Le déclin des abeilles

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Vendredi soir, Maurice Hauter, du groupement départemental sanitaire apicole, a donné une conférence à la Grange aux paysages sur les maladies et la disparition des abeilles. Une quarantaine d’auditeurs, essentiellement des apiculteurs, étaient présents.

Spécialiste apicole, Maurice Hauter a évoqué les maladies des abeilles. Photo : DNA

Spécialiste apicole, Maurice Hauter a évoqué les maladies des abeilles. Photo : DNA

Membre de l’association des apiculteurs de Sarre-Union et environs, Maurice Hauter a mis l’accent sur les maladies des abeilles, leurs conséquences et les traitements éventuels. Il a insisté sur les règles tatillonnes qui régissent la corporation et qui interdisent des produits de traitement tolérés à l’étranger. Un paradoxe, car ces miels se retrouvent quand même sur le marché via les importations.

Frelon agressif

Les normes actuelles seront encore plus drastiques à l’avenir, la France étant à la pointe dans la traçabilité des produits alimentaires. Un apiculteur a demandé ce qu’il en était de l’apiculture bio suite à l’interdiction quasi-totale de l’utilisation de molécules chimiques : les ruches doivent être placées dans des zones de culture ou d’élevage bio et respecter un cahier de charges très pointilleux.

D’autres questions ont porté sur le frelon asiatique. Il ne serait pas encore localisé en Alsace. Des moyens de lutte, qui ont donné satisfaction ailleurs, seront alors mis en place. Il sera surtout déconseillé aux privés de toucher à ces nids. Très agressif, le frelon provoque de nombreux décès par an. Il représente une calamité de plus pour les butineurs.

Jean-Claude Schmitt, président de l’association apicole de Sarre-Union, est intervenu pour compléter les informations données par Maurice Hauter. Il confirme que les abeilles sont en danger et que le processus de leur disparition est enclenché depuis de nombreuses années.

Si elles devaient disparaître, il faudrait des décennies pour créer un nouveau cheptel. L’apiculteur estime qu’on ne connaît pas toutes les conséquences liées à leur disparition. Or la société a besoin des butineurs, essentiellement pour la pollinisation des fruits et légumes.

L’autre problème que connaissent les apiculteurs amateurs est la météo, défavorable depuis de nombreuses années. Pourtant, même si le temps devait être plus clément dans les semaines à venir, il est à craindre que les abeilles ne soient plus assez nombreuses pour rentrer du miel.

DNA/M.-TH.D. (10/05/2017)

Le cri d’alerte d’un apiculteur

Jean-Claude Schmitt réagit suite à l’article, paru dans les DNA du 26 avril, qui évoque le coup de gel sur les fruits en Alsace Bossue : « Une nouvelle catastrophe pour nos vergers, mais également pour nos abeilles ».

Jean-Claude Schmitt lors d’une séance au rucher école. Document remis

Jean-Claude Schmitt lors d’une séance au rucher école. Document remis

Si le froid gêne les sorties des abeilles, d’autres raisons font qu’on ne les voit plus guère sur les fleurs des arbres. « Notre façon de vivre ou de conduire l’agriculture peut avoir de graves conséquences sur la survie de l’abeille, tributaire de nos activités et surtout de la palette de nourriture (nectar) disponible dans les vergers et prés ».

« Qui va nourrir les butineurs sauvages, bourdons, papillons ? »

L’apiculteur déplore la fauche précoce et les tontes dans les jardins privés qui suppriment les fleurs. Et de s’interroger : « Que vont récolter et manger les abeilles ? Surtout lorsque les vergers sont détruits au profit de la culture. Que trouvera l’abeille sur le maïs ? Parfois la mort tout simplement. Et quand la météo s’en mêle, comme cela est le cas depuis quelques années, les abeilles se raréfient. Il a fallu nourrir les ruches en pleine saison ces dernières années afin de les empêcher de mourir de faim tout simplement ». L’apiculteur poursuit : « Qui va nourrir les butineurs sauvages, bourdons, papillons… accrochés ici ou là dans un arbre de la forêt ? »

Jean-Claude Schmitt précise qu’en 2017, l’ensemble des apiculteurs sur Herbitzheim a perdu des ruches sur une proportion allant de 60 à 100 %. Parmi eux, un apiculteur chevronné qui perd pour la première fois la quasi-totalité de son cheptel au bout de quarante ans d’activité. Jean-Claude Schmitt va plus loin : « Si ce printemps il n’y a pas d’abeilles sur les fleurs qui restent, on ne peut attribuer ces disparitions au hasard, dès lors qu’elles sont localisées à un endroit ».

Un autre facteur contribue à la rareté des abeilles et ce n’est pas le moindre. Les apiculteurs sont certes découragés par les assauts de la nature mais ils déplorent également les tracas causés par l’administration. « On calcule qu’une ruche en activités vaut environ 1 400 € pour le service rendu à la nature par la pollinisation. Autrement dit, la société devrait rémunérer d’une façon ou d’une autre les éleveurs d’abeilles et c’est juste le contraire qui se passe. Il est urgent qu’elle prenne la mesure de ce qui arrive ».

DNA/10/05/2017

Publié dans Environnement

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jmarc 13/06/2017 09:04

j'ai bien aimé votre article, je suis moi-même apiculteur amateur.
Découragé par les énormes pertes, par les tracas administratifs, j'ai annulé mon numéro de siret, et envisage d'arrêter définitivement l'apiculture, si rien ne change.

Jean-Louis 13/06/2017 10:24

Dégouté... c'est hélas le cas de nombreux apiculteurs amateurs qui, par la faute d'une politique très laxiste vis-à-vis des pollueurs et des tueurs de pollinisateurs, finissent par baisser les bras ! Quel dommage... pour les intéressés bien sûr mais, surtout, pour la biodiversité qui paye un lourd tribut à nos comportements irresponsables !