Du rose pour la cause

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Michel Toussaint, agriculteur à Weyer, enrubanne son fourrage avec du plastique rose. Une démarche qui interpelle, et qui a un but : sensibiliser et réunir des fonds pour la Ligue contre le cancer.

Michel Toussaint enrubanne en rose depuis trois semaines. Photo : DNA - Marie GERHARDY

Michel Toussaint enrubanne en rose depuis trois semaines. Photo : DNA - Marie GERHARDY

« On m’a demandé si je voyais la vie en rose. Pas vraiment, mais le cancer est souvent associé à la couleur noire, et si on peut l’éclaircir un peu… » raconte Michel Toussaint. Depuis trois semaines, l’agriculteur de Weyer enrubanne ses balles d’herbe d’un éclatant film plastique rose qui détonne dans les champs tout verts d’Alsace Bossue.

L’idée est partie de Nouvelle-Zélande il y a quelques années. Pour chaque rouleau rose acheté, deux euros sont reversés à la recherche contre le cancer. Un accord tripartite régit la démarche : l’agriculteur paye un peu plus, le fabricant fait un effort sur sa marge, le distributeur centralise les dons pour les reverser aux organismes.

« La solidarité agricole a tout de suite fonctionné »

« J’avais déjà essayé de m’en procurer à la fin de l’année dernière, mais aucun fournisseur du coin n’en avait. Il y a trois semaines, une habitante de Weyer est décédée d’un cancer. Elle avait commencé la chimiothérapie en même temps que moi, en 2008. J’ai immédiatement téléphoné à mon fournisseur, et je lui ai dit qu’il avait 24 heures pour me trouver du film rose ! » raconte Michel Toussaint.

Car ce dernier est lui-même passé par là : la maladie, les 7 heures de chimiothérapie par jour, la défiance des banques et des assurances qui refusent dès lors de le suivre dans ses projets d’investissements… « Il faut que les gens comprennent tout cela. Aujourd’hui, qui ne connaît pas quelqu’un qui a un cancer ? Tout le monde est exposé. »

Le fournisseur de Michel, Fabien Schaeffer au Moulin Burggraf-Becker de Dossenheim-sur-Zinsel, accepte la mission. « J’ai découvert le concept en octobre, et il m’a plu. Mais je n’y ai pas cru tout de suite. En pleine crise agricole, je ne pensais pas que les agriculteurs se mobiliseraient. Mais Michel m’a convaincu. »

Ses rouleaux roses sous le bras, l’agriculteur est parti le soir même faire du porte-à-porte auprès de ses collègues. Hirschland, Rauwiller, Baerendorf, Wolfskirchen, Ottwiller, Domfessel… « La solidarité agricole a tout de suite fonctionné. La plupart d’entre eux, au moins une dizaine, m’en ont pris, et le Moulin leur facturera. »

Parmi eux, Patrick Jitten, de Weyer aussi, n’a pas hésité : deux jours après, des balles roses trônaient dans ses champs. Lui aussi a perdu un proche à cause du cancer, son père. « Je suis prêt à en acheter toute l’année si les fournisseurs en ont », affirme-t-il. Son épouse Christelle ajoute : « Les agriculteurs sont toujours en train de manifester, pour une fois qu’il y a une cause positive ! En plus, c’est joli… »

Le mouvement commence à prendre, et Fabien Schaeffer est ravi. « En trois semaines, nous avons vendu 120 rouleaux alors que nous sommes en fin de saison. On compte bien réitérer l’an prochain. C’est dans l’esprit de l’entreprise. Mon premier patron, M. Burggraf, est décédé d’un cancer il y a quinze ans. À titre personnel, j’ai aussi perdu ma marraine et ma grand-mère d’un cancer du sein. »

120 rouleaux en trois semaines

Michel Toussaint tanne les autres fournisseurs locaux pour qu’ils s’en procurent. Mais Arnaud Baeurlé, agriculteur installé à Offwiller, avertit : « Dès que j’ai entendu parler de la cause, j’ai voulu en acheter. Mais j’ai vu que certains vendent les rouleaux 20 € plus chers ! Seuls 2 € sont reversés à la recherche… »

Il a finalement trouvé son bonheur. « J’apprécie que mes balles fassent réagir les gens. Certains me disent que le rose ne s’intègre pas au paysage, je leur explique et ils comprennent. » Si l’appréciation esthétique est propre à chacun, l’impact est au rendez-vous. « Quand j’ai enrubanné, les automobilistes et les cyclistes s’arrêtaient, prenaient des photos », a aussi constaté Michel Toussaint.

Il poursuit : « On nous montre souvent du doigt quand on parle de la maladie, à cause des produits phytosanitaires entre autres. Je ne sais pas… Moi, je n’ai jamais épandu ces produits pourtant j’ai été touché. En tout cas, cette fois, on va parler de la solidarité des agriculteurs ! Et en plus, j’ai l’impression que le rose fait fuir les corbeaux, c’est parfait ! »

Michel Toussaint compte installer des balles roses à l’entrée de Sarre-Union et du stade omnisports, à l’occasion du Relais pour la vie, qui aura lieu les 1er et 2 juillet. La manifestation devrait attirer des milliers de personnes dans la ville, une belle occasion de sensibiliser à la cause.

DNA/Marie Gerhardy (29/06/2017)

Bissert - Portrait

Josiane Bauer, « révoltée du cancer »

Diagnostiquée d’un lymphome en août 2015, Josiane Bauer a vu sa vie changer. Elle en ressort marquée, mais pas moins déterminée à croquer la vie à pleines dents.

Josiane Bauer est actuellement en rémission d’un lymphome. Photo : DNA - Thomas LEPOUTRE

Josiane Bauer est actuellement en rémission d’un lymphome. Photo : DNA - Thomas LEPOUTRE

« Je suis une révoltée du cancer. Je le déteste, j’ai envie de le détruire. J’ai une sur-réaction quand j’apprends que quelqu’un est touché. »

Esthéticienne à son compte, âgée de 45 ans, Josiane Bauer a vu sa vie radicalement changer il y a près de deux ans, lorsqu’un cancer lui a été diagnostiqué. Cette maman de deux grands enfants, âgés de 21 et 16 ans, travaillait près de 60 heures par semaine lorsqu’elle a découvert sa maladie. Elle s’en souvient parfaitement.

« J’avais une vie à 600 à l’heure et là c’est l’inverse. Mon corps m’a dit stop. Il ne suivait plus »

« Un samedi, fin août 2015, je découvre une boule à la base de mon cou. Le lundi qui suit, je vais voir mon médecin traitant. Il ne semblait pas très enthousiaste et m’a demandé de faire des examens supplémentaires, dont des prises de sang que je suis allée faire le lendemain matin. Le mardi soir, je suis au boulot, je prends mon téléphone et j’appelle mon médecin pour avoir les résultats de mes prises de sang. Et là le pronostic tombe. J’avais encore des clientes alors je suis retournée travailler. Il m’a fallu quelques heures pour vraiment prendre conscience de ce qui m’arrivait. Le mercredi, je suis allée faire des radios et des échographies. Le vendredi, j’ai eu un premier rendez-vous avec un oncologue à Strasbourg. À ce moment-là, j’avais l’impression qu’à chaque pas que je faisais, tout aller tomber. »

Le premier effet lié à ce diagnostic a été la montée de l’inquiétude, pas tant pour elle, mais « pour les autres. Mes enfants, mon institut. Je me demandais comment j’allais pouvoir faire face. J’avais une vie à 600 à l’heure et là, c’est l’inverse. Mon corps m’a dit stop. Il ne suivait plus. Quand j’ai appris ma maladie, je me suis vue partie. »

Avec la fatigue liée au traitement de la chimiothérapie, elle se voit contrainte de changer radicalement son rythme de vie. « J’ai eu la chance de trouver rapidement une jeune femme de 19 ans pour prendre ma place temporairement à l’institut. Grâce à elle, on a pu éviter de mettre à la poubelle 9 ans de travail à mon compte. »

Absente de son travail pendant plusieurs mois, Josiane a vu dans son métier un atout dans son combat. « J’ai eu beaucoup de soutien de la part de mes clientes. C’est important dans ces moments-là. » Par ailleurs, elle voulait absolument être sur pied « pour le 24 décembre. J’avais promis de m’occuper d’amies ce jour-là. Ça m’a donné un objectif précis. »

« Je me faisais un point d’honneur d’être toujours maquillée au moment des séances de chimiothérapie »

Enfin, et c’est loin d’être anodin, ses compétences en soins esthétiques l’ont également aidée face aux bouleversements physiques qu’entraînaient la maladie et le traitement. « Il n’y a pas que les cheveux. Le corps tout entier change. Ce n’est pas toujours facile à vivre et à assumer. Je me faisais un point d’honneur d’être toujours maquillée au moment des séances de chimiothérapie. »

Cette épreuve, elle l’a affrontée avec de nombreux appuis. Outre ceux de ses clientes et amis, Josiane dit avoir été « énormément soutenue par mon oncologue. Il était franc, direct et pédagogue. Quand je ne comprenais pas, il m’expliquait. Mais il m’a aussi rapidement annoncé la couleur : ce sera dur, peut-être long. L’équipe qui lentourait aussi était précieuse. La personne qui me conduisait en ambulance jusqu’à Strasbourg aussi ma beaucoup aidée. Par sa présence, sa conversation et la confiance quon a pu nouer, elle a été d’un soutien important. Grâce à elle, le trajet jusqu’à l’hôpital était moins dur à vivre. »

Mais Josiane n’oublie pas sa famille, qui était en première ligne au quotidien avec elle, et notamment ses deux enfants. « Ils ont été là tous les deux chacun à sa manière. Pendant une période, ma fille m’a veillée jour et nuit, elle a été très présente. Mon fils était plus jeune, ça l’a fait grandir plus vite. Il m’a aussi bien soutenue. Tous les deux ont dû faire avec les moments difficiles, les périodes sans sourire, les jours où je n’avais plus assez d’énergie pour eux. Mais je leur ai promis que je me battrais, que je ferais tout mon possible pour rester à leurs côtés. Mes frères et sœurs aussi m’ont épaulée, tout comme mes parents. Mon père a attendu que je fasse ma dernière chimiothérapie, en mars dernier, avant de partir, de lâcher prise. Il avait 83 ans. »

Cette épreuve a également été douloureuse pour Josiane en raison des liens qu’elle a pu développer avec d’autres personnes elles aussi touchées par un cancer. « On a fait connaissance pendant les séances de chimiothérapie. Ça peut durer plusieurs heures, alors forcément, on fait connaissance, on discute, on échange de petits conseils et on finit par créer des liens. Malheureusement, ils sont tous décédés. »

Josiane est maintenant en phase de rémission. Elle a modifié sa vie au quotidien. « J’ai redéfini mes priorités. Dans ces moments-là, on remet tout à plat : le temps passé au travail, avec ses amis, ses enfants. Depuis, j’ose plus me prendre une journée pour moi, pour souffler. Je suis moins stressée aussi. Maintenant, je savoure plus les petits plaisirs. Même s’il reste quelques douleurs, on croque la vie à pleines dents. »

« L’idéal serait qu’il y ait un lieu dédié en Alsace Bossue »

Reste que son parcours et ses multiples déplacements pour se faire soigner lui ont fait pointer du doigt les difficultés liées aux distances pour les malades d’Alsace Bossue. « Strasbourg paraît très loin. Saverne et Haguenau aussi d’ailleurs. L’idéal serait qu’il y ait un lieu dédié en Alsace Bossue. Un lieu d’échanges, de conseils, un groupe de parole pour oser affronter les tabous qui entourent encore cette maladie. Ça pourrait aussi être un lieu pour les proches des malades, les familles, les aidants. Pour les aider, les soutenir parce que c’est également une épreuve pour eux. J’aimerais aussi, pourquoi pas, être là pour donner des petits coups de main, des conseils esthétiques pour l’image de soi. » Une idée qui pourrait devenir réalité à l’avenir, puisque les organisateurs du Relais pour la vie ont fait savoir qu’une partie des fonds recueillis le week-end prochain sera dédiée à un projet local, tandis que la municipalité de Sarre-Union a affirmé qu’elle mettrait un local à disposition.

En attendant, Josiane Bauer indique qu’elle sera présente à Sarre-Union durant une partie des 24 heures du Relais pour la vie samedi et dimanche. « Quand et combien de temps, je ne sais pas encore. Ça dépendra de la forme du moment ».

DNA/Thomas Lepoutre (29/06/2017)

Au programme du Relais pour la vie, ce week-end à Sarre-Union

Le Relais pour la vie se déroulera au stade omnisports de Sarre-Union pendant 24 heures, du samedi 17 h à dimanche 17 h.

Après Saverne l’an dernier, le Relais pour la vie fait halte à Sarre-Union ce week-end. Photo : archives DNA

Après Saverne l’an dernier, le Relais pour la vie fait halte à Sarre-Union ce week-end. Photo : archives DNA

Du samedi 17h au dimanche 17h. Relais marche et course à pied autour du terrain d’honneur. 24 heures de football sur le terrain synthétique. 24 heures de coiffure. Samedi 1er juillet. 17 h, marche des survivants. À la tombée de la nuit, cérémonie des lumières en hommage à ceux qui nous ont quittés. À partir de 17 h sur la grande scène installée pour l’occasion se succéderont la société philharmonique de Sarre-Union, le quatuor de saxophone de la philharmonie, une démonstration du groupe folklorique d’Alsace Bossue, un concert de l’entente musicale de Keskastel, du jazz avec Sons of Smooth, un concert de la batucada les Z’Enflammés de Sarre-Union puis une soirée ambiance années 1980 et un karaoké.

La plus grande saucisse grillée aux légumes

Lors de cette première soirée aura lieu la cuisson de la plus grande saucisse grillée aux légumes, longue de 100 mètres. Elle sera ensuite vendue par pièces sur place. Il sera aussi possible de manger des pizzas, flamms, crêpes et gaufres. Il y aura en outre des démonstrations d’aïkido, de capoeira et de judo et des stands variés (découpe de papier, broderie, point de croix, club canin, jeux d’adresse pour les enfants, déambulations de cirque, etc.).

Dimanche 2 juillet. À 10 h 30 aura lieu un culte interreligieux dans le cadre du rendez-vous des religions. À l’issue du culte, musique et danse se succéderont sur la grande scène avec l’association Danse, nature et poésie, les danses de salon du groupement d’intérêts culturels de Sarre-Union, un concert d’Alain Benedick dit « The Boss » puis une démonstration de danse par l’association Arizona. A midi, les gourmands dégusteront un bœuf à la broche. Pizzas, flamms, crêpes et gaufres seront également proposées. Du côté des démonstrations, yoga, aïkido, judo, gym douce, stretching et budo se succéderont. Il y aura aussi des jeux intergénérationnels, un atelier feutrage de laine, un atelier patchwork et un atelier terre, proposés par le GIC. Enfin, peu avant 17 h aura lieu la cérémonie de clôture de ce 12e Relais pour la vie.

DNA (29/06/2017)

Publié dans Initiative

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