Le loup s’introduit dans le réseau lynx

Publié le par Jean-Louis Schmitt

A priori, le loup ne s’est pas encore établi dans le Bas-Rhin mais il y a fort à parier qu’il ne va plus tarder. Pour anticiper son arrivée, l’ONCFS a formé ses correspondants du réseau lynx à repérer également les indices de présence du grand canidé.

Des empreintes plutôt rondes, pas parfaitement alignées, asymétriques et sans griffes apparentes... Un lynx? Photo : DNA - Cédric Joubert

Des empreintes plutôt rondes, pas parfaitement alignées, asymétriques et sans griffes apparentes... Un lynx? Photo : DNA - Cédric Joubert

À défaut d’empreintes à observer dans la neige, les correspondants du réseau loup-lynx s’exercent à relever les indices reportés sur une bâche. « Là, vous voyez, les empreintes sont d’abord rapprochées ensuite espacées. Puis plus rien. C’est comme si le prédateur avait pris son élan avant de sauter sur un chevreuil. » Nicolas Jean, ingénieur de l’office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS), coordinateur national du réseau loup-lynx, désigne à son public une proie imaginaire en bout de bâche.

Les empreintes sont de formes ovales, symétriques et l’on y distingue des marques de griffes. Vraisemblablement un loup. Pas un lynx en tout cas : les félins laissent une empreinte plus ronde avec des pelotes digitales éloignées de la pelote plantaire dont l’une est plus en avant que les autres.

Ils sont 35, agents de l’ONCFS, de la DREAL de l’agence française de la biodiversité, chasseurs, forestiers et naturalistes à avoir suivi la semaine dernière une formation de deux jours et demi pour se familiariser avec la biologie et l’écologie des Lupus canis et Lynx lynx pour repérer, collecter et préserver les indices de présences des grands prédateurs.

En France, leur suivi a certes été facilité par la pose en des endroits stratégiques de piège photo et vidéo, mais on y capte encore bien plus souvent l’image de renards ou de randonneurs (dont parfois des culs-nus qui pensaient être à l’abri des regards) que de loups ou de lynx. Le repérage d’empreintes dans la neige, d’excréments ou de poils par des promeneurs ou des correspondants est ainsi appréciable pour déterminer l’expansion des aires de répartition de la grande faune. Les carcasses de proies sauvages ou domestiques sont également de bons indices de présence pour peu que l’on arrive à distinguer les attaques de chiens, des loups ou des lynx.

Mort à l’étouffée

« L’un des critères d’entrée pour déterminer l’identité de l’attaquant est le type de morsure au cou », explique Marie-Laure Scwhoerer, animatrice régionale du réseau grands prédateurs. Si la proie est morte étouffée dans les mâchoires de son bourreau, le loup et le lynx seront suspectés de prime abord et la taille de la perforation fera la différence (le loup a des dents plus longues que le lynx). « En revanche, s’il y a plusieurs traces de morsures, si la prédation n’est pas franche, on est probablement en présence d’un chien. »

Parmi les correspondants en formation habitués à parcourir les forêts vosgiennes tout au long de l’année, nombreux sont ceux qui ont déjà buté sur des reliefs de repas sans pouvoir distinguer l’auteur de la prédation. Plus rares sont ceux qui ont aperçu un grand carnivore, Graal du naturaliste. Olivier Stumpert, photographe passionné de nature a vu les empreintes d’un loup passé au Donon en janvier 2014 tandis que William Torres, ancien commandant de police qui profite de sa retraite pour arpenter les Vosges a déjà vu un lynx et est presque certain d’avoir croisé les petits louveteaux nés au printemps 2013 sur les hauteurs de la vallée de Munster.

De lignée italo-alpine, le loup vosgien est haut sur pattes, a un pelage gris-roux, une tête plus massive qu’un chien et un masque facial blanc. Photo : DNA - S. W.

De lignée italo-alpine, le loup vosgien est haut sur pattes, a un pelage gris-roux, une tête plus massive qu’un chien et un masque facial blanc. Photo : DNA - S. W.

Quelque 15 000 ongulés pour une meute

« Il y a beaucoup de frustration dans le réseau », prévient cependant Nicolas Jean. Loup et lynx se déplacent constamment dans des territoires de plusieurs centaines de kilomètres carrés. « L’observation y est difficile et rare. La chance joue aussi et on peut parfois être complètement écœuré par ces touristes qui reviennent d’une balade avec une photo de loup (la plupart du temps floue et mal cadrée mais une photo quand même), alors qu’on vient de passer trois mois sur le terrain sans rien voir. »

Le correspondant pourra toujours se consoler en recueillant le témoignage dudit touriste et recouper les indices mais la patience est une vertu indispensable. Pour avoir un ordre d’idée de la densité des grands prédateurs dans le milieu naturel, il faut savoir que sur un territoire pouvant abriter 1 à 2 lynx ou une meute de 3 à 5 loups, on compte quelque 15 000 ongulés…

En attendant de rencontrer effectivement les bêtes sauvages, se familiariser avec leur morphologie et leur comportement permettra aux correspondants de mieux les identifier le moment venu. Si en général les autorités sont si prudentes avant d’incriminer un loup dans une attaque de troupeau, ce n’est pas seulement pour éviter psychoses ou polémiques, c’est aussi parce que l’identification est effectivement difficile sauf à avoir une preuve génétique ou des faisceaux d’indices concordants.

Parmi les photos projetées aux correspondants lors de leur formation présentant les couleurs de pelage, les silhouettes ou le positionnement de la queue (chez le loup, en général entre les pattes ou en J), les confusions étaient fréquentes. « Il faut savoir rester humble en la matière », reconnaît Nicolas Jean.

L’expansion naturelle du loup par le sud (souche italo-alpine) et par le nord (souche polonaise) ainsi que la réintroduction du lynx dans le Pfälzerwald va peut-être mettre plus rapidement qu’on ne le pense les nouvelles connaissances des correspondants à l’épreuve. Le réseau alsacien confirme la présence de deux loups dans les Hautes Vosges et de trois lynx en Alsace ou dans le massif vosgien : un dans le Jura alsacien, un en Haute-Saône et un entre les cols de la Schlucht et du Calvaire.

DNA/Simone Wehrung (25/06/2017)

Un seul réseau pour deux espèces très discrètes

À l’origine distincts, les réseaux lynx et loup ont fusionné pour plus d’efficacité.

Marie-Laure Schwoerer de l'ONCFS est l'animatrice du réseau loup-lynx dans le Grand Est. Photo : DNA

Marie-Laure Schwoerer de l'ONCFS est l'animatrice du réseau loup-lynx dans le Grand Est. Photo : DNA

Le réseau de correspondants chargés du suivi du lynx a été mis en place par l’ONCFS sur le nord-est de la France en 1988, cinq ans après la première réintroduction du grand félin dans les Vosges.

Le réseau loup a vu le jour en 1994 d’abord dans les Alpes du Sud après le retour du Canis lupus en France par l’Italie puis de plus en plus loin vers le nord au fur et à mesure de la progression du loup. La fusion des deux réseaux s’est faite en 2001 quand les aires de présence des deux grands prédateurs ont commencé à se recouper dans les Alpes et le Jura.

Sous la tutelle du ministère en charge de l’environnement, le réseau est coordonné par l’ONCFS et encadré localement par les DDT (direction départementale du territoire).

Dans le Haut-Rhin où la présence du loup est avérée, les correspondants lynx ont déjà été formés à la biologie du loup et c’était cette semaine le tour des Bas-Rhinois dans « un esprit d’anticipation », explique Marie-Laure Schwoerer. Le loup est déjà fugacement passé dans la haute vallée de la Bruche et un loup d’origine polonaise a été signalé à la frontière germano-alsacienne. Logiquement, il pourrait s’installer à demeure dans les Vosges du Nord.

« Si les suivis ont été regroupés au sein d’un même réseau, rappelle Nicolas Jean, c’est parce que les deux espèces présentent des problématiques et des enjeux similaires. » Les modes d’observation et les outils de suivis sont identiques, tout comme les procédures d’indemnisation des éventuels dégâts sur troupeaux. « Elles s’attaquent aux mêmes proies, relèvent des mêmes textes réglementaires de protection de l’espèce et sont toutes deux des espèces furtives qui évoluent sur de vastes territoires. » L’idée est de mutualiser les efforts et de démultiplier les possibilités d’observation selon la meilleure distribution spatiale possible.

Le rôle du réseau est de renseigner les spécialistes, chercheurs, naturaliste et décideurs sur l’état de conservation des espèces. Aux défenseurs du loup qui accusent régulièrement le réseau de vouloir compter les loups pour mieux pouvoir les tirer, Nicolas Jean répond que « le réseau n’est pas pour ou contre. Il collecte des connaissances et alimente des bases de données. »

DNA/S.W. (25/06/2017)

 

Vous avez vu un loup…

Vous avez vu un loup, un lynx ou une carcasse prédatée, lors d’une sortie en forêt ou dans les Vosges. Contactez le réseau grands carnivores qui recueillera vos observations selon une démarche strictement encadrée. Les correspondants ont justement été formés à la conduite d’entretien pour collecter les témoignages sans influencer les observateurs directs.

Les fiches techniques rapportant les indices de présence sont transmises au coordinateur départemental puis centralisées et analysées par l’unité des prédateurs à l’ONCFS.

Si vous ne connaissez pas le nom du correspondant local, contactez le service départemental de l’ONCFS, à La Petite Pierre dans le Bas-Rhin ( 03 88 70 48 59) ou à Guebwiller dans le Haut-Rhin ( 03 89 33 90 03).

 

Publié dans Biodiversité

Commenter cet article

Carmen zamojduk 25/06/2017 23:52

Pourtant les journaux prétendent qu'il a été vue dans les Vosges du Nord et pas loin de chez moi ,j'habite les Vosges du Nord