Remarquables et remarqués

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Planté en 1313, le « Tanzlinde », tilleul de la danse, a décroché l’appellation « arbre remarquable de France » décernée par l’association A.R.B.R.E.S. Photo : L’Alsace – Dom Poirier

Planté en 1313, le « Tanzlinde », tilleul de la danse, a décroché l’appellation « arbre remarquable de France » décernée par l’association A.R.B.R.E.S. Photo : L’Alsace – Dom Poirier

L’association A.R.B.R.E.S (acronyme d’Arbres remarquables, bilan, recherche, étude et sauvegarde) poursuit sa tournée de labellisation des arbres remarquables dans la région. Deux nouveaux spécimens ont été distingués ces derniers jours dans le Haut-Rhin.

À Bergheim, l’association a officiellement décerné mercredi l’appellation « arbre remarquable de France » au plus vieil arbre du Haut-Rhin, un tilleul planté au cœur du village en 1313. Haut de 17 m, avec 6,30 m de circonférence, le « Tanzlinde » en impose. Abîmé en 1917 par des occupants allemands qui y faisaient un barbecue, il résiste au temps avec l’aide d’une béquille. Et après sept siècles, en bonne santé générale, il produit encore des fruits.

L’an dernier, le « Tanzlinde » de Bergheim avait été classé deuxième au concours national des plus beaux arbres de France, le premier étant situé en Martinique.

Le grand mélèze de Durmenach a 233 ans, 40 mètres de haut et 3,90 mètres de circonférence. PHOTO DNA - Noelle BLIND-GANDER

Le grand mélèze de Durmenach a 233 ans, 40 mètres de haut et 3,90 mètres de circonférence. PHOTO DNA - Noelle BLIND-GANDER

À Durmenach, c’est avec beaucoup d’émotion et de fierté que la commune sundgauvienne a accueilli hier la délégation de l’association pour la remise du label « ensemble arboré remarquable », diplôme remis par le président Georges Fetermann. Ce label atteste de la volonté de la commune de préserver et de valoriser les derniers spécimens des mélèzes introduits en 1784 par le baron Reuttner de Weyl. Il en reste une soixantaine de nos jours, tous parfaitement sains, contre 381 dénombrés au début du siècle dernier, en 1923.

L’histoire de cette forêt du Kuhwald est riche de nombreuses péripéties et l’attachement de la population à ces arbres est réel. Cette année, environ 60 hectares de cette forêt vont être classés en espace naturel sensible par le Département du Haut-Rhin, induisant, en partenariat avec l’ONF, une gestion particulière plus axée sur la préservation que sur la production. L’objectif, entre autres, est de faire revenir les myrtilles au pied des géants.

DNA (30/06/2017)

Marmoutier - Environnement

Remarquables cormiers

Marmoutier dispose sur son ban d’une variété d’arbres dont la rareté le dispute à l’originalité. Il s’agit du cormier. Une mission du conseil départemental est venue se rendre compte, avec un groupe de l’association ARBRES.

Les visiteurs tiennent tous sous sa ramée. Photo : DNA

Les visiteurs tiennent tous sous sa ramée. Photo : DNA

Jean Braud, président des propriétaires forestiers des Vosges du Nord et forestier à la retraite, et le maire de Marmoutier Jean-Claude Weil recevaient une délégation du conseil départemental chargée de répertorier les arbres remarquables du Bas-Rhin. S’était joint un groupe de l’association ARBRES originaire de la région parisienne, qui parcourt depuis quelques jours la région à la recherche de spécimens remarquables (lire DNA de mardi).

36 sur le ban de Marmoutier

Le cormier de Marmoutier est une essence d’origine méditerranéenne. Il vivait d’abord sur tout le pourtour du bassin et fut dispersé au temps de l’empire romain dans toute l’Europe. Jean Braud en a répertorié 36 individus sur le ban de Marmoutier. 22 ont un diamètre supérieur à 50 cm, représentant un âge de deux siècles environ, et trois sont remarquables par leur taille (d’1,10 mètre à 1,25 mètre), leur âge (trois siècles) ou leur majesté (plus de 15 mètres de haut).

La particulière dureté de son bois aux fibres serrées et denses (plus que le chêne) rendait cette essence apte à une utilisation en lithographie par les moines, ainsi qu’à la réalisation de sabots ou d’outils. Ce sont d’ailleurs les raisons de sa forte présence locale.

Menacé de disparition

Menacé de disparition, le cormier fait l’objet d’un programme de préservation de l’autre côté du Rhin. La mission que s’est fixée l’équipe du conseil départemental, composée d’Emmanuelle Planchon, Valérie Meyer et Wesley Renaudin, présents sur les lieux mardi matin, est de « faire connaître pour mieux protéger les arbres en milieu champêtre et sensibiliser les propriétaires, les communes et les scolaires en incluant ces spécimens rares sur des itinéraires de randonnées ». La mission est en cours de réalisation et les amis de l’association ARBRES, ensuite repartis rencontrer d’autres géants de nos forêts, en ont été les témoins.

DNA/P.Br. (29/06/2017)

C’est le plus vieux cormier de la colonie, son tronc a dû être cerclé de fer. Photo : DNA

C’est le plus vieux cormier de la colonie, son tronc a dû être cerclé de fer. Photo : DNA

Le cormier produit des fruits, les cormes. Photo : DNA

Le cormier produit des fruits, les cormes. Photo : DNA

Une allée de platanes, « monument écologique »

Mardi, une délégation d’une quarantaine de personnes de l’Association parisienne arbres-bilan-recherche-étude-sauvegarde (ARBRES) était à Benfeld. Ils ont officialisé, par la remise d’un diplôme, la labellisation à l’échelle nationale de l’allée de 49 platanes qui bordent le Muhlbach entre les communes de Benfeld et Huttenheim

Le président Fetermann (à gauche)remet le label aux maires des deux communes, en présence de Bernard Geiler (en retrait) Photo : DNA

Le président Fetermann (à gauche)remet le label aux maires des deux communes, en présence de Bernard Geiler (en retrait) Photo : DNA

Cette distinction fait suite à l’inventaire produit par le département du Bas-Rhin, représenté par Emmanuelle Planchon.

Il y a quelques mois, elle a proposé à la labellisation les 49 platanes qui bordent le Muhlbach entre Benfeld et Huttenheim à l’association parisienne. Cette dernière a validé cette demande de classement au titre d’arbres remarquables du fait de leur dimension, 13 m de haut, de leur âge avancé, plus de 200 ans et de leur forme particulière. Sans oublier leur impact paysager exceptionnel.

À leur arrivée, les adhérents de l’association ARBRES ont pris le temps de se promener le long du cours d’eau et de découvrir ce bel « alignement de platanes assez exceptionnel. Ces très vieux arbres servent aussi de réservoir biologique à beaucoup d’oiseaux et d’insectes qui vivent à l’intérieur, indique Georges Fetermann, président de l’association parisienne. Nous sommes en présence d’un monument écologique, qui me plaît pour sa longueur et son esthétique. »

Après la prise de photos et quelques échanges à l’ombre des arbres séculaires, adhérents et élus se sont retrouvés à deux pas de là, au club de billard, autour du verre de l’amitié. Le maire de Benfeld a salué cette classification, « elle permet de nous faire prendre conscience de notre patrimoine naturel ». Et le premier magistrat benfeldois de souligner l’importance de ces « vieilles dames » qui auraient « beaucoup de choses à nous raconter si elles pouvaient parler ». Il n’a pas manqué de rappeler que ce lieu était lié à l’histoire économique locale, allusion faite aux ouvriers de Benfeld qui empruntaient jadis cette allée pour se rendre sur leur lieu de travail : les filatures de Huttenheim.

Un point que n’a pas manqué de développer le maire de cette commune, Jean-Jacques Breitel. « En 1856, l’entreprise textile occupait 1 600 ouvriers qui empruntaient cette allée. Il s’agit d’un des plus anciens cheminements piétons du secteur, apparu pour la première fois dans les plans anciens à partir de 1838, et qui s’appelait à l’époque chemin de Huttenheim à Benfeld. »

Après crises et conflits sociaux, toute activité industrielle a cessé en 1962. Le site a été racheté en 1968 par Robert Geiler. Son fils Bernard, l’actuel propriétaire, s’affichant comme un « passeur de guet » souhaite faire don à la commune de plusieurs terrains, dont cette allée de platanes. « La plus belle façon de transmettre ce témoignage du passé, c’était de le remettre aux élus de façon à ce que ce soit vraiment un lieu pour tous ceux qui habitent ici, indique Bernard Geiler, très ému. À terme, j’aimerais que ce lieu soit égayé par quelques bancs, par quelques événements qui permettent aux gens, tout en restant dans un contexte naturel, d’y trouver un moment de paix, de silence, pour admirer la création. »

DNA/B. L. (02/07/2017)

49 platanes bordent le Muhlbach entre Benfeld et Huttenheim, pour le bonheur des promeneurs, amoureux et sportifs. Photo : DNA

49 platanes bordent le Muhlbach entre Benfeld et Huttenheim, pour le bonheur des promeneurs, amoureux et sportifs. Photo : DNA

Daubensand : un poirier remarquable plus que centenaire

L’association ARBRES est également passée par la commune de Daubensand. Le poirier de l’Obenheimoise Danièle Amiot a été classé arbre remarquable de France. Il est l’un des deux poiriers figurant dans la catégorie « Très exceptionnelle d’intérêt européen ».

L’arbre de Danielle Amiot est l’un des deux poiriers figurant dans la catégorie « Très exceptionnelle d’intérêt européen ». Photo : DNA

L’arbre de Danielle Amiot est l’un des deux poiriers figurant dans la catégorie « Très exceptionnelle d’intérêt européen ». Photo : DNA

Ce Pyrus Pyraster se dresse fièrement en pleine campagne en compagnie d’autres arbres fruitiers qu’il domine majestueusement. Ce « Winnbera-Baum » ou poires à jus culmine à 19 m et présente une circonférence de 2,67 m à 1,50 m du sol. Sis sur le ban de la commune de Daubensand au lieu-dit Eichenfeld, il est la propriété de Danièle Amiot, fille de Gilbert et Clodette Bronn, tous habitants d’Obenheim.

Le 27 juin, une délégation forte de 37 personnes de l’association Association arbres-bilan-recherche-étude-sauvegarde (ARBRES) est venue admirer le spécimen daubensandois. Le but de cette structure dont le siège se situe à Paris ? Recenser et préserver tous les arbres exceptionnels de France.

Emmanuelle Planchon du conseil départemental a guidé la délégation. Elle a mené ses membres cinq jours durant à travers tout le Bas-Rhin. L’inventaire départemental recensant plus de plus de 500 arbres, dont ce superbe poirier.

C’est au pied de ce géant que la délégation nationale s’est retrouvée pour remettre le diplôme « Arbre remarquable de France » à Danièle Amiot. Le président de l’association Georges Fetermann a remis cette distinction à la propriétaire. Il a précisé que l’arbre de Daubensand était classé dans la catégorie « Très exceptionnelle d’intérêt européen ». Seuls deux poiriers figurent dans cette catégorie bien que ses fruits à jus n’aient pas d’intérêt gustatif.

Danièle Amiot dans son mot d’accueil l’a précisé : cet arbre vénérable est inscrit dans la mémoire de la famille. Son âge ? Plus de cent ans ! Même beaucoup plus pour certaines personnes. Tous disent qu’ils l’ont toujours connu avec la taille actuelle. Il a résisté aux guerres, aux intempéries, et même à la hache de certains bûcherons qui rêvaient de le transformer en meuble.

DNA/R. CH. (02/07/2017)

Danielle Amiot, à sa droite, le président de l’association ARBRES, Georges Fetermann, à sa gauche le vice-président Maxime Fauquier. Photo : DNA

Danielle Amiot, à sa droite, le président de l’association ARBRES, Georges Fetermann, à sa gauche le vice-président Maxime Fauquier. Photo : DNA

Publié dans Environnement

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