Suisse, la sortie du nucléaire votée

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Une votation suisse a entériné le principe d’une sortie du nucléaire. Une sortie qui se fera par étapes, et qui sera achevée en tout cas à l’horizon 2050. Pour les Suisses, c’est la leçon du drame de Fukushima.

Deux cyclistes devant la centrale nucléaire de Leibstadt, dans le nord de la Suisse. Photo AFP

Deux cyclistes devant la centrale nucléaire de Leibstadt, dans le nord de la Suisse. Photo AFP

Les Suisses ont décidé hier de sortir à moyen terme du nucléaire en acceptant, à 58,2 %, par référendum la nouvelle loi sur l’énergie interdisant les nouvelles centrales, soutenant les énergies vertes et réduisant la consommation énergétique.

 

Selon les résultats définitifs de la chancellerie fédérale, la participation s’est élevée à 42,3 %, un chiffre dans la moyenne des deux dernières années dans un pays où les électeurs sont appelés à voter trois à quatre fois par an sur une multitude de sujets.

 

La priorité, baisser la consommation

 

Ce vote est le résultat d’un long processus engagé après le dramatique accident nucléaire de Fukushima, au Japon, provoqué par un gigantesque tsunami en mars 2011. Quelques semaines après cette catastrophe, la Suisse avait décidé de sortir du nucléaire, mais il a fallu attendre toutes ces années pour que la loi, adoptée par le Parlement en septembre 2016, soit entérinée par le peuple.

 

Le premier volet de cette stratégie, que les Suisses ont accepté hier et qui entrera en vigueur l’an prochain, vise notamment à réduire la consommation d’énergie. Elle fixe entre autres des valeurs indicatives de consommation énergétique moyenne par personne et par année : à savoir, par rapport au niveau de l’an 2000, une réduction de 16 % d’ici à 2020 et de 43 % d’ici à 2035. Selon l’Office fédéral de l’énergie, la consommation individuelle d’énergie a déjà baissé de 14,5 % depuis 2000.

Concernant les centrales nucléaires actuellement en activité, celles qui sont en vigueur pourront rester en service aussi longtemps que leur sûreté sera garantie. En revanche – ce qui était déjà prévu avant ce vote – la centrale de Mühleberg, située dans le centre du pays, sera définitivement déconnectée du réseau suisse fin 2019.

« Pour tous les écologistes, qu’ils soient politisés ou non, c’est un jour historique dans le pays », s’est réjouie la députée des Verts, Adèle Thorens Goumaz, à la télévision suisse publique RTS. Seul le premier parti de Suisse, le parti populiste de l’UDC (Union démocratique du centre), combattait la nouvelle loi, dénonçant son coût jugé faramineux.

Pour quelques francs suisses de plus

D’après l’UDC, la transformation de l’ensemble du système énergétique inscrite dans la nouvelle loi va coûter quelque 200 milliards de francs suisses (183 milliards d’euros) jusqu’en 2050. Pour un ménage de quatre personnes, cela représente, selon ce même parti, 3200 francs suisses (2900 euros) par an de frais et d’impôts supplémentaires.

« Payer 3200 francs de plus… pour une douche froide ? » a ironisé ainsi l’UDC dans ses affiches électorales que l’on pouvait voir dans les rues et gares de la Confédération.

Le gouvernement estime de son côté qu’un ménage de quatre personnes ayant une consommation électrique moyenne devra payer 40 francs suisses (36,5 euros) par an de plus qu’aujourd’hui. Il souligne par ailleurs que ce surcoût pourra être compensé par une meilleure efficacité énergétique, avec par exemple une réduction des frais de chauffage.

Il considère aussi que le développement des énergies renouvelables permettra de soutenir l’économie et l’emploi en Suisse.

Le Républicain Lorrain/22 mai 2017

Publié dans Nucléaire

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