Sur les traces de l’orchidée

Publié le par Jean-Louis Schmitt

C’est la saison des orchidées sauvages en Alsace. Une trentaine d’espèces différentes de ces fleurs peu courantes et fragiles poussent dans la région, et notamment dans le secteur de Saverne où elles s’épanouissent dans des zones protégées.

Bernard Koch partage ses connaissances sur l’orchidée lors de sorties thématiques. Photo : DNA - Guillaume ERCKERT

Bernard Koch partage ses connaissances sur l’orchidée lors de sorties thématiques. Photo : DNA - Guillaume ERCKERT

C’est un sanctuaire. Un lieu préservé du passage de promeneurs peu scrupuleux, de cyclistes ou motocyclistes peu regardants et de l’agitation. Un endroit hors des sentiers de balade, volontairement tenu secret par les passionnés d’orchidées sauvages pour protéger un temps soit peu cette « fleur peu courante en Alsace », confie Bernard Koch.

En cette fin du mois de mai, en pleine période de floraison, cet orchidophile amateur foule en spécialiste la prairie d’une parcelle protégée du Conservatoire des sites alsaciens (CSA), quelque part sur les flancs d’une colline sous-vosgienne calcaire de la région savernoise, pour admirer les pétales colorés s’élever au-dessus d’une végétation dense et encore sauvage.

Une trentaine d’espèces répertoriée en Alsace

Là, tapies dans quelques centaines de mètres carrés de verdure, huit variétés d’orchidées sauvages – parmi la trentaine répertoriée dans une vingtaine de sites alsaciens par Bernard Koch – apparaissent à l’œil expert du guide. Toutes avec leurs spécificités, leurs histoires et les formes complexes de leurs fleurs.

Nul besoin de s’enfoncer bien loin dans l’herbe pour croiser une orchis militaris (ou orchidée militaire). Reconnaissable à ses trois pétales blancs et mauves qui se replient vers l’avant pour former ce qui s’apparente à un casque, elle constitue l’espèce la plus répandue dans la région.

L’ophrys bourdon est une espèce d’orchidée assez rare dans la région de Saverne. Photo : DNA - Guillaume ERCKERT

L’ophrys bourdon est une espèce d’orchidée assez rare dans la région de Saverne. Photo : DNA - Guillaume ERCKERT

Dans la région de Saverne, elle côtoie l’orchis purpurea (orchidée pourpre), la listera ovata (listère à deux feuilles ou grande listère) ou l’aceras anthropophorum (homme pendu). Les pétales et le label de cette dernière forment les contours d’un être que l’on imagine pendu par la tête. Pour l’observer, mieux vaut être attentif car avec sa couleur verdâtre striée de rouge « elle passe inaperçue », commente Bernard Koch, qui n’hésite pas à partager ses connaissances avec de petits groupes d’une quinzaine de personnes lors de sorties thématiques dans la nature ou au jardin botanique de Saverne.

D’autres sont plus rares ou plus étranges. Dans la région de Saverne, il n’est ainsi pas rare de trouver une orchis bouc (himantoglossum hircinum), une fleur à l’odeur si forte qu’elle rappelle les phéromones émises par l’animal à cornes. Un phénomène plutôt courant. Certaines orchidées « émettent des hormones pour attirer les insectes », glisse l’orchidophile amateur, ancien pharmacien passionné de plantes et de champignons.

Les promeneurs en quête d’orchidées observent régulièrement des ophrys fuciflora ou holoserica (ophrys frelon) ou des ophrys insectifera (ophrys mouche), des orchidées dont le label épouse les formes de ces insectes. La ressemblance s’avère parfois trompeuse.

L’orchis militaris (ou orchidée militaire) est reconnaissable à ses trois pétales qui se replient vers l’avant pour former un casque. Photo : DNA - Guillaume ERCKERT

L’orchis militaris (ou orchidée militaire) est reconnaissable à ses trois pétales qui se replient vers l’avant pour former un casque. Photo : DNA - Guillaume ERCKERT

Ne pas les cueillir

Belles et pleines de particularités, les orchidées poussent sur des terres non polluées et des prairies sans engrais. Inutile d’en déterrer une pour la replanter dans son jardin. « Elle ne poussera jamais », insiste Bernard Koch. « L’orchidée est une fleur fragile, avec un mode de reproduction particulier et qui ne pousse pas partout. Il lui faut un certain type de sol bien particulier, comme ici le calcaire. La graine de l’orchidée se nourrit également de micro champignons présents dans le sol », poursuit-il. Sa rareté et sa fragilité en font une fleur à protéger.

DNA/Guillaume Erckert (04/06/2017)

 

Les trésors des jardins

 

En amont de la manifestation Trésors de jardins, qui aura lieu aujourd'hui et demain dans les jardins savernois, le jardin botanique accueillait dès jeudi soir Elisabeth Kempf pour une découverte des stars du lieu : les orchidées.

Elisabeth Kemf a impressionné par son savoir dans les allées du jardin botanique.

Elisabeth Kemf a impressionné par son savoir dans les allées du jardin botanique.

Le jardin botanique de Saverne du col de Saverne ouvrait ses portes jeudi soir pour une visite vespérale du monde végétal. La perspective d'odeurs, d'ambiances et de sensations particulières a attiré une trentaine de visiteurs de tous âges.

 

Des plus discrètes aux plus spectaculaires

Accueillis par Elisabeth Kempf, le guide du soir, ils ont parcouru durant près de deux heures les allées qui serpentent entre les biotopes reconstitués et les prairies naturelles. Avec près de trois hectares de superficie et environ 2000 espèces à découvrir, le jardin est marqué par ses « stars » végétales : les orchidées.

Présentes en nombres, des plus discrètes aux plus spectaculaires (sabot de Vénus), elles sont indigènes ou étrangères, venant du Canada ou d'Asie. L'OEnanthe safranée, la tueuse, dont l'intoxication est une urgence médicale.

Il y a aussi le Wollemia Nobilis, présent en un seul exemplaire sur le site tant il est rare. Elisabeth Kempf conte avec verve l'histoire de cette vedette. De la famille des araucariacées, il est identifié en 1994 dans les canyons gréseux du parc de Wollemi, au nord de Sydney, par David Noble. Cette espèce, dont la population compte moins d'une centaine de sujets et que les scientifiques croyaient disparu depuis deux millions d'années, est donc présente au jardin.

Dans un autre registre végétal, un abies de Cilicie, haut de 26 mètres et mort de sécheresse, revit désormais sous la forme d'un totem à l'emblème de l'écureuil. Haut de près de 10 mètres, il a été taillé et sculpté dans son bois mort par le bisontin Denis Viprey.

Les plantes carnivores impressionnent aussi le public tant leur piège est fascinant et élaboré. Les visiteurs ont été récompensés par un verre de sirop naturel de thym fait maison par le guide. Cette visite vespérale sera reprogrammée les 15 et 29 juin ainsi que le 20 juillet. Une expérience incontournable tant le jardin gagne en extraordinaire à la tombée du jour.

DNA/P.Br. (4 juin 2017)

 

 

Trésors de jardins, aujourd'hui et lundi, de 10h à 18h, dans les jardins savernois. www.saverne.fr

 

Publié dans Faune-Flore

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