passoires thermiques, ou soutenir les quartiers et zones rurales qui souhaitent produire et consommer leurs propres énergies renouvelables, comme le biogaz, ou l’énergie solaire. Les ONG, reçues mardi à l’Élysée, sont plutôt satisfaites. « Après les grandes lignes du plan, nous attendions les mesures concrètes. Le projet de loi sur l’interdiction des hydrocarbures, les états généraux de l’alimentation et les assises de la mobilité sont autant d’éléments qui vont dans le bon sens », se réjouit Michel Dubromel, président de France Nature Environnement.

DNA (DNA (07/09/2017)

 

‘’Nous sommes le premier pays à prendre ce type de mesures. Cela va créer, je l’espère, un effet de contagion. C’est un signal fort qui aura un impact sur le changement climatique.’’

Nicolas Hulot Ministre de la Transition écologique et solidaire.

Publié dans Energie, Environnement

Commenter cet article