L’usine des 1000 vaches bouge encore

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Un grand rassemblement anti-usine des 1000 vaches est organisé le 10 septembre. Les opposants entendent maintenir la pression afin que ce modèle d’agriculture ne se développe pas en France.

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C’était il y a six ans, déjà. À cette époque, les habitants du village de Drucat et des alentours, dans la Somme, apprenaient l’existence d’un projet d’un nouveau genre en France : celui de la mal nommée « ferme » des 1000 vaches, son fonctionnement étant parfaitement industriel. Son principal promoteur, Michel Ramery, n’est d’ailleurs pas issu de l’agriculture, mais du BTP, secteur qui lui a permis d’intégrer le cercle des quatre cents plus grandes fortunes de France.

En 2011, il projetait, donc, d’exploiter 1000 vaches laitières – soit un total de 1750 animaux en ajoutant les génisses – afin d’en exploiter le lait. Les bêtes seraient enfermées en permanence dans un hangar, entièrement conçu autour de l’objectif de maximiser les profits. Tout y serait informatisé, les vaches évolueraient uniquement sur du béton, ne verraient jamais un rayon de soleil ni le moindre brin d’herbe, et seraient traites trois fois par jour. Selon les calculs des promoteurs, ce fonctionnement devait leur permettre de produire à moindre coût 28 000 litres de lait par jour, soit un peu plus de 10 millions de litres par an.

Mais le projet agricole était aussi couplé à la construction d’un méthanisateur géant, d’une capacité de 1,489 MW, ce qui en ferait le plus gros d’Europe. Selon les opposants, c’est d’ailleurs, plus qu’avec le lait, grâce à cet équipement que les porteurs du projet espéraient faire fortune. Car non seulement il permettrait de valoriser le lisier des mille vaches et celui d’autres exploitations du coin, mais il bénéficierait en outre d’un tarif de rachat règlementé, l’énergie produite par méthanisation étant considérée comme renouvelable.

Un front très large

Où en est-on, aujourd’hui ? Michel Ramery est décédé en mai 2016, et c’est désormais son bras droit, Michel Welter, qui veut mener le projet au bout. Car il n’a pour l’instant pu être réalisé que partiellement : il n’en est pas encore à 1000 vaches laitières, et le méthanisateur n’est pas sorti de terre. La construction du complexe a notamment été retardée par les riverains, de plus en plus ouvertement opposés à l’apparition de cette « usine des 1000 vaches ».

L’association Novissen – NOs VIllages Se Soucient de leur ENvironnement – compte plus de 3000 adhérents. Pour défendre la condition animale, par crainte des effets sanitaires et environnementaux (fumées cancérigènes, risques d’explosion, pollution de l’eau, etc.), ou tout simplement contre l’industrialisation de l’agriculture, la population locale s’est organisée pour faire barrage à cette « ferme ». À tel point que l’introduction sur le site des 150 premières vaches, en septembre 2014, a dû être effectuée de nuit et sous protection policière.

La Confédération paysanne est également très présente dans cette bataille. Il faut dire que l’usine des 1000 vaches est tellement représentative du modèle combattu par le syndicat agricole…

Pour ne parler que des conditions de travail, elles semblent particulièrement rudes : selon les opposants, pour treize postes, une soixantaine de personnes se seraient déjà succédées… « Même les JA [Jeunes Agriculteurs, syndicat affilié à la FNSEA, Ndlr] ont pris position pour dire que ce n’est pas le mode d’agriculture qu’ils souhaitent. Et la FNSEA elle-même ne sait plus trop quoi penser de ce projet », confie Francis Chastagner, président de Novissen. Le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll avait expliqué que ce n’était pas l’agriculture qu’il souhaitait défendre. Quant à son successeur, le macroniste Stéphane Travert, on attend toujours de savoir ce qu’il pense de tout ça… Le plus important étant sans doute que l’opinion publique, alertée par ce dossier, se sait désormais majoritairement opposée à ce genre d’exploitation.

Silence vaut acceptation

Toujours est-il que, même esseulé, Michel Welter semble bien décidé à aller au bout, et le plus vite possible. En juin 2015, alors que la ferme ne disposait que d’une autorisation pour 500 vaches, un contrôle inopiné effectué suite à une intervention de Novissen révélait la présence de 794 bêtes. Le préfet prenait alors des arrêtés réclamant 7 800 euros d’amende et 780 euros d’astreinte journalière pour contraindre le promoteur à revenir à un cheptel de moins de 500 vaches. L’exploitant a porté l’affaire devant le tribunal administratif, qui lui a finalement donné raison : une demande d’augmentation à 880 bêtes avait été déposée en mars et le rapporteur public a estimé que, l’administration n’ayant pas répondu dans un délai de deux mois, ce silence valait acceptation. Une autre décision du TA aurait sans doute porté un coup fatal à ce rocambolesque projet, Michel Welter n’ayant ni les mêmes appuis politiques ni les mêmes ressources financières que Michel Ramery.

« Nous avions anticipé cette décision du TA, qui ne nous a jamais été favorable », rapporte Francis Chastagner, pour qui ce jugement reste « scandaleux » : « le promoteur n’a de toute façon même pas attendu la fin de ces deux mois pour acheter 300 vaches supplémentaires, en totale infraction. » Le militant ajoute que, « du coup, le rassemblement du 10 septembre est d’autant plus important ! » Ce sera la quatrième « fête anti-1000 vaches »(1). Et puisqu’apparemment le silence vaut acceptation, les opposants sont très très décidés à faire du bruit.

Nicolas Bérard/L’Âge de Faire (Septembre 2017)

 

1 – Le rendez-vous est fixé à 9h30 devant la salle polyvalente de Drucat, qui sera suivi d’un sit-in sur la route départementale D928 menant à l’usine. Des débats, des prises de paroles, des concerts, des animations se succéderont ensuite tout au long de la journée.

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dancehofthetoys 31/08/2017 11:08

SUPER .. dommage que je ne puisse y etre ..bravo à vous ... pas question d'accepter ce type d'agriculture