Prises de bec à la SPA

Publié le par Jean-Louis Schmitt

La succession d’Alfred Gebhart à la tête de la SPA de Strasbourg se déroule non sans heurts : lors d’une récente assemblée générale, le conseil d’administration a été entièrement renouvelé. L’ancienne équipe dénonce « un putsch ».

Les nouveaux membres de l’association ont principalement été recrutés parmi les bénévoles qui promènent les chiens. Photo : archives DNA – Laurent Réa

Les nouveaux membres de l’association ont principalement été recrutés parmi les bénévoles qui promènent les chiens. Photo : archives DNA – Laurent Réa

Sa décision était prise. A l’issue de quatorze années de présidence de la SPA de Strasbourg, précédées de trois ans en tant que trésorier, Alfred Gebhart aspirait à une « vraie » retraite [lire ci-dessous] et ne souhaitait plus être membre du conseil d’administration de l’association. Il soutenait Michèle Meyer qui, forte de son expérience en tant que vice-présidente, désirait prendre la suite. Christiane Leibreich et Marianne Gautier, deux autres membres de l’équipe dirigeante, avaient décidé de la suivre. Mais, lors de l’assemblée générale du 12 mai dernier, les choses ne se sont pas du tout déroulées comme prévu. Les amis des animaux, semble-t-il, sont parfois comme chien et chat.

« C’est un véritable putsch »

« Peuvent participer à l’élection du conseil d’administration, les personnes membres de l’association depuis au moins trois mois. Il y en a à chaque assemblée générale. Mais, cette fois-ci, leur nombre avait plus que triplé et beaucoup, absents, avaient donné procuration à l’équipe qui a finalement été élue. C’est un véritable putsch car, selon nos statuts, ces procurations sont à remettre au président qui, ensuite, les distribue. Là, il n’en avait reçu que douze », dénonce Michèle Meyer.

La pilule a d’autant plus de mal à passer que l’éviction de l’ancienne équipe dirigeante a été précédée, selon l’ex-vice-présidente, « d’une campagne calomnieuse faite à grande échelle à l’encontre des anciens administrateurs ». En clair, sur les réseaux sociaux, d’autres bénévoles de la SPA les ont accusés de « ne pas aimer les animaux », voire « de venir à la SPA par intérêt », ce qui a pu influencer certains votes.

Le précédent renouvellement du conseil d’administration, en mai 2014, avait déjà révélé des tensions au sein de l’association : trois membres, qui avaient dénoncé des « euthanasies injustifiées » de chatons, n’avaient pas été réélus. Quatre exclusions avaient suivi, ainsi que la création de l’association ERA (Ethique et respect animal), dont la plainte contre la SPA – concernant les euthanasies supposées – est encore en cours d’instruction…

Le différend, cette fois-ci, serait autre. « Tout est parti d’une membre du conseil d’administration – la seule réélue – qui occupe à temps plein le logement destiné à assurer une permanence sur le site. Comme nous craignions que cela ne soit pas légal, nous avons tenté de mettre fin à cette pratique », indique Michèle Meyer. La nouvelle équipe (*), au contraire, soutient cette responsable du chenil, « très dévouée, qui donne tout son temps à la SPA sans être payée ». « Elle a un domicile hors de Strasbourg et n’a pas le permis de conduire. Il n’y a là rien d’interdit, et nous n’avons pas les moyens de payer un gardien », défend Ilona Langer, nouvelle vice-présidente de l’association. Selon elle, l’assemblée générale, qui s’est tenue en présence d’un huissier, s’est déroulée de façon tout à fait régulière : « A notre étonnement, nous avons tous été élus ! »

Le nombre important de nouveaux membres s’explique par le recrutement accru de promeneurs de chiens. « Il y a une nouvelle dynamique de ce côté-ci, qui devrait réjouir toute association. Pour le bonheur des chiens, nous pouvons désormais les sortir quotidiennement, voire deux fois par jour. Avant, ils devaient tous être en cage l’après-midi, au moment de l’ouverture au public », indique Ilona Langer, elle-même issue de l’équipe de promeneurs.

L’ancien président, Alfred Gebhart, espère « que tout se passera bien » et se refuse aux critiques à l’encontre du nouveau conseil d’administration. Mais il craint « son manque d’expérience en matière de gestion associative ». La SPA de Strasbourg emploie, en effet, quinze salariés. Reconnue d’utilité publique, elle gère aussi des dons et legs qui constituent une part essentielle de son budget : la confiance que lui accordent les amis des animaux est essentielle à sa survie.

(*) Les membres du nouveau conseil d’administration : Danielle Gilliot (présidente), Ilona Langer (vice-présidente), Cyrille Ruggero (trésorier), Martine Désire, Jean-Luc Voignier, Virginie Rebstock, Colette Legrand, Laure Haber, Christine Abt.

Le refuge de la SPA (7 rue de l’Entenloch) ouvre ses portes ces samedi 10 et dimanche 11 juin, de 10h à 18h.

DNA/Ju.M.(10/06/2017)

Alfred Gebhart quitte le refuge

Jeune retraité, il a franchi, par hasard, les portes de la SPA de Strasbourg. Alfred Gebhart s’y est investi en tant que bénévole pendant 18 ans, dont quatorze ans de présidence.

Alfred Gebhart vient de quitter la présidence de la SPA de Strasbourg. Photo :DNA – Cédric Joubert

Alfred Gebhart vient de quitter la présidence de la SPA de Strasbourg. Photo :DNA – Cédric Joubert

Depuis l’assemblée générale du 12 mai dernier, les semaines d’Alfred Gebhart ne sont plus rythmées par la SPA, où il se rendait tous les jours pour se plonger dans la gestion administrative et l’organisation de manifestations. Désormais, il passe davantage de temps chez lui, à Neudorf, entouré de son épouse Mylène, des deux chats noirs de sa fille « qui sont en pension chez nous depuis deux ans », et du portrait de feu Attila, fier félin aux longs poils adopté au refuge de la SPA, qui trône sur le buffet de la salle à manger. À 76 ans, l’ex-cadre de la Carsat (la caisse d’assurance retraite) ne désirait plus briguer la présidence de l’association, un intense engagement sur trois ans. D’abord promeneur de chiens bénévole, Alfred Gebhart est entré au conseil d’administration de la SPA de Strasbourg, en tant que trésorier, en 2000. « Comme j’étais à la retraite, je voulais m’investir dans une association et pour le bien-être des animaux », explique tout simplement celui qui, en 2003, a succédé à Hugues Lentz à la présidence de l’association.

Celle-ci occupait alors de vétustes locaux, route du Rhin, gérant fourrière pour animaux et refuge, « grâce à une soixantaine de bénévoles et une vingtaine de salariés ». Alfred Gebhart a notamment orchestré le déménagement de la SPA à Cronenbourg, en 2015, au sein d’un nouveau refuge que la Ville avait fait construire. « J’étais très content, tout s’était très bien passé, les animaux se sont tout de suite habitués : on a tout fait pour recréer leur environnement familier. »

Demeure un pincement au cœur : l’attribution à une société privée – la Sacpa – de la gestion de la nouvelle fourrière pour animaux, suite à un appel d’offres lancé par la Ville. Autre « affaire » qui aura marqué sa présidence : les accusations proférées par d’anciennes bénévoles « d’euthanasies injustifiées » sur des chatons, au sein de la SPA. Alfred Gebhart évoque le dossier avec calme et sans inquiétude, précisant avoir été « entendu par la police » à ce propos et, depuis, être sans nouvelles.

L’ex-président et la SPA se sont beaucoup investis contre la maltraitance envers les animaux domestiques, se portant partie civile au tribunal en cas de signalements. « On a souvent obtenu des amendes, une interdiction de posséder un animal, voire de la prison avec sursis », se félicite Alfred Gebhart. Lequel a également assuré la saine gestion d’une structure qui vit de la générosité du public : Christel Kohler, adjointe au maire en charge de la place de l’animal en ville, souligne la bonne tenue des comptes de cette association qui perçoit annuellement, pour son fonctionnement, 30 000 euros de subventions municipales.

DNA/Ju.M. (10/06/2017)

Publié dans Animaux

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