Nouveaux habitants au château de Salm

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Les Veilleurs de Salm poursuivent depuis presque quinze ans un inlassable mais passionnant travail de restauration de la ruine du château du même nom, à La Broque. Les résultats sont spectaculaires !

Intarissable ambassadeur de "son" château, Raoul Rohmer donne des précisions sur la (re)construction à des touristes.

La journée commence par un bon café et un casse-croûte, habitude prise dès les premières années du chantier, alors que l’accès en voiture n’était pas autorisé et que l’équipe devait rejoindre le château à pied, lourdement chargée de matériel, et qu’il fallait reprendre son souffle.

Ce matin, autour de la table, se trouvent Vincent, venu d’Obenheim, Laurence, secrétaire de l’association et son mari Damien, habitants de Wisches, Roger, le papa haut-savoyard de Vincent, qui monte au château à chacune de ses visites à son fils, Estelle, Raoul, « chef » du chantier et Cécile. Outre le bienfait d’une boisson chaude en ce matin d’août plutôt frisquet, le moment est propice pour que Raoul fasse le point sur les travaux en cours et distribue les tâches. Ainsi, Vincent continuera à cimenter les pierres qui constituent la tour de flanquement ouest, Estelle et David vont lui prêter leur concours. Laurence et Roger poursuivront leur méticuleuse fouille d’un secteur étroit et escarpé. Travail ingrat, car il nécessite d’être à genoux, mais gratifiant, car les découvertes sont nombreuses : os, tesson de verre, éclats de poterie, boucle en fer, et des clous en quantité, preuves de la présence de bardage ou de tuiles en bois.

Roger et Laurence, à la recherche d’objets, fussent-ils minuscules. « Toute une journée à genoux pour des clous », s’en amuse la dame. Photo : Denis Betsch

Journée découverte au château

Pour Raoul, ce sera la préparation du mortier, constitué de sable, de chaux et d’eau, qui servira à Vincent et à Cécile, laquelle travaille à la consolidation du mur de la basse-cour, au sud. Bientôt les bénévoles se rendent sur les lieux qui leur sont affectés.

Pour la plupart, ce sont des passionnés d’histoire ou de châteaux forts. Vincent, par exemple, a fait plus de quarante randonnées autour des châteaux forts d’Alsace. Comme cadeau de fête des pères, ses enfants lui ont « offert une journée de découverte au château de Salm ». Ayant apprécié et le lieu et l’association, il en est devenu un membre actif et a la charge, depuis plusieurs saisons, de la remise en état de la tour ouest dont l’avancement est faramineux. Cette dernière a désormais près de 7 mètres de hauteur, et sa restauration est loin d’être terminée…

L’histoire d’Estelle est semblable : passionnée d’histoire et du Moyen Âge, elle participe à une Journée des châteaux forts à Salm, un 1er mai, sous une pluie battante. Elle trouve « la ruine passionnante et l’équipe sympa », et décide de leur donner de son temps.

Cécile est l’épouse de Raoul, président de l’association des Veilleurs de Salm. Ensemble, ils ont donné les premiers coups de faux pour défricher le terrain, en 2003, puis acheminé à pied les premiers outils et matériaux et commencé les travaux, suite aux autorisations de la DRAC (Direction régionale des affaires culturelles), en 2004.

Vincent, en rappel sur la tour de flanquement sud-est, dont la hauteur est maintenant impressionnante. Photo : Denis Betsch

Des clous, beaucoup de clous

Quatorze années plus tard, le résultat, pour ceux qui ont connu la ruine à l’abandon, est spectaculaire : la tour en reconstruction, des murs remontés, des zones méthodiquement fouillées, des centaines de pierres taillées dégagées, répertoriées et marquées, de beaux et précieux objets mis au jour, comme ce jeu du lièvre, un éperon, des pièces de monnaie, une très rare lampe à huile, des objets en fer, des poteries, des os. Et puis des clous, beaucoup de clous… À Salm, l’Histoire s’écrit chaque samedi, d’avril à octobre. Les bénévoles de tous âges (excepté les enfants, le site n’est pas sans risque) sont les bienvenus : il suffit de se présenter au parking, près de la maison forestière de Salm, à 9 h 30.

Comme l’association a souscrit une assurance pour les volontaires, chacun peut trouver une tâche à sa convenance pour aider la dizaine de membres des Veilleurs, qui travaillent sur le chantier tout au long de la saison. Raoul Rohmer, infatigable et inlassable ambassadeur de « son » château (il reçoit même du courrier à l’adresse « château de Salm » !) saura leur instiller un peu de sa passion pour la forteresse renaissante et les épater par ses connaissances. Même si, de son propre aveu, l’histoire du château est loin d’être simpliste et que les preuves d’évolutions, de travaux, d’agrandissement se font jour à chaque fouille, rendant sa compréhension plus compliquée, mais plus intéressante, aussi…

Denis Leypold, devant des éléments décoratifs. Conservateur au musée de minéralogie à l'université de Strasbourg et auteur de livres et de romans sur la période médiévale, il demeure stupéfait par la beauté et la richesse de la décoration du château. Photo : Denis Betsch

Site des Veilleurs de Salm : www.chateau-de-salm.org L’office de tourisme de Schirmeck propose une immersion sur le chantier en compagnie des bénévoles, c’est "L’expérience buissonnière".

DNA/DNA/D.B. (27/08/2017)

Publié dans Initiative

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