L’Indien au fond du jardin

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Depuis quelques années, les habitants de Marmoutier ont pu remarquer que chaque été se dressaient d’imposants tipis au fond du jardin de leur voisin Francis Guckholz. Rencontre avec ce passionné qui n’a jamais cessé de jouer aux Indiens.

Francis Guckholz explique aux enfants l’histoire du peuple Lakota. Photo : DNA - JS

Francis Guckholz explique aux enfants l’histoire du peuple Lakota. Photo : DNA - JS

Amoureux depuis l’enfance de la culture amérindienne, Francis Guckholz, originaire de Gottenhouse, et son épouse Barbara, tous deux retraités, apprécient de pouvoir partager avec petits et grands leur engouement pour la tribu Lakota. Avec le retour de l’été, leur jardin a d’ailleurs pris des airs de grandes plaines. Et c’est là que ce couple de passionné a fait découvrir cette semaine l’histoire de ce peuple aux écoliers de Marmoutier. Tipis, monument en l’honneur des hommes morts à la chasse au bison ou encore travois (le traîneau utilisé par les Amérindiens), le terrain ressemble à un musée à ciel ouvert.

Mardi après-midi, c’était au tour de la classe de CE1 d’être accueillie par Francis, de son nom indien Lakota Cante Yuha (qui possède un esprit, un cœur rouge), en costume de cérémonie.

Qui possède un esprit, un cœur rouge

Avec son imposante coiffe en bison et sa tunique brodée de perles, il n’a pas manqué d’intriguer son jeune public. Les enfants se sont pressés devant l’un des trois tipis, impatients de découvrir les secrets qu’il renferme. À l’intérieur, tentures, fourrures, malles et objets de cérémonie donnaient un cadre parfait aux histoires de celui qui se qualifie « d’homme médecine » – un médecin dans une tribu amérindienne –, qu’ils ont attentivement écouté. La légende sur l’origine du capteur de rêve a notamment passionné la troupe.

Cette journée a aussi été l’occasion d’apprendre comment vivaient les tribus amérindiennes, en se concentrant sur la fin du XIXe siècle, moment de leur arrivée dans les réserves. Le rôle des hommes était principalement de chasser le bison, élément central de la vie des Indiens. L’intégralité du bovidé avait son utilité : sa viande, sa peau et même ses os. « Il leur servait à la fois à se nourrir mais aussi à se vêtir, à confectionner des armes comme le tomahawk, des tambours ou encore des bijoux », explique Francis. « Cet animal était honoré lors de grandes fêtes où danses et chants étaient de mise », poursuit-il. Les femmes, quant à elles, s’occupaient de l’habillement et passaient de longues heures à broder des perles sur les vêtements.

Un gilet dont le perlage a demandé quatre mois de travail. Photo : DNA - Redaction Saverne

Un gilet dont le perlage a demandé quatre mois de travail. Photo : DNA - Redaction Saverne

« J’ai toujours aimé jouer aux Indiens »

Le couple Guckholz est toujours ravi de pouvoir partager cet univers. « Cela nous permet de faire connaître cette culture et de chasser les idées reçues comme le calumet de la paix dans les films de John Wayne », souligne Francis. Pour lui, cette passion a commencé dès l’enfance : « J’ai toujours aimé jouer aux Indiens et Crazy Horse était mon héros. Je me souviens encore du premier tipi que mon père m’avait construit quand j’avais 7 ans, à quelques kilomètres d’ici », raconte-il avec un brin de nostalgie.

Mais depuis une vingtaine d’années, ce qui n’était que de simples souvenirs d’enfance s’est mué en véritable hobby pour lui et son épouse Barbara. Ensemble, ils ont parcouru la France et les pays voisins pour participer à des fêtes indiennes. Ils seront d’ailleurs présents lors de la prochaine fête du Pow Wow à Steinbourg.

C’est avec une grande rigueur historique que les époux confectionnent eux-mêmes tenues, accessoires et objets divers. « Cela demande beaucoup de recherches dans les livres mais aussi dans les catalogues de musées, pour reproduire au mieux ce qui se faisait vers 1870 », expose Barbara. Tuniques et mocassins ont été brodés de perles par ses soins, un travail de longue haleine : « Il m’a fallu plusieurs mois pour confectionner certaines tenues en utilisant le point traditionnel, trompeusement nommé point du paresseux », plaisante-t-elle.

Pour Francis, dont le cœur bas au rythme du tambour, il est important de faire perdurer cette culture qui tend à disparaître. « J’ai rencontré des natifs et ils soutiennent ce genre d’initiative », informe-t-il. Pour celles et ceux curieux de découvrir l’histoire de cette tribu amérindienne, l’Indien au fond du jardin sera ravi de partager son savoir.

DNA/Jade Serrano (07/07/2017)

Publié dans Portrait

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