Relever un géant « vivant »

Publié le par Jean-Louis Schmitt

L’association Sauver le Guirbaden poursuit ses chantiers, sur la colline de Mollkirch. La 3e année patine un peu, mais le géant de grès est sorti des griffes de la nature. Cette semaine, les bénévoles ont créé un nouveau sentier d’accès.

François et Hedwig, bénévoles de la première heure, montent toute l’année. « Par amour des vieilles pierres. » Photo : DNA

2015 aura été l’année du débroussaillage, 2016 celle de la maçonnerie, 2017 celle du… ralenti. Si le chantier de reconstruction ne progresse cet été pas aussi vite que voulu par Françoise Sieffert, le valeureux moyenâgeux a déjà bien sorti la tête des ronces et du lierre.

« C’était la jungle », atteste la présidente de Sauver le Guirbaden. À la faveur de sa découverte en 2009, l’infirmière, nullement initiée à la préservation du patrimoine, crée six ans plus tard l’association. Avec l’appui de la Drac (*), services Monuments historiques et Archéologie, et d’un architecte du Département.

Les travaux ont débuté le 3 août 2015, pour ne jamais s’arrêter. Un noyau d’une vingtaine de bénévoles s’activent tous les lundis et samedis de l’année, de 9 h à 17 h. Seule la neige impose la pause. Ils viennent pour beaucoup de la périphérie de Strasbourg, par bouche-à-oreille, pour « prendre l’air » et « se rendre utile ». La plus jeune a 24 ans, le plus âgé 74. Tous les profils peuvent trouver leur place, l’équipe compte déjà sur un tailleur de pierre, un informaticien, une couturière…

« On ne peut imaginer, inventer un passé »

Pour chef de chantier, ils ont donc Françoise Sieffert. Laquelle s’est formée au Geroldseck (près de Saverne), dans les livres, des stages, et « auprès de ceux qui savent ». Celle qui n’avait « jamais tenu une truelle » doit manager. Le matin, au rendez-vous de l’église, elle doit composer avec les bonnes volontés qui se présentent : effectifs, appétences, compétences. Les normes de sécurité sont « comme dans le bâtiment », sauf… qu’on n’est pas au boulot, mais… qu’elle est reponsable. Voilà pour la fiche de poste.

L’ordre de mission ? Le relever. Ce château (privé et classé) de 1137. Une tâche infinie, puisque la nature n’attend pas que l’on s’en aille pour reprendre ses endroits. Une lice a été dégagée trois fois, les racines reviennent… Et puisqu’il s’écroule, ce multicentenaire. Un mur de la cour est tombé en novembre ; un autre, non loin de la cour de la faim, en 2010. « Il vit », positive la présidente, face aux petites incivilités qui parfois sévissent… Quand ce n’est pas le mot « vandalisme » qui lui vient.

Une trace visuelle

Et remonter une « palissade » de pierres n’est pas simple comme reposer les blocs les uns sur les autres. Si l’on dépose, il faut numéroter, marquer, dessiner et/ou photographier. « On ne ‘‘reconstruit’’ jamais un château, sauf à avoir une trace visuelle – lithographie, gravure, photo… –, prévient Françoise Sieffert, on le ‘‘cristallise’’.» C’est-à-dire : on reproduit l’actuel. « On ne peut imaginer, inventer un passé. »

L’été dernier, les chevilles ouvrières ont « maçonné » les communs ; et continué ce service, même si pas beaucoup… Le 4x4 pour monter le matériel est tombé en rade. Les lourdeurs administratives, des autorisations manquantes, ont freiné les ardeurs. Mais surtout, les services de l’État ont fait fermer l’accès par la troisième porte, ce qui oblige à aménager un nouveau sentier d’accès. L’équipe s’y est ces derniers jours consacrée. Et au final, le compteur affiche déjà quelque 2000h de bénévolat.

En 2018, il faudra s’atteler à la poterne, « en sale état ».

(*) Direction régionale des affaires culturelles. Le château est rattaché aux réseaux Châteaux forts vivants, Chemin des châteaux forts d’Alsace et Châteaux forts d’Alsace.

DNA/DNA/N.S. (26/08/2017)

 

Le mur d’enceinte du « nouveau château » s’est écroulé en 2010. L’objectif est de le remonter l’an prochain. Photo : DNA

 

Françoise Sieffert : « On ne ‘‘reconstruit’’ pas, on ‘‘cristallise’’.» Photo : DNA

 

Les communs ont commencé à être « maçonnés » l’été dernier. Photo : DNA

 

Débroussaillé en 2015, et vite à nouveau grignoté par la nature. La rénovation du donjon coûterait 400 000 €. Photo : DNA

 

Paroles de bénévoles

Hedwig , infirmière strasbourgeoise de 38 ans.

« J’adore les châteaux forts, l’histoire d’Alsace et la nature depuis toute petite. J’ai rencontré la présidente de l’association au Geroldseck, il y a trois ans. Ce qui me plaît ? Participer à une aventure nouvelle et le fait qu’il n’y ait pas trop de monde, comme c’est le cas ici au Guirbaden. Je viens depuis deux ans, mes samedis de libres, deux fois par mois, toute l’année. Ce que je préfère faire sur le chantier : débroussailler et nettoyer les pierres. »

François , pharmacien retraité geispolsheimois de 64 ans.

« Je suis venue après avoir lu un article dans les DNA, j’avais fait de l’archéologie comme loisirs quand j’étais étudiant. J’ai toujours été attiré par les vieilles pierres. Un peuple a besoin de connaître son histoire, c’est une manière pour moi de participer à la conservation du patrimoine. Ici on est tranquilles, un peu déconnectés, le portable ne passe pas partout… On fait du sport à notre manière, en levant des cailloux plutôt que de la fonte en salle ! Je monte cinq à six fois dans le mois, en dehors des vacances, toute l’année. J’aime tout faire, la variété des tâches ; j’ai appris à maçonner. »

1 800 €

En 2016, Sauver le Guirbaden a pu compter sur une aide de 1 800 € de la part du Département. Une enveloppe globale est répartie entre les divers protagonistes, sur présentation de factures, informe la présidente. C’est 1 100 € de plus que l’année précédente. Il s’agit du remboursement de matériel de travail et de sécurité. « C’est surtout la main-d’œuvre qui est importante pour nous », précise Françoise Sieffert.

 

Voir également les articles des DNA du 9 août 2015. L’association cherche toujours des bénévoles, 06 85 98 31 64, www.sauver-le-guirbaden.fr  A l’occasion des journées du patrimoine, les 15 et 16 septembre, des visites guidées seront organisées toutes les deux heures entre 10 et 18 h. Le reste de l’année, elles sont proposées tous les jours de chantier, à savoir les lundis et samedis, à 15 h. Il vaut mieux téléphoner pour s’en assurer.

Publié dans Insolite

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