Canada : hécatombe incompréhensible de baleines franches de l’Atlantique nord au mois de juin

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Depuis début juin, six corps de baleines franches de l’Atlantique nord ont été signalés à la dérive dans le golfe du Saint-Laurent, sur la côte est du Canada. Un chiffre tragique puisqu’il ne reste aujourd’hui que 500 individus de cette espèce très menacée.

Canada : hécatombe incompréhensible de baleines franches de l’Atlantique nord au mois de juin

Egalement connue sous le nom de baleine noire, la baleine franche de l’Atlantique nord est considérée comme l’un des cétacés les plus menacés au monde. C’est au cours du XIXème siècle que sa chasse a été la plus intensive. La population estimée à 5 000 individus au XVIIème siècle est aujourd’hui passée à 500, faisant de chaque spécimen un individu précieux à la conservation de l’espèce. Son aire de répartition s’étale sur tout le nord de l’Atlantique, mais la majorité de la population vit du côté du Canada et de la Floride où les femelles viennent mettre bas chaque année.

C’est justement au Canada que le drame actuel se joue. Trois corps ont d’abord été repérés dans le golfe du Saint-Laurent, entre le 6 et 19 juin, par des pêcheurs de crabe et confirmés grâce à des survols aériens. Le 22 juin, deux autres carcasses sont signalées puis une sixième suivra le 23. En tout, ce sont donc six corps de baleines qui ont été observés à la dérive entre l’île Miscou et les Île-de-la-Madeleine, une zone peu étendue où une baleine avait déjà été retrouvée morte en 2001. Pourtant, la présence de l’espèce dans le golfe du Saint-Laurent n’est pas si habituelle. En général, ces cétacés sont observés plus au sud, à l’embouchure de la baie de Fundy, à la frontière entre les Etats-Unis et le Canada mais, depuis les années 90, les animaux semblent prendre goût aux eaux du Saint-Laurent et les récits d’observation se multiplient. Les raisons de ce changement de cap ne sont pas encore connues mais les scientifiques s’accordent à dire que les baleines seraient attirées par la nourriture, et plus particulièrement par le zooplancton et le krill qu’elles trouveraient en nombre dans ces eaux.

La présence de l’espèce dans le golfe du Saint-Laurent n’est pas si habituelle. En général, ces cétacés sont observés plus au sud, à la frontière entre les Etats-Unis et le Canada.

La présence de l’espèce dans le golfe du Saint-Laurent n’est pas si habituelle. En général, ces cétacés sont observés plus au sud, à la frontière entre les Etats-Unis et le Canada.

A l’heure où cet article est écrit, les causes du décès des six baleines ne sont pas encore connues car les corps, observés en mer par des scientifiques, ne portent pas de traces évidentes de collision avec un navire ou d’éventuelles blessures liées à des engins de pêche, les deux causes les plus courantes de mortalité de ces baleines. Pour résoudre le mystère, il faudra procéder à une autopsie, appelée nécropsie pour les animaux, mais l’exercice n’est pas si simple : le corps d’un ou plusieurs cétacés doit être rapatrié jusqu’à la côte, mais il peut se disloquer et couler à n’importe quel moment de l’opération. Des prélèvements ont d’ores et déjà pu être effectués sur deux des dépouilles.

En revanche, ce qui semble malheureusement certain, c’est qu’il y a au moins deux femelles parmi ces six baleines. Un facteur aggravant pour l’espèce car d’après Tonya Wimmer, responsable de l’organisation Marine Animal Response Society : « les femelles peuvent donner naissance de 5 à 10 fois durant leur vie », autant de petits qui ne verront jamais le jour.

Comme l’indique le média cbc.ca, ces six spécimens morts sont une grande perte pour l’espèce : « les baleines mortes représentent un peu plus d’1 % de l’espèce. Si 1 % des humains devaient mourir, ce serait plus de 75 millions de personnes. »

Par Cécile Arnoud (28 juin 2017)

Publié dans Environnement, Animaux

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