Miel : du sapin mais peu de fleurs

Publié le par Jean-Louis Schmitt

2017 n’aura pas été une grande année pour le miel, principalement pour les miels de fleurs. Mais ceux de forêt et de sapin ont, pour certains producteurs, sauvé la saison. Rencontre avec Philippe Engel, apiculteur dans la région de Saverne.

Les gelées du mois d’avril ont eu de lourdes conséquences sur la floraison et, par ricochet, sur la récolte du miel. Photo : DNA - J.S

« En apiculture, les productions sont toujours en dans de scie, elles varient énormément d’une année sur l’autre », explique Philippe Engel, vice-président du syndicat des apiculteurs de Saverne et environs. Si 2017 est loin d’avoir tenu toutes ses promesses, l’année n’a pas non plus été catastrophique dans la région de Saverne.

« On manque de tous les miels de printemps »

L’année s’annonçait plutôt bonne, au vu d’une météo clémente, mais les gelés du mois d’avril ont eu de graves conséquences sur la floraison. « Les acacias par exemple n’ont fleuri que très partiellement. Les nuits glaciales d’avril semblent même avoir endommagé les tilleuls, arbres pourtant connus pour leur résistance au froid, ou encore les châtaigniers », détaille l’apiculteur.

Le miel de nectar, la substance sucrée sécrétée par les fleurs, n’a donc été produit par les abeilles qu’en très petite quantité. « On manque de tous les miels de printemps, ces miels qui sont caractérisés par une couleur claire », regrette-t-il.

Pour autant, on ne peut pas parler d’année catastrophique, du moins au niveau local. Les miels de miellat, substance sucrée produite par les sécrétions des insectes se nourrissant de la sève des arbres, principalement les pucerons, ont connu un meilleur sort que ceux de nectar.

« Cette année il y a eu très peu de miel de printemps. » Document remis

De multiples menaces

« Tous ceux qui avaient des ruches en bordure de forêt ou aux pieds des montagnes, comme à Reinhardsmunster ou Wangenbourg, ont eu une belle récolte », explique-t-il. Le miel de forêt et celui de sapin ont en effet été produits en quantité par les abeilles durant le mois de juin. Mais la période de récolte a été de courte durée : « Depuis début juillet il n’y a plus rien, les abeilles vivotent sur leurs provisions. Alors elles ont tendance à piller. » À noter que pour ses propres besoins, une colonie produit annuellement entre 200 et 300 kilos de miel. Ce n’est que le surplus que l’apiculteur peut extraire, ce qui « représente environ 20 kilos par ruche, mais cela peut varier ».

En résumé, pour ceux qui cette année avaient leurs ruches en forêt, « c’est une année plutôt moyenne, mais pour ceux qui n’ont pas profité de la miellé de juin, c’est une année vraiment mauvaise », constate-t-il.

Par ailleurs, la raréfaction des arbres fruitiers, des fleurs et des haies, mais aussi l’utilisation de produits phytosanitaires, très nocifs pour les pollinisateurs, entraînent la raréfaction des abeilles. Mais là encore, certains sont plus touchés que d’autres. « Nous sommes relativement bien lotis dans les environs. Les abeilles ont de quoi manger, comparé aux endroits où l’on pratique une agriculture intensive, comme celle du maïs par exemple », souligne Philippe Engel. Ceci dit, « un taux de mortalité d’environ 5 % par an est tout à fait normal », poursuit-il.

L’apiculteur souligne également l’importance de travailler avec des abeilles locales. « Il faut des abeilles habituées à nos conditions climatiques et aux périodes de floraison, cela n’a pas vraiment de sens de chercher des abeilles à l’étranger ou venant d’autres régions de France ».

D’autres facteurs menacent également les abeilles : « La mondialisation a fait que nous nous retrouvons face à des prédateurs que nous ne connaissions pas », comme le frelon asiatique. Plusieurs de ces Vespa velutina nigrithorax ont récemment été trouvés dans une ruche de la Robertsau. Une information confirmée par la Fredon, Fédération régionale de défense contre les organismes nuisibles. Cette espèce invasive, plus petite que le frelon autochtone, peut faire baisser de manière considérable la population d’abeilles si elle est présente en grand nombre.

Tous ces aléas ne dissuadent pas pour autant les passionnées d’abeilles. En effet, comme l’explique Philippe Engel, « ces dernières années, il y a une forte demande de formation en apiculture. Les gens s’intéressent de plus en plus à la nature et à sa préservation », se réjouit-il.

Le syndicat des apiculteurs de Saverne et environ assure chaque année la formation de stagiaires au sein de son rucher école. La relève est donc assurée pour les années futures, que ces charmeurs d’abeilles espèrent meilleures…

DNA/DNA/Jade serrano (27/08/2017)

Photos : DNA - J.S
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20 millions de kilomètres…

Une abeille vit quatre à cinq semaines en été et six à huit mois en hiver. Les mâles ne vivent que quatre à cinq semaine et la reine peut vivre de deux à trois ans, voire plus. Chaque seconde, l’abeille bat des ailes de 230 à 270 fois. La colonie compte 50 000 individus en été, elle est réduite à 15 000 en hiver. Pour ses besoins annuels, une colonie récolte 30 kilos de pollen et 10 litres d’eau, et produit 300 kilos de miel. Pour cela, les ouvrières effectueront près de 7,5 millions de sorties et parcourront 20 millions de kilomètres.

Des abeilles sur le toit

Depuis avril, la gendarmerie de Sarrebourg compte de nouveaux pensionnaires : des abeilles. Cinq ruches ont été installées sur le toit, avec l’accord de la direction générale de la gendarmerie et dans le « respect des normes de sécurité et de la distance par rapport aux habitations ». L’idée a été lancée par un chef secrétaire de la compagnie, l’adjudant Schwaller, qui est aussi apiculteur. Il se réjouit déjà d’une première production, nommée fort à propos « Les Toits de la gendarmerie ».

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