La cascade de la Serva

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Le petit ruisseau de la Serva prend sa source dans les chaumes du Champ du Feu à un peu plus de 1 000 m d’altitude. En un peu plus de 4 km, son cours va perdre 500 m d’altitude pour se jeter dans la Rothaine à la Haute-Goutte. La Rothaine rejoint ensuite la Bruche à Rothau…

La cascade de la Serva

La Serva dévale un petit ravin en formant plusieurs chutes d’eau de plus d’une dizaine de mètres de hauteur. Le ravin, recouvert de sapins, est un lieu très bucolique qui parvient très bien à faire oublier l’indescriptible horreur qui s’est déroulée sur le versant opposé : en face se trouve en effet le camp de concentration du Struthof, le seul que les nazis implantèrent en France !

Photos : JLS (Cliquez pour agrandir)Photos : JLS (Cliquez pour agrandir)
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Cette jolie cascade possède également deux légendes. L’une nous parle de la Demoiselle de la Serva et l’autre d’un déserteur.

 

La Demoiselle de la Serva serait une fée des eaux qui veillerait sur les eaux issues du Champ du Feu. Lorsque le vent du nord hurle sur les sommets, l’on raconte dans les chaumières que c’est la fée qui est en colère, car les hommes ne respectent pas la nature. Ceux qui ont eu la chance de la voir dans les reflets de la cascade racontent que ses yeux sont limpides comme l’eau, que sa chevelure est verte, soyeuse et lisse comme les herbes du fond du ruisseau, que sa peau est fraiche comme la rosée, que sa robe est tissée avec les écailles argentées des poissons et que son sourire est enchanteur comme le premier rayon de soleil du matin. Un jour, un jeune homme construisit sa cabane près de la cascade pour être au plus près de la fée dont il était amoureux. Tous les soirs, il passait près de l’eau en ramassant du bois et s’asseyait sur un rocher pour lui parler puis il rentrait chez lui et rêvait de sa fée. Cela dura de nombreuses années. Le soir de sa quarante et unième année, alors qu’il était assis sur son rocher, il entendit son nom. Un visage lui apparut dans l’eau. Le paysage se transforma et le temps se figea. La fée était là et lui tendit un bouquet de bleuets. Elle lui dit que chaque fleur de ce bouquet représente l’un de ses vœux et qu’il suffit qu’il pose son regard sur eux pour qu’ils se réalisent. Il prit les fleurs, les serra contre lui et les regarda. À cet instant, chaque fleur se transforma en pièces d’argent tombant à terre. Il regarda alors la fée qui se mit à pleurer avant de disparaitre à jamais en laissant derrière elle un torrent tumultueux. Le jeune homme réalisa que tous ses beaux rêves s’étaient transformés en rêves d’argent. Il se sentait bien seul et sut que, désormais, il n’aurait plus de belle à attendre. Il revint le lendemain pour un dernier adieu et trouva un bouquet de bleuets près d’un arbre.

 

Près de la cascade se trouve la grotte du déserteur.

La légende qui s’y rapporte est récente. Elle parle d’une jeune fille, Louise, et de son amoureux, Jean. Louise était la fille unique de fermiers de la Haute-Goutte qui étaient fiers d’avoir une fille si belle et si travailleuse. Jean était son amoureux depuis l’enfance. Ils se retrouvaient tous les soirs à la veillée. L’histoire se passe sous l’empire napoléonien et, à l’époque, les jeunes hommes étaient soumis à un tirage au sort qui décidait de leur enrôlement dans l’armée pour le service militaire. Le sort ne fut pas clément pour Jean qui dut aller en garnison à Strasbourg. Lambert, fils oisif d’un riche personnage du pays, en profita pour faire la cour à la belle Louise. Il avait décidé d’en faire sa femme. Devant ses refus, Lambert lui annonça que Jean avait été blessé et gravement mutilé à la guerre et par conséquent qu’elle devait oublier cet estropié. Louise ne voulait pas croire un tel malheur. Elle chargea un ami d’aller chercher son Jean à Strasbourg. Cet ami amena Jean, qui était en parfaite santé, et démontra l’odieuse machination de Lambert qui fut chassé par les villageois. Lors de son retour à sa garnison, Jean fut attaqué par des brigands à la solde de Lambert et laissé pour mort. Il fut découvert deux jours plus tard par un passant qui le ramena à la Haute-Goutte. Jean ayant disparu de sa caserne sans autorisation fut considéré comme déserteur. On le cacha alors dans la grotte pour le soigner. Ayant retrouvé la santé, il se rendait tous les soirs à la maison de Louise. C’est là qu’il fut découvert, arrêté puis jeté en prison à Strasbourg. Louise chercha à le faire innocenter, mais en vain. Le pasteur Oberlin lui conseilla alors d’aller trouver la fiancée de l’empereur, Marie Louise d’Autriche, lors de son passage à Strasbourg durant le voyage qui l’amenait à Paris pour son mariage. Lors de la cérémonie d’accueil en France de la princesse, Louise se jeta à ses pieds. Émue par ce grand désespoir, la princesse défendit sa cause. Jean fut reconnu innocent et fut libéré. Il épousa Louise et ils vécurent heureux à la Haute-Goutte. Quant à Lambert, nul ne sait ce qu’il est devenu…

Publié dans Balades

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ddelsass 17/07/2017 22:26

Bonjour Jean Louis, je suis ravie d' avoir pris connaissance des deux légendes! Merci!