Du biométhane dans le réseau de gaz de ville

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Depuis un peu plus d’un an, les maisons reliées au gaz de ville à Sarreguemines se chauffent partiellement au biométhane produit à partir des déchets verts de Moselle Est et d’Alsace Bossue.

Vue aérienne du site Méthavos 1 à Sarreguemines. Document remis – Sydeme

 

Qui sait ? Une casserole de petits pois préparée hier soir à Sarreguemines a peut-être pu être chauffée grâce à la tonte de la pelouse d’un habitant d’Alsace Bossue il y a quelques semaines. Cette situation, loufoque à première vue, est pourtant une réalité.

En effet, depuis un peu plus d’un an, du méthane est produit à Sarreguemines grâce à une plateforme de méthanisation de nouvelle génération. La matière première qui permet de créer ce gaz est issue de déchets verts issus des déchetteries du territoire du Sydeme et de ses plates-formes de réception et de broyage des déchets verts ainsi que des déchets verts sarrois des déchets agricoles et d’autres issus de l’industrie agroalimentaire.

À l’issue d’un processus de méthanisation par voie sèche et d’une épuration du méthane obtenu, le gaz est injecté dans le réseau GRDF qui alimente la ville de Sarreguemines.

Du biométhane à la pompe ?

Cela présente plusieurs intérêts pour le Sydeme (Syndicat des déchets ménagers de Moselle Est) et ses habitants. Le premier d’entre eux est de réduire les coûts de traitements des déchets verts qui n’étaient pas encore valorisés, et même d’en tirer un revenu grâce à la revente du gaz pour le réseau domestique.

Le second avantage, qui pourrait voir le jour dans les prochaines années, serait de revendre une partie au moins de ce biogaz pour alimenter les véhicules roulant au gaz naturel du secteur. La flotte du Sydeme roule déjà avec ce type de combustible. Les bus de la communauté d’agglomération devraient également prendre le même chemin et un projet de station d’approvisionnement de ce type de véhicules serait dans les tuyaux. « Techniquement, il est encore possible de flécher le biométhane que nous produisons ici vers ce type de station », explique le directeur du Sydeme, Serge Winkelmuller. Il y aurait donc très peu de transport de ce gaz entre le producteur et le consommateur que seront ces bus, camions et autres voitures roulant au GNV (Gaz naturel pour véhicule).

Les élus ont pu découvrir le fonctionnement de l’unité de méthanisation Méthavos 1. Photo : DNA - Thomas LEPOUTRE

Un projet transfrontalier de 3,13 millions d’euros

En attendant, le biogaz produit à Sarreguemines est injecté dans sa totalité dans le réseau GRDF, permettant d’augmenter encore un peu plus la part d’énergie renouvelable dans le secteur.

Par ailleurs, une partie des matières premières qui permettent le processus de méthanisation, peut ensuite être valorisée comme compost pour les agriculteurs et habitants du secteur.

La construction de cette unité de méthanisation aura coûté 3,13 millions d’euros, dont près de la moitié grâce à des subventions ou le fruit d’un partenariat transfrontalier avec le Land de Sarre. En effet, en signant un partenariat sur au moins 12 ans avec l’EVS (équivalent du Sydeme en Sarre), ce projet a pris une dimension européenne et s’est ainsi attiré quelques subsides supplémentaires. La Région Grand Est a apporté son soutien direct pour environ 350 000 €, mais aussi indirect via les fonds InterReg, avec 904 000 € de dotation pour ce projet entre deux régions européennes. Enfin, l’EVS a versé 300 000 € de contribution pour la construction de cette unité de méthanisation, s’ouvrant ainsi la possibilité d’y déposer une partie de ses déchets verts pendant au moins 12 ans.

Par ailleurs, le Sydeme qui est propriétaire de l’unité construite à Sarreguemines a signé une convention de 15 ans pour la revente du gaz produit par Méthavos 1, s’assurant ainsi un débouché pour le biométhane produit.

Ayant contribué avec ce site de Sarreguemines à l’expérimentation autour de ce concept de méthanisation par voie sèche, le Sydeme a pris, via sa filiale Sydeme Développement, environ un tiers des parts de la société Méthavos qu’elle co-détient avec une entreprise privée. Cette nouvelle société est notamment chargée de commercialiser ce concept dans d’autres secteurs géographiques que l’Alsace Bossue et la Moselle Est et pourrait, si elle réussit à vendre d’autres unités de ce type, permettre de nouvelles recettes pour le syndicat qui fait face depuis quelques années à des difficultés budgétaires importantes.

Une capacité de production évolutive

En termes de capacité, l’unité construite à Sarreguemines va dans un premier temps recevoir près de 15 000 tonnes de déchets verts par an dont 12 000 tonnes seront effectivement utilisées pour le processus de méthanisation. Mais les bâtiments construits auraient, selon le directeur du Sydeme, une capacité plus importante. « Nous espérons d’ici quelques années pouvoir passer de 12 000 tonnes à 18 000 tonnes ».

Le volume de gaz produit, qui équivaut actuellement entre 6 000 et 8 000 MW annuels pourrait alors augmenter lui aussi de manière significative. Pour l’heure, les recettes attendues chaque année se situeraient entre 500 000 et 600 000 €.

En y ajoutant les recettes liées aux intrants et les dépenses de personnels et les différents coûts dont la consommation énergétique de l’unité de méthanisation, ce site est annoncé comme étant rapidement rentable. Selon Serge Winkelmuller, « dans une dizaine d’années, l’investissement réalisé ici sera amorti ». Le site devrait alors avoir une rentabilité importante qui permettra d’abonder de manière non négligeable au budget du syndicat, et donc indirectement.

Jeudi matin, à l’heure d’inaugurer cette unité de méthanisation mise en service en décembre 2015, l’ensemble des élus français et allemands a salué l’esprit d’innovation derrière ce projet.

Le maire de Sarreguemines, Céleste Lett, le président de la communauté d’agglomération Sarreguemines Confluences, qui est aussi président de l’Eurodistrict SaarMoselle, la député Nicole Gries-Trisse et le président de la région Grand Est, Philippe Richert, se sont succédé à la tribune pour saluer le travail du Sydeme présidé par Serge Starck. Philippe Richert a notamment indiqué que « ce territoire a osé prendre en main son avenir en innovant », avant d’indiquer que les compétences spécifiques du Sydeme pourraient être utiles à la Région qui a désormais la charge de l’élaboration d’un plan régional de prévention et gestion des déchets.

Le traditionnel coupé de ruban pour inaugurer cette unité de méthanisation. Photo : DNA - Thomas LEPOUTRE

 

DNA/DNA/Thomas Lepoutre (08/09/2017)

Publié dans Energie

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