La nature, cette ennemie…

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Depuis des lustres, l’Homme se plaît à ranger soigneusement ce qui l’entoure -faune et flore notamment mais pas que…- par catégories : d’un côté, il met ce qu’il juge utile et profitable pour lui et ses activités et, de l’autre, ce qu’il considère au contraire comme nocif ou malfaisant… Cette seconde tranche étant généralement impitoyablement traquée et pourchassée et les intéressés dûment étiquetés comme « nuisibles » !

Les corvidés, éternels malaimés… Photo : Jean-Louis Schmitt

La notion de « nuisibilité » est, par essence, totalement subjective ! On y trouve des plantes, des animaux, des virus, des bactéries, des mycoplasmes et toutes sortes d’autres agents pathogènes, le tout étant communément et trivialement considéré comme de la vermine et traité comme tel !

Vous avez dit « nuisible » ?

Il est surprenant de constater qu’une telle appellation soit actuellement toujours en cours alors que l’on sait pertinemment que chaque élément à un rôle non négligeable à jouer dans l’écosystème ! Je ne parle bien évidemment pas de ces espèces introduites (volontairement ou non) et entraînant des modifications graves et durables dans notre environnement : il s’agit là de cas particuliers où il convient certes de prendre des mesures adaptées sans pour autant avoir recours à des frénésies tueuses comme c’est bien souvent le cas…

Curieusement, lorsque l’on considère la faune et la flore indigène, on s’aperçoit que ce qui est classé comme « nuisible » en un lieu (ou pays) peut très bien être protégé un peu plus loin ! La subjectivité de la classification n’est donc pas une simple vue de l’esprit mais répond souvent bel et bien à des intérêts particuliers (lobbys) et à une logique qui n’est pas toujours cohérente et c’est bien peu de le dire !

L’exemple des corvidés est, à ce titre particulièrement révélateur ! Honnis par les agriculteurs qui les accusent de ravager les récoltes, le classement des corneilles, corbeaux freux et autres pies dans la sinistre catégorie des « nuisibles » constitue une véritable aubaine pour les chasseurs qui, en cette période estivale quelque peu creuse, s’ennuieraient ferme sans ces précieuses autorisations de tirs ! Bons princes, les « régulateurs » interviennent évidemment gratuitement à la demande des agriculteurs : en réalité, comme on peut l’imaginer, ils sont ravis que l’on fasse appel à leur « art » et, trop heureux de se sentir utiles, ne se font nullement prier pour dégommer un maximum de volatiles gênants : c’est toujours mieux que le ball-trap pardi !

Si le nombre d’oiseaux tués est impossible à vérifier –les déclarations des chasseurs sont floues et, on peut l’imaginer, largement en-dessous de la réalité- il est tout aussi difficile d’évaluer avec une relative précision les dégâts effectivement imputables aux corvidés ! Ainsi, en certains lieux, les agriculteurs font état de 40% de perte sur certaines semences… Chiffre invérifiable et qu’il me semble pour le coup permis de contester tant il apparait énorme ! Du reste, certaines pratiques –comme la destruction systématique des renards, un autre de ces « nuisibles » que les chasseurs affectionnent (à leur manière) tout particulièrement…- constituent un non-sens : on a pu observer dans certaines régions où les populations de renards ont été décimées, que les rongeurs pullulaient et causaient des pertes de récoltes considérables ! La chasse aux campagnols ne présentant manifestement pas grand intérêt pour les porteurs de fusils, les agriculteurs n’ont d’autre alternative que le recours à des biocides et autres produits chimiques qui empoisonnent un peu plus encore l’environnement ! Bref, une bêtise en appelle une autre et, au lieu de résoudre le problème ne fait que l’accentuer un peu plus encore…

Il est indéniable que les populations de corvidés prospèrent et agacent fatalement nombre de riverains ! Mais, à qui la faute ? Jadis, les champs de bataille fournissaient une nourriture abondante et sans cesse renouvelée aux corvidés. Actuellement, c’est la masse de tous nos déchets qui favorise amplement l’accroissement de ces populations dont on a, par ailleurs, éliminé la plupart des prédateurs ! Nous sommes donc une fois de plus tous directement responsables de ce déséquilibre qui, je le répète, s’il fait de nombreux mécontents, fait également quelques heureux toujours prompts à dégainer…

Ce ne sont certes pas des corvidés mais, sur le littoral, les goélands et les mouettes qui sont localement tout aussi abhorrés pour les nuisances qu’ils provoquent ! Là encore, il est notable que la progression démographique de ces laridés « voraces et omnivores » a profité « de la multiplication des dépôts d’ordures sur lesquels ils tendent à se regrouper… » (1) ! L’auteur de cette étude certes un peu ancienne fait, déjà à l’époque, le même constat que celui qui est dressé plus d’une décennie plus tard : présence de nourriture en grande quantité (grâce notamment aux poubelles) et absence de prédateurs naturels…

Moyens de lutte !

Comme indiqué ci-dessus, le recours à l’élimination pure et simple des gêneurs est, de loin la méthode la plus usitée ! Cruels et parfois sans le moindre contrôle, l’abattage par tirs ou la capture des oiseaux par piégeage puis leur « destruction », sont évidemment révoltants et inacceptables mais néanmoins monnaies courantes !

Certaines communes tentent véritablement de trouver d’autres solutions (comme la stérilisation des oiseaux ou des œufs, l’effarouchement des colonies) tandis que d’autres ont systématiquement recours à la « grosse artillerie » sans le moindre état d’âme : dénichage, destruction des nids, pose d’appâts empoisonnés et les toujours très plébiscités tirs au fusil !

Travailler pour et avec la Nature et non pas systématiquement contre elle !

Comme chacun peut aisément le constater, notre société est plutôt douée pour perturber (et ce plutôt durablement) les écosystèmes ! Quant à trouver des solutions aux problèmes en question… voilà qui est nettement plus délicat ! Une gestion raisonnable (et raisonnée) des diverses problématiques aurait pourtant bien plus d’allure et serait humainement autrement gratifiante que la destruction des oiseaux causant problème… Mais, cela nécessiterait une réelle prise de conscience de notre statut d’êtres soi-disant évolués qui, pour autant, accepteraient de ne plus se placer au-dessus de toutes les autres créatures mais de partager l’environnement –leur légitime habitat donc- avec elles et, surtout, cesseraient de détruire la nature comme il le fait depuis des lustres pour son seul et unique profit !

C’est un vaste programme je vous l’accorde et, pour tout dire, nous avons sans conteste encore beaucoup de chemin à parcourir avant d’accéder enfin à un semblant de sagesse ! Ne pas désespérer du genre humain s’avère en attendant une quasi-prouesse à réaliser au quotidien...

JLS (Août 2017)

 

  1. Source : « Enquête sur les nuisances causées par la présence de corbeaux, corneilles et autres oiseaux dans les grandes villes » (Avril 2004-Pascal Cousin)


Article publié dans le n° de juillet-août 2017 de la revue "Vivre en Harmonie"

 

Publié dans Point de vue, Faune-Flore

Commenter cet article

Millet Janyne 11/09/2017 13:47

Magnifique petite corneille et si intelligente ! !!

jane 03/09/2017 09:10

j'ai bcp aimé cet article ....comme tous les autres d'ailleurs

Jean-Louis 03/09/2017 12:00

Merci et... continuez à suivre "Nature d'Ici et d'Ailleurs" et faites-le connaître autour de vous !

ddelsass 03/09/2017 08:40

Bonjour Jean Louis,
Nous faisons des actes souvent aussi par méconnaissance!
Heureusement qu'il y a des hommes comme toi, qui sortent leurs bâtons de pèlerins pour nous rappeler à
ces graves conséquences.
J' ai déjà appris beaucoup de choses à ton contact, et je t'en remercie , toi et ton épouse pour sa partie.
Amicalement et bon dimanche.

Jean-Louis 03/09/2017 09:50

Waouuuh : c'est gentil ça !
Merci à toi et... à bientôt j'espère !