Au jardin de Trapelune

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Trapelune, presque l’anagramme de « nulle part » : l’Alsacienne Martine Freymann-Boul a ainsi baptisé son magnifique jardin qu’elle peaufine depuis 14 ans à La Croix-aux-Mines. Ouvert ce week-end dans le cadre des Rendez-vous au jardin.

Une symphonie de verdure, tout autour du bassin. Photo : DNA - A.M.

Une symphonie de verdure, tout autour du bassin. Photo : DNA - A.M.

Sur les hauteurs de La Croix-aux-Mines, contourner l’église Saint-Nicolas et monter encore vers le hameau de Sadey. Au numéro 11, rien d’apparemment extraordinaire. Néanmoins, une voiture immatriculée dans le Bas-Rhin donne un indice de la provenance de la propriétaire. « Bienvenue au Jardin de Trapelune ! » s’exclame Martine Freymann-Boul, qui confirme ses origines alsaciennes : elle a passé son enfance à Schiltigheim.

Aussi loin qu’elle se souvienne, c’est son grand-père, François Eyermann, contremaître à la SNCF, qui l’a initiée aux fleurs et aux fruits. « Il jardinait beaucoup, et moi, je ne touchais à rien… » De ces heures d’observation, elle est passée avec succès à la pratique intensive, notamment quand elle s’est installée à Mundolsheim, dans une maison avec jardin.

« Dès avril, je rue dans les brancards ! »

Puis, elle a emménagé au centre-ville de Strasbourg, à deux pas du Tribunal, avec son mari, Me Jean-Luc Boul. Mais quelques jardinières ne suffisant pas à son bonheur, elle souhaitait acquérir un coin de verdure pour jardiner sur une surface convenable… « La ville, c’est sympa en hiver, mais dès avril, je rue dans les brancards ! » Elle cherche au départ en Alsace, « mais c’était trop cher, ou de mauvais goût, et il fallait tout casser… »

Le couple finit pas visiter au-delà de la région et tombe sur cette petite demeure à vendre, sur les hauteurs de La Croix-aux-Mines, une ancienne maison de mineur du XVIIIe siècle, qui fait aussi office de chevrière. Difficile aujourd’hui d’imaginer son jardin dans le piteux état d’alors, il y a 14 ans...

Passé le muret de pierre et la modeste clôture en bois, nous voilà comme Alice aux pays des Merveilles , ne sachant où poser son regard. Bien sûr, il est d’abord attiré par les fleurs, ces roses couleur pêche qui enlacent les fenêtres de la chambre à coucher et réveillent les hôtes en un délicieux parfum.

Martine Freymann-Boul, orfèvre en jardinage. Photo : DNA - A.M.

Martine Freymann-Boul, orfèvre en jardinage. Photo : DNA - A.M.

Conjuguer roses et clématites

Il y a aussi ces clématites et leur riant visage, qui vont laisser le relais à une imminente explosion de boutons de rose. C’est la marque de fabrique de l’Alsacienne : associer ces deux fleurs qui se relaient pour assurer une floraison en continu, que ce soit en bosquet, sur des arcs de fer ou au pied d’un arbre.

Un exercice de conjugaison qui se déploie sur quelque 110 rosiers sur ce domaine de 25 ares cultivés… Il y a même un étonnant rosier duveteux qui, mine de rien, sent la sève de pin. Et cet autre, au feuillage bleu dont les fleurs éclosent en étoiles.

En cette fin mai, on est bien loin du paysage lunaire qu’offrent les hivers au Jardin de Trapelune. Bien sûr, il y a quelques stigmates du dernier et récent gel, mais la nature a repris son joli cours.

Si les pivoines jouent encore les timides sous leur gangue verte, les petits cœurs fuchsia du dicentra spectabilis sont suspendus gaiement en ligne, comme sur un fil de linge. Les iris déploient leur palette violette en flambeau, et quelques pavots défripent leurs pétales.

Non, pas rouge vif, ce serait trop ordinaire, et notre orfèvre n’aime point les couleurs trop tranchées. Les touches pastel, voilà ce qui guide ses choix. « Je n’aime pas le rouge pétant ou l’orange qui heurte la vue… » Le pavot est donc ici d’une étonnante couleur prune.

« Le jardin est farci de géraniums vivaces », fait remarquer l’Alsacienne, « ils ne craignent rien et couvrent bien. » Il y a aussi, comme des boules de coton vertes, quelques buis en topiaire, pour structurer l’ensemble sur le plateau. « Même si les variétés sont sophistiquées, cela reste un jardin rustique », tempère la décoratrice d’intérieur (son métier), aussi douée à l’extérieur.

Çà et là, des créations artistiques peuplent l’environnement, des échassiers en métal de récupération, et ces deux nouveaux totems de mosaïques en pierres semi-précieuses, signés Laurent Hunzinger, d’Ammerschwihr.

Pour le dénivelé, il faut descendre quelques marches en bois, et emprunter « le sentier vosgien », où la pairie naturelle prend ses aises, avec boutons d’or et même des orties, En brayant, l’âne du voisin semble acquiescer.

De paisibles surveillants. Photo : DNA - A.M.

De paisibles surveillants. Photo : DNA - A.M.

Aller humer les aromatiques

On peut aussi descendre au potager, le long de la rampe de branchages, pour aller humer les aromatiques, entre serpolet et mélisse et remonter par l’allée des petits fruits. Plus tard dans la saison, bleuets, airelles, mûres, cassis, framboises et groseilles termineront en confiture maison…

En remontant le long du petit ruisseau qui dégouline au milieu du domaine, on arrive à un joli petit pont de bois, surveillé par une ribambelle d’arrosoirs vintage, et un arachnide géant à six pattes.

Tout autour du bassin de la source, les fougères rappellent la proximité de la forêt, et les hostas que Mme Freymann-Boul est une grande collectionneuse. Ces vivaces qui arborent des feuilles plus ou moins grandes selon les variétés, buissonnent dans tous les massifs. Quelques mulots y gravitent. Le chat de la maison, Léo, un tigré sylvestre, préfère ses croquettes à la chasse in situ. Mais apprécie se prélasser sur un banc de bois, entouré de mille odeurs délicieuses !

Jardin de Trapelune, 11, Sadey à La Croix-aux-Mines (88), accès fléché. Ouvert vendredi 2, samedi 3 et dimanche 4 juin de 9 h à 18 h. Entrée : 2 €. 03 29 44 60 19 ou 06 86 26 99 42.

DNA/Anne Muller (02/06/2017)

Publié dans Jardin

Commenter cet article