Climat et autres dossiers chauds de Hulot

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Énergie, diesel, pesticides, Notre-Dame-des-Landes… La feuille de route du ministre écolo est dense, et son chemin semé d’embûches. Il devra peser de tout son poids pour déminer les obstacles.

Nicolas Hulot détaille aujourd’hui les mesures de la France pour lutter contre le réchauffement climatique. Photo AFP

Nicolas Hulot détaille aujourd’hui les mesures de la France pour lutter contre le réchauffement climatique. Photo AFP

Des paroles aux actes. Après la promesse de nouvelles ambitions en matière de climat, Nicolas Hulot dévoile aujourd’hui la feuille de route du gouvernement. Un des nombreux dossiers sur le bureau de l’ancien militant devenu ministre de la Transition écologique.

Climat : on accélère, on taxe

Nicolas Hulot met la barre très haut. L’objectif n’est rien moins que de « parvenir à la neutralité carbone en 2050. » Concrètement, cela ne signifie pas que la France n’en émettra plus du tout à cette date, mais qu’elle compensera toutes ses émissions. Le calendrier est plus rapide que celui prévu par l’Accord de Paris signé à la COP21, et va plus loin que la loi sur la Transition énergétique. Pour y parvenir, le gouvernement n’accordera pas de nouveaux permis d’exploration d’hydrocarbures. Autre levier : la taxe carbone (ou contribution

énergie-climat introduite en 2014) que le gouvernement souhaite augmenter. Le principe : taxer les énergies fossiles pour dissuader de les utiliser.

À la veille du G20 où les pays les plus puissants de la planète vont devoir accorder leurs violons après le retrait américain de l’Accord de Paris, la France veut se poser en leader sur les questions climatiques.

Pollution : haro sur le diesel

Sur le diesel, Édouard Philippe, le Premier ministre, a annoncé mardi une convergence de la taxation « diesel essence » avant la fin de la mandature. Les contrôles devraient être plus stricts.

C’est une question de santé environnementale. Selon l’agence Santé Publique France, la pollution aux particules entraîne 48 000 morts prématurées par an en France, soit 9 % de l’ensemble des décès.

Énergie : plus flou

Le nucléaire est un terrain plus flou. Nicolas Hulot est favorable à une diminution ambitieuse de la part du nucléaire. Le Premier ministre n’a pas évoqué cette question dans son discours de politique générale, ni fixé d’objectifs pour le développement des énergies renouvelables.

Pesticides : arbitrages délicats

Concernant les pesticides, les arbitrages sont complexes. Nicolas Hulot a remporté la bataille contre son homologue de l’Agriculture qui souhaitait revenir sur l’interdiction des néonicotinoïdes, pesticides responsables de la diminution des abeilles.

En revanche, sur les perturbateurs endocriniens, la France a pris une position en demi-teinte à Bruxelles (voir encadré).

Alimentation : à long terme

Nicolas Hulot et Stéphane Travert devront s’accorder sur un autre dossier potentiellement explosif : les états généraux de l’alimentation. Ils doivent répondre à un triple défi : permettre aux agriculteurs de vivre de leur travail, proposer des produits de qualité aux consommateurs, et protéger l’environnement. La grande distribution devrait entrer dans la discussion.

Notre-Dame- des-Landes : épineux

La délicate question de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique) va revenir sur le devant de la scène ce week-end avec le rassemblement des opposants à la construction du futur aéroport. Nicolas Hulot est un adversaire du projet, alors que l’ancien Premier ministre voulait le lancement des travaux en octobre dernier.

Le gouvernement s’est donné un peu de répit pour trouver une porte de sortie honorable avec la nomination de trois médiateurs… L’un d’eux avance la piste d’un agrandissement de l’actuel aéroport

DNA/Élodie Bécu (06/07/2017)

 

50 milliards

C’est le montant des investissements publics annoncés mardi par le Premier ministre dans les domaines de la transition écologique, du développement des compétences, de la santé, des transports, de l’agriculture et de la modernisation de l’État.

48 000

C’est le nombre de morts prématurées par an, entraînées par la pollution aux particules, selon l’agence Santé Publique France.

 

Division sur les perturbateurs

Nouvelle réglementation pour les pesticides. Julio PELAEZ

Nouvelle réglementation pour les pesticides. Julio PELAEZ

Après un an de blocage, la France a fini par dire « oui » à la définition des perturbateurs endocriniens proposée par la Commission européenne. Ces critères serviront à bannir du marché européen « toute substance active utilisée dans les pesticides, identifiée comme perturbateur endocrinien pour les personnes ou les animaux ». Les perturbateurs aussi peuvent se retrouver dans les jouets, les peintures, les cosmétiques ou encore les contenants alimentaires (boîtes de conserve…). Cette question devrait être abordée dans un second temps, selon Nicolas Hulot. La France avait jusqu’à présent refusé d’avaliser les critères de la Commission, les jugeant en-dessous des attentes.

Conséquences multiples sur la santé

Elle a changé de position avec le nouveau gouvernement. « Nous avons ouvert une brèche », se justifie Nicolas Hulot. Il met en avant une amélioration du texte par rapport à la version précédente, touchant les perturbateurs endocriniens « présumés » et non plus seulement avérés. « On a gagné une bataille, mais pas la guerre », estime le ministre, regrettant de ne pas avoir pu faire supprimer l’exemption pour les pesticides conçus comme des perturbateurs endocriniens. La France se réserve le droit d’interdire certaines substances sur son territoire, comme la législation européenne le permet. La définition est jugée minimaliste par les associations de défense de l’environnement. « Les critères adoptés ne vont pas permettre le niveau de protection nécessaire pour les citoyens et l’environnement face à l’exposition à ces substances », déplore Michel Dubromel, président de France Nature Environnement.

Ces produits, influant à faible dose sur le système hormonal, peuvent provoquer des cancers, des malformations ou des altérations de la fertilité.

"Le plus dur, affronter le conservatisme et les lobbys"

Delphine Batho Députée PS des Deux-Sèvres

DR

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Que pensez-vous des annonces d’Édouard Philippe en matière d’environnement ?

Au-delà des mesures annoncées, dont certaines sont importantes comme l’interdiction de nouveaux permis d’exploitation d’hydrocarbures, je regrette que l’écologie ne soit évoquée qu’en fin de discours. Il s’agit d’une question centrale pour nos politiques économiques et industrielles, qui méritait mieux qu’un chapitre. Cet enjeu fondamental pour la santé, la biodiversité et la protection du climat n’est pas une question sectorielle et secondaire, mais essentielle.

C’est un mauvais signal pour Nicolas Hulot ?

Cela montre l’ampleur du travail qu’il reste à faire. Nicolas Hulot a une légitimité très forte pour exercer ses nouvelles responsabilités. Je connais sa détermination et sa capacité à faire bouger les lignes. Mais la tâche ne sera pas facile.

Quels sont les obstacles que vous avez dû affronter comme ministre de l’Écologie ?

Il devra affronter le conformisme, le conservatisme et l’absence de culture écologique de « l’énarchie » et de la technostructure,sans compter le poids des lobbys. Dès lors que l’on souhaite protéger la santé publique en s’attaquant aux pesticides, par exemple, ou prendre des décisions en faveur de l’intérêt général à long terme en matière de pollution, par exemple, on se heurte à des multinationales qui sont guidées par leurs profits. Je me garderai bien de donner des conseils à Nicolas Hulot ! Qu’il reste lui-même et veille à impliquer la société civile dans les dossiers pour faire contrepoids aux lobbys.

DNA/Recueilli par Élodie Bécu (06/07/2017)

Et aussi

Les plastiques seront recyclé à 100% en 2025. Julio PELAEZ

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La division par deux des déchets mis en décharge et le recyclage de 100 % des plastiques d’ici à 2025.

Dans les 10 ans, suppression des « passoires thermiques , principales sources de gaspillage énergétique, qui grèvent les budgets des ménages les plus modestes ».

Des assises de la mobilité. « Le temps des très grandes infrastructures de transport doit céder la place à des politiques tournées vers de nouveaux modes de mobilité qui associent les nouvelles technologies, le secteur public comme le secteur privé, les micro- entreprises comme les champions nationaux. »

Écotaxe nouvelle version. Élisabeth Borne , ministre des Transports, qui dépend du périmètre de Nicolas Hulot, envisage de relancer la taxe poids lourds. « Les flux de camions qui transitent par nos territoires doivent eux aussi contribuer au financement de nos infrastructures », plaide la ministre dans Les Échos. Elle ne veut cependant pas relancer l’écotaxe et réfléchit à une façon de faire payer ces poids lourds.

DNA (06 juillet 2017)

Publié dans Environnement

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