Un totem dans l’arboretum

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Une œuvre d’art originale s’est glissée au milieu de l’arboretum du jardin botanique de Saverne. Elle a été réalisée à partir d’un arbre mort qui connaît ainsi une deuxième vie. Sur une idée du jardinier Pierre Meppiel.

Un impressionnant échafaudage mis en place pour Denis Viprey, le sculpteur bénévole. Document remis

Un impressionnant échafaudage mis en place pour Denis Viprey, le sculpteur bénévole. Document remis

L’histoire de ce totem n’est pas banale. Et c’est Pierre Meppiel, responsable de l’entretien du jardin botanique de Saverne qui la raconte le mieux. Un témoignage d’autant plus aisé qu’il est à l’origine de ce projet. « L’arbre qui a servi de base pour le totem est un abies cilicica, de la famille des conifères. C’était un monument de l’arboretum avec ses 27 mètres de haut. Et il est mort en trois semaines, l’hiver dernier, victime d’un stress hydrique causé par un manque d’eau persistant », explique ce jardinier passionné.

Ressusciter un monument

Âgé d’environ 80 ans, sans doute implanté à la création du jardin botanique en 1931, cet arbre était « un vrai monument, une cathédrale au milieu de l’arboretum bien fourni en arbres remarquables, parmi les plus beaux de France. » Et lorsqu’il a fallu l’abattre, Pierre Meppiel a eu l’idée de le « ressusciter » en le transformant en totem. Une nouvelle vie envisageable puisqu’il n’était pas mort de maladie, mais juste de soif… Intéressé par la culture amérindienne, sans pour autant lui donner la même signification que les poteaux de bois construits outre-Atlantique, Pierre Meppiel s’est inspiré d’une statuette qu’un proche a ramenée du Canada.

« L’idée du totem a été validée par notre association et les financeurs du poste de jardinier, soit la Ville de Saverne et l’Université de Strasbourg par le biais de son jardin botanique. C’est une excellente initiative, avec un bois de qualité, un atout supplémentaire pour nos visiteurs », se réjouit la présidente des Amis du jardin botanique de Saverne, Danièle Luttenschlager.

« Une pièce que l’on voit rarement en France »

Le tronc a donc été réduit de 27 à 6 mètres de haut. Des rondins de cet abies cilicica, une espèce plutôt rare, seront conservés dans une xylothèque. Derrière le totem repose une partie du tronc mort pour permettre aux visiteurs de se rendre compte de sa taille. « Il est déjà “habité” par des insectes et des champignons », note le jardinier. Pour donner vie à son projet, Pierre Meppiel est parti à la recherche de quelqu’un capable de réaliser une telle œuvre. C’est ainsi qu’il a sollicité Denis Viprey, formateur en botanique à la retraite. « La sculpture sur bois à la tronçonneuse est un de mes passe-temps. Mais je n’en avais jamais réalisé une aussi importante, c’est une pièce que l’on voit rarement en France. La sculpture était difficile à réaliser surtout en hauteur, pour le sujet de tête », souligne Denis Viprey qui est intervenu bénévolement.

Un totem de six mètres de haut sculpté à la tronçonneuse. Photo : DNA - S.G.

Un totem de six mètres de haut sculpté à la tronçonneuse. Photo : DNA - S.G.

« Les services techniques de la Ville de Saverne ont mis à ma disposition le matériel nécessaire, les tronçonneuses et l’échafaudage. J’ai travaillé pendant deux jours d’affilée et suis revenu pour le terminer lors d’une troisième journée », ajoute le sculpteur amateur. La touche finale, une lasure, a été apportée par Pierre Meppiel qui, au passage, a perdu sa statuette qui a servi de modèle. « Elle était en pierre et Denis l’a fait tomber », relate-t-il avec humour, sans la moindre rancune et admiratif devant le résultat.

Une peluche comme modèle

« Le totem représente quatre personnages. Au sommet, un aigle qui symbolise les buses. En dessous, on y voit un corbeau, autre animal symbolique de la région. Puis un tiki, une sorte de divinité protectrice à représentation humaine », commente Pierre Meppiel. Quant au dernier personnage, en bas du totem, il représente un écureuil. « C’est une peluche qui a servi de modèle », précise amusé Pierre. Toujours à propos de ce sympathique rongeur, le jardinier raconte : « Lorsque j’ai lasuré le totem, pendant le week-end de l’Ascension, un couple d’écureuil m’a observé attentivement. » Sans doute se sont-ils reconnus dans la sculpture…

DNA/Simone Giedinger (14/06/2017)

Un totem dans l’arboretum

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