La tribu de Kaja

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Deux petits lynx sont nés dans le Pfälzerwald. Une première dans le massif forestier qui prolonge les Vosges du Nord côté allemand, depuis l’extermination de l’espèce au XVIIIe siècle.

Les deux petits dans leur tanière. SNU-RLP Alexander Sommer

Les deux petits dans leur tanière. SNU-RLP Alexander Sommer

« Les deux jeunes sont âgés de quatre semaines environ. Ils sont en bonne santé et en forme », annonce la fondation pour la nature et l’environnement de Rhénanie-Palatinat qui pilote le programme de réintroduction des lynx dans le Pfälzerwald. La nouvelle de la première naissance de cette grande espèce de félin en plus de deux siècles dans le Palatinat a réjoui tous les amoureux de la nature et des grands prédateurs en particulier.

Moins de dix mois après son relâcher dans la forêt au sud-est de Kaiserslautern, Kaja, une jeune lynx née il y a quatre ans dans les Carpates slovaques, a donc mis deux petits au monde.

On espérait depuis longtemps cet événement, les colliers GPS des lynx montrant que la femelle Kaja et le mâle Lucky relâché en même temps qu’elle, gravitaient dans le même espace et se croisaient régulièrement.

Justement, quelque 72 jours (moyenne de gestation chez les lynx) après des rendez-vous répétés entre les deux individus à la mi-février, la balise GPS de Kaja montrait une mobilité réduite laissant deviner une naissance.

La portée moyenne du lynx est de deux petits. Les bébés viennent au monde aveugles (ils n’ouvrent les yeux qu’à deux semaines) et pèsent normalement entre 250 et 300 grammes. Ils sont nourris de lait jusqu’à 9 semaines avant de pouvoir suivre leur mère et s’alimenter du produit de sa chasse.

Dans une anfractuosité rocheuse

L’équipe et les vétérinaires de la fondation ont laissé passer quatre semaines avant de se rendre sur les lieux. Profitant d’une absence temporaire de la mère, ils ont inspecté le site repéré par GPS et trouvé deux petits lynx dans une anfractuosité d’un gros rocher.

Les jeunes félins ont été délicatement mesurés, pesés, auscultés et pucés pour faciliter les identifications futures. Quelques gouttes de sang ont été prélevées en vue d’analyses génétiques et de détermination sexuelle (à cet âge, difficile de savoir s’il s’agit de mâle ou de femelle).

Après une vingtaine de minutes et avant le retour de la mère, l’équipe s’est retirée pour interférer le moins possible. Mais il y a fort à parier qu’après cette intrusion, Kaja déplacera sa petite troupe comme les mamans lynx le font de toute façon assez souvent, ne serait-ce que pour limiter les infestations de parasites.

En général, indique la fondation « les lynx restent une dizaine de mois avec leur mère. Malgré tous les soins maternels, seuls 50 % des petits atteignent l’âge d’un an. »

La séparation d’avec la mère et la recherche d’un territoire qui lui serait propre est une autre période à haut risque pour un jeune. Seul un lynx sur deux survit à cette nouvelle étape.

Ce taux de mortalité de 75 % explique toute la difficulté d’une campagne de réintroduction, surtout à ses débuts. Mais jusqu’ici, avec cette première naissance, tous les voyants sont au vert : les sept lynx relâchés depuis la fin juillet 2016 donnent tous signes de vie.

DNA/S. W. (04/06/2017)

 

Arcos dans les Hautes Vosges

Arcos a été relâché le 7 mars dans le Pfälzerwald. SNU Martin Greve

Arcos a été relâché le 7 mars dans le Pfälzerwald. SNU Martin Greve

Sept lynx ont été relâchés depuis juillet dernier dans le Pfälzerwald au titre du programme LIFE de réintroduction piloté par la fondation pour la nature et l’environnement de Rhénanie-Palatinat en partenariat avec le parc naturel régional des Vosges du Nord. Il s’agit de quatre femelles (Kaja, Luna, Bell, et Rosa) et de trois mâles (Lucky, Arcos et Cyril) capturés en Slovaquie, dans le Jura suisse ou dans les Alpes suisses du canton de Saint-Gall.

Sur les sept, six sont restés dans le secteur même si deux se sont aventurés hors de la forêt, traversant même les autoroutes. Bell est passée au nord de Kaiserslautern et Cyril semble avoir l’âme urbaine et vaque du côté de Spire. Les porteurs du projet ont toujours espéré que le repeuplement du Pfälzerwald et de la réserve transfrontalière de biosphère déborderait sur l’ensemble du massif vosgien jusque vers le Jura pour une connexion avec les populations helvétiques ou franc-comtoises de lynx. Le mâle Arcos, venu justement du Jura suisse a déjà fait un grand pas dans ce sens puisqu’il semble s’être établi dans les Hautes Vosges. Relâché début mars, il a rapidement franchi la frontière pour piquer vers le sud. Après un passage en Moselle, il a rejoint l’Alsace et les crêtes vosgiennes. Depuis avril, il a pris possession d’un territoire qui s’étend de part et d’autre des chaumes entre le col du Calvaire et le col de la Schlucht.

Et s’il s’est éloigné de ses congénères du Pfälzerwald, il s’est sensiblement rapproché des deux lynx remontés de Franche-Comté et repérés dans le Sundgau et les Vosges saônoises.

DNA/S.W. (04/06/2017)

Publié dans Environnement, Faune-Flore

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